J’ai lu quelque part cette formule : « On ne choisit plus un expert sur son contenu, l’IA en produit à l’infini ,mais sur ce qu’il a vu et encaissé en vrai. La preuve par la blessure va remplacer la preuve par le LinkedIn bullshit. »
Elle dit quelque chose de vrai qui peut inspirer tous ceux qui veulent convaincre et promouvoir leur expertise.
Le Figaro publiait le 18 mai 2026 une longue enquête sur le vertige des écrivains face à l’IA. Une étude citée dans l’article est particulièrement explicite sur ce phénomène.
L’université de Pittsburgh a soumis à des lecteurs, à l’aveugle, des poèmes de Shakespeare et Dickinson mélangés à des textes générés par IA. Résultat : ils ne savaient pas faire la différence. Mais dès qu’on leur révélait l’auteur, ils préféraient systématiquement les humains.
Ce n’est donc pas le texte qui compte. C’est celui qui est au bout.
« Le lecteur cherchera encore ce qu’aucune machine ne peut éprouver : qu’au bout de la phrase, quelqu’un a vraiment tremblé… et souffert. »
Raphaël Doan, essayiste et haut fonctionnaire, parmi les premiers en France à avoir publiquement utilisé l’IA dans son écriture, va dans le même sens : « Les auteurs devront instaurer une relation de confiance avec leurs lecteurs, qui jugeront eux-mêmes s’il leur semble entendre la voix de l’auteur ou pas. »
Entendre la voix. Pas lire les mots.
L’IA a liquidé en quelques mois la valeur du contenu maîtrisé. Elle sait tout, formule mieux que la plupart, ne doute pas en public. Elle produit de la compétence pure, sans sueur, sans défaillance.
Précisément : sans cicatrice.
Car c’est là que se loge ce qu’elle ne peut structurellement pas faire. L’IA procède par calcul statistique. Ce calcul lui interdit de produire ce que le Figaro appelle « l’opacité, l’excès, la fissure », ces failles que l’on reconnaît dans la voix de quelqu’un qui a vraiment traversé quelque chose.
Gaspard Koenig, interrogé aussi par Le Figaro, le formule avec une netteté qui tranche : « Je trouve insultant de publier une phrase qu’on n’a pas pensée, qui ne vient pas de soi et ne reflète pas notre intention. C’est une question de dignité. » Et il va plus loin : « Un sujet humain témoigne de sa singularité, de son intériorité à un autre par le langage et l’écriture. Si la parole vient de la masse, d’une simple corrélation statistique, dans un but purement utilitaire, la communication n’a plus d’intérêt humain. »
La corrélation statistique ne souffre pas. Elle ne doute pas. Elle n’a rien traversé.
Le diplôme, le titre, les cases cochées de l’expertise sur LinkedIn, tout cela certifiait une compétence abstraite. Mais la compétence abstraite est désormais disponible à l’infini, gratuitement, en quelques secondes.
Ce qui reste rare : avoir été ébranlé et être resté debout. Avoir conseillé, s’être trompé, en avoir porté le poids. Avoir écrit depuis un endroit douloureux et vrai.
La cicatrice est le seul diplôme que l’IA ne délivrera jamais.
La blessure n’est plus un aveu de faiblesse à dissimuler dans une biographie LinkedIn soigneusement polie. Elle devient la seule certification que personne, aucune machine, aucun prompt, ne peut falsifier.
Pas ce que vous savez. Ce que vous avez traversé.
C’est ça, désormais, la preuve.

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