La dernière conférence de l'AJEF, dont je rend compte régulièrement, comme ICI, était consacrée à Max Weber, par Catherine Colliot-Thélène, professeur de philosophie à l'Université de Rennes.Le sujet générique de ce cycle de conférences est :
Qu'est-ce qui fait société ? La religion, l'Etat, l'Economie ?
On y parle, à partir d'un philosophe politique, de ce qui fait notre " vivre ensemble", et des théories sur le sujet.
Catherine Colliot-Thélène connaît tout de Max Weber, y compris les détails de sa vie. Et quelle vie !
Cet auteur, qui vécut de 1864 à 1920 en Allemagne, elle nous l'a décrit comme un personnage " hors normes", considéré aujourd'hui comme un des éléments fondateurs de la sociologie moderne ( le mot sociologie n'existait pas à l'époque, et Max Weber contribuera à le faire naître). Cet auteur célèbre pour sa critique du capitalisme moderne est en effet un personnage singulier.
Il fréquente des disciplines diverses, l'histoire, l'économie, le droit, s'intéresse aux religions ( même s'il dit ne pas avoir l'oreille musicale pour la religion), à toutes les religions, au point de se consacrer à l'éthique économique des grandes religions du monde).
Pourtant son oeuvre n'est pas composée de volumes bien structurés, mais plutôt de notes, d'articles ( les dits articles faisant parfois jusqu'à 150 pages au point de ressembler à un livre), sans titre ( le titre d'un de ses ouvrages les plus célèbres " Economie et Société" n'est pas de lui, et certains contestent que Max Weber ait pu mettre un tel titre sur l'ouvrage).
C'est un professeur, mais qui a trés peu enseigné, car la maladie et la dépression l'ont empêché; il s'est plutôt consacré à la recherche. Il est connu pour des conférences célèbres, qu'il tenait dans des cafés.
Son apparence, aussi, en fait un être à part : les habits, les cheveux, le regard, tous les témoins de l'époque témoignent de son côté, on dirait aujourd'hui marginal.
Et pourtant, ces mêmes témoins relatent la fascination que ses conférences exerçaient sur l'auditoire; et ses écrits, encore aujourd'hui, en font une sorte de "vache sacrée", c'est à dire un auteur qu'on ne peut qu'invoquer.
Catherine Colliot-Thélène a ensuite essayé de rapidement nous faire sentir cette fascination, ce caractère extraordinaire de l'auteur, qui, dans les années 70, a été l'idole des intellectuels qui ne voulaient pas du marxisme; avec un regain encore fort dans les années 90 et 2000.
Difficile de dire si c'est ce côté marginal, pas comme les autres, qui en fait un auteur hors du commun; Catherien Colliot-Thélène ne l'a pas formellement exprimé, mais on sentait quand même que cette fascination faisait partie de sa vocation pour s'être ainsi passionnée pour Max Weber.
Alors, pour exister, il faut être différent ?
A côté de moi pour assister à cette conférence se trouvait justement Charles : Charles, il est à un croisement important de sa carrière, car il va choisir son orientation pour ses études supérieures. Il hésite, lui entre les fillières les plus tracées ( la prépa, les grandes écoles, Sciences Po, HEC, l'ENA,…), il est bien renseigné.
Et puis, il est sûrement aussi attiré par les figures originales, ceux qui sont devenues des stars des affaires, de la créativité, de l'innovation, qui ont réussi leur vie sans suivre ces chemins tout tracés…Alors, forcément, Max Weber, ça l'interroge. Pour devenir Max Weber, fasciner les foules, c'est peut-être pas les parcours trop bien balisés qu'il faut prendre, mais les chemins de traverse ? Entreprendre, mordre dans la vraie vie, toucher à tout.
Il me demande conseil…
Pas facile…ce dilemne que l'on rencontre tout le temps entre faire ce qu'il faut faire, reproduire les bonnes pratiques de ceux qui nous ont précédé, ou prendre des risques, faire différent, mais comment ?
Qui aurait pensé que Max Weber inspirerait une telle discussion ? Et Max Weber, il m'aurait conseillé quoi ?
Pas sûr que ses oeuvres nous apportent la réponse….quoique….

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