On dit que pour bien entreprendre et réussir, le secret est d’identifier quelque chose qui fait mal et auquel on veut répondre : Where is the pain ?

C’est ce mal que ressentent tous ceux à qui, passé 50 ans, voire même avant, on fait comprendre, plus ou moins violemment, qu’ils n’ont plus leur place dans l’entreprise. Au revoir !

C’est sur ce mal plus ou moins avoué, et vécu personnellement, que Caroline Sarrot Lecarpentier a construit toute sa démarche : rapprocher les générations, les faire coopérer.

Ce qui était une aspiration, une forme de révolte, est devenu un projet entrepreneurial.

C’est comme ça qu’est né cet incroyable évènement, qui fêtait sa deuxième édition le 16 avril, VIVAGEN.

J’y étais, et quel festival !

Deux cents personnes dans la salle, des inscrits refusés ; des inscrites peut-être plutôt, car l’assistance était majoritairement composée de femmes de plus de 50 ans (du vécu ?). Les hommes se comptaient et jouaient au macho ‘ (« Il y a que des nanas ici ! »). Et puis bien sûr, des jeunes, autour de 20 ans, enrôlés dans une équipe de bénévoles pour préparer, animer les interviews et les tables rondes.

Le tout préparé et animé comme un vrai spectacle : des applaudissements tous les quart d’heure, des invités mis en avant pour des entretiens intergénérationnels sans temps mort. Un travail de pros.

Bon, et le contenu alors ?

Forcément pas mal de truismes ; oui les jeunes c’est important, oui, les vieux (pardon, les seniors, enfin, non, on doit pas dire seniors, plutôt expérimentés…d’accord). Et c’est tellement mieux quand tout le monde travaille ensemble (tiens, appelons ça « l’intelligence circulaire », cool), et surtout cette conviction d’un des participants : « Les gens vont donner le meilleur d’eux-mêmes quand ils se sentiront bien » …Certes. Les générations dans l’entreprise, c’est comme la forêt, les vieux arbres protègent les jeunes pousses.

Tout le monde savoure, et pas seulement les femmes de 50 ans.

Mais aussi des témoignages d’expériences en entreprises (souvent avec l’aide de Caroline, qui a plein d’idées pour faire réconcilier les générations) : créer une réunion dans l’entreprise des jeunes de 25 ans et des collaborateurs qui ont passé 25 ans dans l’entreprise : on appellera ça « Part’âge » ; et une autre réunion de rencontres entre générations, on appellera ça « Bavard’âge ». Oui, on aime bien les formules.

Un truc qui s’est bien développé, c’est le « reverse mentoring », des jeunes qui forment des vieux. Mais c’est un peu le premier stade, et puis on a aussi l’inverse : un des jeunes qui témoignent indique qu’il a vu que ceux qui sont les plus calés dans l’utilisation de l’IA, c’est plutôt les plus seniors ; les jeunes s’y mettent pas forcément aussi bien. Car pour bien maîtriser les prompts et l’IA, il est utile d’avoir l’expertise et les compétences sur les sujets traités, et ainsi bien profiter de l’interaction entre l’homme et la machine.

Il y a comme une vague d’initiatives, comme le montrent tous ces témoignages, sur ces questions de rencontres intergénérationnelles. Caroline a trouvé le bon sujet. On sent que VIVAGEN est bien parti et n’est pas près de s’arrêter.

Et puis, forcément, il y a des invités stars, ceux qu’on n’aurait pas crû rencontrer ici. Un artisan bronzier, un navigateur et alpiniste qui a fait des tonnes d’exploits, un général, et la Directrice fondatrice d’une agence de publicité : ceux-là, ils ont tous plus de 65 ans, même de 70 ans, et on a le sentiment que ce sont eux les plus jeunes.

 Car pour eux, être vieux, ça n’existe pas. Ils ne décrochent pas, ils aiment ça. Leur secret pour rester de tels jeunes à 70 ans : la passion. Pour eux les histoires de jeunes et de vieux, ce n’est pas un problème. Le Général a toujours encadré des jeunes, même si pour être général aujourd’hui (lui, il est général cinq étoiles), il faut quand même être plutôt vieux (ah, pardon, senior ? Expérimenté ?), pas comme Gabriel Attal, nous dit-il, qui veut être Président à 37 ans (Napoléon, ce jeune Général…C’était une autre époque).

Le navigateur, il a commencé jeune, et même très jeune, avec Eric Tabarly, duquel il a beaucoup appris, mais à qui il a, lui aussi, appris des trucs de jeunes pour piloter les bateaux.

Et la Directrice de l’agence de publicité, elle, elle préfère les vieux expérimentés qu’elle considère irremplaçables car « ce sont les meilleurs » (Elle encourage les cumuls emploi-retraite). Mais il faut aussi des jeunes, qui sont recrutés en masse chaque année, car le métier est difficile, et tout le monde ne restera pas. Et puis elle lance que ce qui compte, c’est la compétence, et rien d’autre. Et elle a cette formule qui fait glousser l’assistance : « T’es le patron, mais t’es con ! ». Elle aurait pu le faire avec la patronne, mais ça n’aurait pas eu le même effet, c’est sûr, sur cette assistance genrée. Et puis, pour elle, on reste jeune comme dans une publicité pour Evian, dont elle est fière : « Live Young ».

Tout le monde applaudit, on fait des photos de groupe en levant les bras ; sourires et rencontres dans la salle, entre jeunes et vieux.

Bref, merci pour ce moment.

Tout le monde a hâte de la prochaine session, la date est déjà fixée.

Petit moment de réflexion pour chacun à répondre dans l’appli sur son téléphone qui s’affiche sur l’écran : « Vous allez faire quoi concrètement demain matin pour l’intergénérationnel ? ». Et les réponses : réunir, parler autour de moi, voir un jeune, voir un vieux…Oui, on pourra encore réfléchir demain.

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