Se retrouver invité dans une équipe, un Comex, ou toute autre assemblée, pour une intervention ou une animation, un « séminaire », c’est l’occasion de sentir, à des détails parfois imperceptibles, si cette équipe est soudée, ou au contraire conflictuelle, ou mal alignée.
Et bien sûr, dans toute équipe, il y a un leader, officiel si c’est le chef, ou bien naturel, comme un élément fédérateur que l’on repère assez vite.
Ce qui me frappe dans ces équipes bien ajustées, c’est la conformité à un langage, des expressions, des règles implicites, un dialecte exclusif, que, en tant que non initié, on ne comprend pas toujours.
Je retrouve les signes de ce qui fait une telle communauté en lisant le roman de François-Olivier rousseau, « La gare de Wannsee », qui a eu le Grand Prix du roman de l’Académie française en 1988.
Derrière ce titre énigmatique se cache une plongée immersive dans le Berlin des années 1920-1930, où deux jeunes peintres suédois, Sven et Nils, viennent chercher la gloire au cœur d’une scène artistique bouillonnante.
Au-delà de sa beauté littéraire, ce roman offre aussi une réflexion sur la création collective, le leadership et l’entrepreneuriat.
Au bord du lac Wannsee, loin des académies officielles, se forme un petit cercle d’artistes : peintres désargentés, poètes excentriques, modèles et personnalités hautes en couleur. Ils vivent entre pensions modestes et ateliers de fortune, partagent expositions, scandales et ambitions.
Ce n’est pas une école formelle, mais un écosystème vivant où la création émerge de la friction et de la complicité. Exactement comme une équipe fondatrice ou une communauté de créateurs dans le monde des affaires.
Rousseau y décrit avec finesse la dynamique du groupe :
« La claire conscience, en chacun d’entre nous, de participer d’une entité qui était à la fois nous tous ensemble, et un peu plus que cela : le groupe, qui relayait jusqu’à nos prédilections secrètes. Ce n’était pas que nous aliénions nos aspirations personnelles, ni le sentiment de notre individualité, mais il était le seul interlocuteur à qui nous voulions confier ces aspirations, en même temps que le cadre dans lequel notre unicité se révélait avec le plus d’éclat, sous la lumière du potentiel génie qu’on lui prêtait et dont même nos faiblesses, même nos travers ridicules, étaient interprétés comme de paradoxaux indices.
Nous avions fondé une de ces sociétés d’admiration mutuelle, calfeutrée, étanche, indifférente à tout jugement extérieur, où l’on s’éclabousse soi-même de l’encens qu’on jette aux autres. Entre nous, nous ne parlions déjà plus la langue de tout le monde, mais un dialecte exclusif que notre complicité avait fabriqué. Il était truffé d’idiomes incompréhensibles aux non-initiés que nous échangions comme une monnaie vernaculaire sans contre-valeur externe. »
On retrouve ici tout ce qui fait une équipe.
Dans une startup ou un collectif créatif, le leader doit cultiver cette « entité supérieure » : un espace où l’individualité s’amplifie au contact des autres. Les faiblesses y deviennent des signes de singularité, les idées folles y sont encouragées. Ce « dialecte exclusif » que décrit Rousseau, c’est ce qu’on appellerait une culture interne, ces références, blagues et raccourcis que seuls les membres comprennent.
La Gare de Wannsee nous rappelle que les plus belles aventures créatrices naissent rarement dans la solitude. Elles naissent dans des collectifs où l’on s’admire, se challenge et se comprend à demi-mot.
Le leadership le plus puissant n’est pas celui qui impose une vision solitaire, mais celui qui fait émerger une entité collective plus grande que la somme des talents.
Ce roman est une bonne porte pour nous interroger sur ce qui fait notre Wannsee, ce lieu, physique ou symbolique, cette culture qui nous permet de révéler notre meilleur et celui des autres.
Et de nous interroger aussi sur ce qui constitue notre « dialecte exclusif » avec notre équipe.

La formule est célèbre. On l’attribue souvent à Isaac Newton, mais elle remonte en réalité au XIIe siècle, sous la plume de l’érudit Bernard de Chartres :
Pour comprendre les hommes de pouvoir, dans les entreprises comme dans les sphères politiques, l’Histoire et les romanciers apportent aussi des éclairages précieux. C’est le cas d’un personnage hors du commun, Charles Auguste Louis Joseph de Morny (plus connu sous le nom de Charles de Morny), et de la biographie que lui consacre
« Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs. » On connaît cette célèbre formule de William Shakespeare. Elle m’est revenue en lisant le roman,
Voici un mot que j’ai entendu deux fois récemment.
J’ai lu quelque part cette formule : « On ne choisit plus un expert sur son contenu, l’IA en produit à l’infini ,mais sur ce qu’il a vu et encaissé en vrai. La preuve par la blessure va remplacer la preuve par le LinkedIn bullshit. »
Le constat est flagrant : les commerces de proximité, et notamment les bistrots dans nos villages et villes rurales, sont en voie de disparition. On est passé d’environ 200 000 bistrots dans les années 1960 à seulement 35 000 aujourd’hui, soit une chute de plus de 80 %. Près de 59 % des communes rurales n’ont plus aucun commerce de proximité. 

On a pu croire que les jeunes allaient tous vouloir se lancer à corps et cœur perdus dans la nouvelle révolution de l’intelligence artificielle, les LLM, ChatGPT et tous les autres.
En ce mois de mai, avec plein de jours fériés, c’est le sujet des propositions : les jours fériés.
Le passé ou l’avenir, voilà une question stratégique.