Le constat est flagrant : les commerces de proximité, et notamment les bistrots dans nos villages et villes rurales, sont en voie de disparition. On est passé d’environ 200 000 bistrots dans les années 1960 à seulement 35 000 aujourd’hui, soit une chute de plus de 80 %. Près de 59 % des communes rurales n’ont plus aucun commerce de proximité.

Tout le monde le voit, et cela inspire les politiques pour faire des propositions. Mais voilà, pas les mêmes. Et c’est là que l’idéologie vient s’en mêler.

Le 15 mai 2026, depuis un bistrot PMU de Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais), Marine Tondelier a présenté son « grand plan national de sauvegarde des cafés ». Sa solution ? Augmenter la TASCOM (Taxe sur les Surfaces Commerciales) qui pèse sur les grandes surfaces afin de dégager des recettes pour aider les communes à préserver les commerces locaux et les lieux de convivialité. En résumé : on taxe les gros pour sauver les petits.

Cela rappelle la proposition de loi adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale le 10 mars 2025 par Guillaume Kasbarian, qui vise au contraire à assouplir drastiquement les conditions d’obtention de la licence IV pour faciliter l’ouverture de nouveaux bistrots dans les communes de moins de 3 500 habitants. Deux diagnostics communs, deux réponses radicalement opposées.

Ces deux approches révèlent surtout deux visions du monde profondément différentes, presque antinomiques.

D’un côté, la loi que Guillaume Kasbarian a fait voter incarne l’approche libérale : il fait confiance à la liberté individuelle et à l’initiative privée. Pour lui, le rôle de l’État n’est pas d’imposer des solutions par le haut, mais de supprimer les obstacles administratifs qui étouffent l’entrepreneuriat local. En assouplissant la licence IV, il parie sur les maires, les porteurs de projet et les habitants eux-mêmes pour redonner vie aux villages. C’est l’idée que la vitalité d’un territoire naît d’abord de la liberté d’entreprendre.

De l’autre, Marine Tondelier défend une vision interventionniste et solidaire : le marché tel qu’il fonctionne aujourd’hui crée des inégalités et une concurrence déloyale. La solution passe donc par une régulation forte et une redistribution via la fiscalité. En augmentant la TASCOM sur les grandes surfaces, elle souhaite corriger les déséquilibres du système et financer collectivement le maintien des commerces de proximité. Pour elle, la solidarité et la justice sociale priment sur la liberté économique pure.

Pour les libéraux, la liberté n’est pas seulement un slogan : c’est un principe fondamental. Elle suppose que l’individu (ou le maire, ou l’entrepreneur) est le mieux placé pour savoir ce qui convient à son territoire. L’État a pour rôle de garantir les règles du jeu (sécurité, propriété, contrats) sans chercher à orienter ou à corriger en permanence par des taxes et des subventions. Cette philosophie s’inscrit directement dans la lignée des grands penseurs libéraux français du XIXe siècle, et notamment de Frédéric Bastiat.

Bastiat, dans son célèbre pamphlet La Loi (1850), mettait déjà en garde contre l’État qui, sous prétexte de solidarité ou de protection, finit par spolier les uns pour favoriser les autres. Il dénonçait la « spoliation légale » : utiliser la loi pour prendre aux uns (ici les grandes surfaces) ce qui leur appartient afin de le redistribuer selon des critères politiques. Pour Bastiat, la véritable solidarité naît de la libre coopération entre individus, et non d’une contrainte fiscale imposée d’en haut.

Ainsi, derrière ce débat technique sur les bistrots ruraux se cache une opposition philosophique vieille de plus de 170 ans : faut-il libérer les énergies ou corriger les déséquilibres par la puissance publique ?

La politique, c’est aussi dans les bistrots que ça se passe !

Santé !

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