Dans cette période d’élections municipales, on parle et on débat sur les meilleures idées pour bien gérer la ville, et satisfaire ceux qui y habitent (et qui y votent).
Mais, c’est quoi une ville aujourd’hui ?
C’est tout le sujet du livre de Pierre Veltz, ingénieur, économiste et sociologue, ex directeur de l’école des Ponts, « Après la ville – Défis de l’urbanisation planétaire », publié en 2025.
Ce que l’on comprend en le lisant, c’est que les villes d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec les villes d’hier.
La ville, dans notre imaginaire, c’est, comme l’indique Pierre Veltz, « une organisation spatiale structurée, avec des motifs récurrents comme l’opposition centre-banlieue, une frontière bien définie, une correspondance claire avec des communautés sociologiques et des représentations politiques (autrement dit, un lien étroit, du moins en Occident, entre l’urbs, la ville physique, et la civitas, la ville sociopolitique).
Tout cela a explosé dans les années 90 ; ou même avant, avec de nouveaux processus d’occupation de l’espace beaucoup plus désordonnés, ce que l’on a appelé « l’urbain » : c’est l’époque de l’explosion des zones commerciales anarchiques dans les entrées de ville, de l’extension de l’habitat suburbain, et la multiplication des « zones » en tout genre (commerciales, industrielles, universitaires, résidentielles, etc). Ce sont tous ces espaces urbains, très étendus, qui font la ville d’aujourd’hui, et qui sont interchangeables : on retrouve les mêmes enseignes dans les rues piétonnes, au niveau national, et même international. Pierre Veltz cite un auteur de l’histoire de l’architecture et de l’urbanisme, Françoise Choay, qui a publié en 1994 un article sur « le règne de l’urbain est la mort de la ville ».
Ce phénomène de l’urbain va même plus loin, au point de ne plus permettre de faire de différence entre la ville et la campagne, alors que l’on avait tendance à distinguer le territoire urbain par rapport à l’extérieur (les ruraux, la campagne, la forêt). Aujourd’hui la ville est devenue monde, et le monde devient ville, par extension infinie des zones de toutes sortes, constituant un hybride urbain-rural.
Autre constat de Pierre Veltz, les modes de vie des campagnes et des villes sont de plus en plus proches.
Il rappelle que, en France, « à la veille de la Seconde Guerre mondiale, à la campagne, une majorité des maisons n’étaient pas raccordées à l’électricité, ni à l’eau courante ». Jusque dans les années 50, la vie à la campagne et dans les villes restaient très différentes. Aujourd’hui les conditions et modes de vie à la campagne et en ville sont quasiment les mêmes. Mêmes équipements, mêmes appareils électroménagers. C’est en revanche au sein même des villes que les plus fortes inégalités entre les populations se sont développées et accrues.
Ce qui caractérise aussi les villes d’aujourd’hui, c’est l’extension des échanges économiques, dépendant de ressources de plus en plus lointaines. Alors qu’il y a à peine une ou deux générations, les maisons paysannes ne comprenaient que très peu d’objets manufacturés issus de chaînes de production extra-locales, les échanges sont aujourd’hui mondiaux. On consomme des cerises en hiver partout, venant de très loin. Les conséquences écologiques sont connues et alarment certains. Pierre Veltz cite l’exemple du saumon d’élevage norvégien : « Le saumon d’élevage norvégien que nous consommons en grande quantité a créé par ricochet un déséquilibre majeur de surpêche de sardines au Sénégal, à des milliers de kilomètres, pour nourrir lesdits saumons ».
Pour Pierre Veltz, il devient urgent d’envisager les dynamiques des villes et les politiques urbaines dans un périmètre beaucoup plus élargi. Se concentrer sur les sujets des espaces de haute densité est une erreur. Exemple de la production d’électricité : « Les énergies renouvelables pour la production d’électricité ne pourront pas trouver leur place dans les villes denses, même si c’est là que se localise la demande. Les espaces peu peuplés devront donc accepter un suréquipement pour répondre à la demande de leurs voisins urbains ».
Une conviction : nos réalités territoriales ne doivent plus être regardées comme des objets spatiaux isolés et juxtaposés, alors que toutes les entités spatiales sont des millefeuilles de processus entremêlés à des échelles multiples, de l’ultra-local au mondial.
La ville au singulier n’existe plus. Elle est reliée en réseau à d’autres villes, d’autres territoires, avec un échange continu de biens, de services, d’idées, d’images, du monde entier. D’autant plus avec les communications et internet, bien sûr. Le modèle qui voit la ville comme un ensemble Centre + Périphérie est dépassé dans notre monde en réseaux.
Voilà de quoi donner un peu de hauteur à tous ceux qui fabriquent les programmes pour les élections municipales.

J’avais déjà évoqué
Avec le développement des IA génératives, est-il encore nécessaire d’être expert en quoi que ce soit ? A quoi peuvent servir nos « hard skills » dans ce nouveau monde ?
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Discussion cette semaine avec un professeur spécialiste de management dans l’incertitude.
Manager dans l’incertitude, c’est devenu le schéma courant dans les entreprises, et 2026 ne devrait pas être différent.
L’année 2025 à peine terminée, on s’attaque aux prévisions pour 2026.
Je me considère comme ce qu’on appelle un grand lecteur, avec au moins plus de 50 ou 60 livres lus par an.
Sociologue et philosophe, Hartmut Rosa a consacré plusieurs de ses ouvrages à ce phénomène qu’il appelle « Accélération », c’est-à-dire cette tendance de nos sociétés modernes à toujours vouloir accélérer, perdant tout espoir de « résonance », (titre d’un de ses ouvrages) de communication bilatérale avec le monde. Dans nos sociétés modernes, selon ses analyses, notre relation au monde a eu tendance à être muette.
C’est un territoire de l’archipel indien d’Adaman, on l’appelle l’île des sentinelles (ou North Sentinel). Officiellement, l’île est administrée par l’Inde depuis 1947. Cette île est considérée comme l’une des dernières tribus de la planète totalement coupées du monde moderne. L’île est défendue par sa population, qui n’hésite pas à tuer les intrus à coups de flèches et de de lances ; elle est considérée comme un territoire souverain, sous la protection de l’Inde, qui en interdit strictement l’approche depuis 1996 et a mis en place un périmètre de sécurité de plusieurs kilomètres autour de l’île.