En ce mois de mai, avec plein de jours fériés, c’est le sujet des propositions : les jours fériés.

Il y a ceux qui veulent que le 1er mai soit férié, mais qu’on puisse y travailler, et ouvrir les magasins (pas encore les entreprises, sauf le rail, l’électricité et d’autres, mais pas trop). Il y en a qui avaient même penser supprimer des jours fériés (l’idée géniale de François Bayrou, pas encore reprise, mais qui sait).

Et puis, il y a ceux qui aiment tellement les jours fériés qu’ils aimeraient en rajouter d’autres. C’est la proposition de Thomas Portes, député LFI. Il voudrait en rajouter sept nouveaux :

  • le 16 janvier, en référence à la publication en 1982 de l’ordonnance généralisant la cinquième semaine de congés payés. « Cela fait donc 44 ans que les salariés de France n’ont pas bénéficié de davantage de congés payés », justifie le groupe présidé par Mathilde Panot ; 
  • le 4 février, en commémoration du vote en 1794, par la Convention nationale, de l’abolition de l’esclavage dans toutes les colonies françaises ; 
  • le 18 mars« en l’honneur de la Commune de Paris et en hommage aux morts de la répression pendant la Semaine Sanglante », qui s’est déroulée du 21 au 28 mai 1871 ;
  • le 26 juin, en mémoire « de la sanglante répression qui s’est abattue » sur « les ouvriers mobilisés lors des journées de juin 1848 », qui « symbolisent la rupture de l’oligarchie française avec le projet d’une République sociale et émancipatrice » 
  • le 30 juillet, afin de « célébrer les amitiés ». « L’amitié est une notion politique au potentiel révolutionnaire », écrit La France insoumise, qui ajoute que « les relations amicales doivent être célébrées parce qu’elles favorisent l’épanouissement individuel et l’expression de la solidarité » ;
  • le 4 août, en référence au vote en 1789, par l’Assemblée nationale, de l’abolition des privilèges féodaux des nobles et des membres du clergé ; 
  • le 22 septembre« en l’honneur de la proclamation de la Première République », avec l’objectif de « valoriser ce moment marquant de notre histoire commune, qui marqua le début de la fin de siècles d’oppression féodale ». 

On le remarque : Aucun de ces nouveaux jours fériés ne fait référence à une fête religieuse. C’est que du pur laïc, sans l’Eglise. Et un rappel à ces temps glorieux de moments révolutionnaires de la France.

Voilà des innovations audacieuses. Car, si les hommes ne peuvent rien contre le temps qui s’écoule, ils peuvent ajuster et triturer le calendrier, les jours fériés et les autres. Et y mettre les bons symboles.

Ces propositions de LFI pourraient nous rappeler des propositions encore plus audacieuses comme celle du 20 septembre 1793, par le député de la Montagne, Gilbert Romme, mathématicien de profession. Pour lui, l’évidence, c’est que l’Eglise impose trop de son autorité au temps, et, en cette période révolutionnaire, l’Eglise, on n’en veut plus. Alors, ces fêtes religieuses, Noël et Pâques, ça suffit. Et aussi cette idée du dimanche, tous les sept jours, le jour du Seigneur, non mais allons ! Sans parler de tous ces saints qui encombrent le calendrier.

Il fait adopter son nouveau calendrier, le calendrier républicain, avec l’aide d’un autre député au nom fleuri de Fabre d’Eglantine. Il doit ce nom à sa victoire aux jeux Floraux de Toulouse, où il a reçu l’églantine d’or, qu’il a ajouté à son nom à cette occasion. C’est aussi lui qui est l’auteur d’une chanson célèbre, encore aujourd’hui, « Il pleut, il pleut, bergère, rentre tes blancs moutons… ».

Ce calendrier démarre à la fondation de la République, le 22 septembre 1792. Il va comporter douze mois égaux de trente jours, mais en bon mathématicien, le député y ajoute, pour compléter l’année, cinq jours qui n’appartiennent donc à aucun mois, et donc appelés « jours complémentaires ».

Autre innovation, la Convention étant contre toute astrologie, il s’agit d’abandonner la nomenclature planétaire des jours de la semaine (c’est comme ça en effet que la Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, sont à la source de nos lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi. Pour les deux derniers jours, l’Eglise revient avec le jour du Sabbat et le jour du Seigneur). Donc on va découper le mois en décades et proposer de nouveaux noms de mois. C’est Fabre d’Eglantine qui trouve des images colorées, qui seront accessibles à la masse du peuple.

Alors, pour les jours de la décade, il fait adopter les termes de primidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi nonidi et décadi. Ça a du chic, non ?

Et pour les mois, l’idée est d’indiquer d’un seul coup, la saison, la température et l’état de la végétation : vendémiaire, brumaire, frimaire en automne ; nivôse, pluviôse, ventôse en hiver ; germinal, floréal, prairial au printemps ; messidor, thermidor, fructidor en été.

Restent les cinq jours complémentaires pour terminer l’année. On les appellera les « sans-culottides ». Ce seront des jours fériés, destinés à célébrer les fêtes républicaines de la Vertu, du Génie, du Travail, de l’Opinion et des Récompenses. Sous le Directoire, on y ajoutera les fêtes commémoratives de la Révolution, en mélangeant un peu l’ancien et le nouveau calendrier : le 14 juillet, prise de la Bastille ; le 10 août, constitution de la Commune insurrectionnelle de Paris ; le 1er vendémiaire, jour de l’an républicain ; le 21 janvier, anniversaire de l’exécution du tyran ; le 9 thermidor, la fin de la Terreur par la Révolution triomphante.

Et pour oublier les saints, on va plutôt mettre en avant la culture et les animaux domestiques bien plus utiles. Ainsi l’Epiphanie, la Toussaint, la Nativité de la Vierge et l’Annonciation vont être remplacés par la poule, les salsifis, les noisettes et la pierre à chaux. Le dimanche, lui, a disparu dans le décadi. Finie la semaine. Tous les décadis de l’année seront consacrés à des fêtes qui auront pour devoir de « faire chérir la nature et les vertus sociales » par tous les citoyens.

Gilbert Romme et Fabre d’Eglantine ont réussi à faire voter avec enthousiasme ce nouveau merveilleux calendrier. Il durera un peu plus de treize ans. Et puis, Napoléon changera encore l’Histoire. Le 1er janvier 1806, 11 nivôse an XIV, le calendrier grégorien est remis en usage dans tout l’Empire français.

En revanche, Thomas Portes et les députés de LFI ont eu moins de chances ; leur proposition de nouveaux jours fériés, dans le même esprit, n’est pas passée à l’Assemblée nationale (Pas encore…).

(NOTA : J »ai retrouvé cette histoire – celle de 1793, pas celle de LFI – dans le roman de Jean d’Ormesson, « La douane de mer »).

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