• Gandhi Discussion ces derniers jours sur un sujet qui revient souvent quand on analyse les difficultés pour mener un projet de changement : "Je n’arrive pas à faire avancer les choses comme il faudrait, car je n’ai pas l’autorité hiérarchique pour imposer le changement".

    Il est vrai que souvent, quand on montre en exemple les qualités des leaders qui réussissent, on met en avant des figures de chefs, qui ont précisémment cette autorité qui semble un atout incontestable pour exercer les talents adéquats.

    Pourtant, les dirigeants eux-mêmes constatent combien cette apparente évidence que l’autorité permet de mener facilement le changement est une illusion totale : on demande au dirigeant, voir par exemple en politique, et les débats en ce moment sur le CPE, de mener le changement, à condition qu’il ne perturbe pas mes intérêts, mais plutôt celui des autres. En fait les parties prenantes ne partagent jamais en même temps les mêmes visions du changement.

    C’est souvent au contraire un déviant, un original, sans autorité, qui, en apportant d’autres points de vue, contribue à la transformation du système. On pense à Martin Luther King, à Gandhi, ou à d’autres figures moins connues autour de nous, qui, en disant que "le roi est nu", en montrant les réalités autrement, bousculent ce qui avait l’air immuable.

    Ce phénomène, appliqué au leadership dans les entreprises, a été particulièrement bien analysé par Ronald A. Heifetz dans son ouvrage "Leadership without easy answers".

    Quelle est sa thèse ?

    (suite…)

  • Acierindien L’affaire du moment sur l’OPA de l’indien néerlandais londonien Mittal sur l’européen luxembourgeois ARCELOR est l’occasion beaucoup de bêtises dans les journaux et à la télévision en ce moment.

    C’est aussi, ça et là, quelques remarques intéressantes.

    Le sujet, c’est le rôle des actionnaires.

    Quand un gouvernement, un homme politique, qui ne représente que lui-même et pas du tout l’actionnaire, s’en prend à l’opération au nom du "patriotisme économique" il parle dans le vide.

    J’ai par contre relevé les commentaires d’Alain Etchegoyen dans Le Figaro de vendredi dernier.

    Alain Etchegoyen, qui s’est fait débarqué du Plan par de Villepin récemment (voir ICI), a aussi été administrateur et membre du Comité d’Audit d’ARCELOR de 1995 à 2002.

    Il considère que cette OPA hostiles est "de bonne guerre parce que c’est la guerre, la guerre économique".

    Et puis, à la fin de son commentaire, il lâche ceci :

    "L’ensemble de ces opérations pose une question qu’il faut traiter sérieusement, et dans tous les sens. quand Arcelor acquiert Dofasco, il séduit, lui aussi, les actionnaires par une offre supérieure à celle de Thyssen. Il est certainement temps de ne plus voir les seuls actionnaires décider du sort des entreprises : les salariés, les fournisseurs et les clients font vivre ces entreprises. Ils travaillent, ils produisent, ils achètent sans qu’aucune forme de pouvoir ne leur permette d’exprimer leurs contributions aux succès d’une entreprise."

    Cette vision revient à considérer que les "stakeholders" de l’entreprise ont des droits à égalité qui ne rendent pas l’actionnaire seul juge. Argument que l’on pourrait retrouver dans le débat en cours sur le téléchargement de musique sur internet ("la musique appartient à celui qui l’écoute, et non à son auteur"…).

    Cette philosophie, proposée par un de ceux que l’on appelle "administrateur indépendant" dans les conseils d’administration, c’est précisément cette conception de la gouvernance d’entreprise que combat fermement Colette Neuville, présidente de l’Association de Défense des Actionnaires Minoritaires (Adam).

    Elle est interviewée dans l‘AGEFI du 3 février :

    " Cette affaire pose une nouvelle fois la question de la gouvernance et notamment de la composition des conseils d’administration en relation avec la structure de l’actionnariat. L’expérience montre que l’avis favorable – ou défavorable – d’un conseil d’administration composé essentiellement d’administrateurs indépendants ne pèse pas lourd face à une offre publique. Il en va tout autrement lorsque le conseil est composé des principaux actionnaires. La fiction de la représentativité des administrateurs indépendants tombe face à une offre publique, qui est la minute de vérité à cet égard. Si on veut donner aux entreprises le moyen de mener des politiques à long terme, et de résister éventuellement à des attaques, il faudra certainement se préoccuper de la structure de l’actionnariat et de celle des conseils d’administration, ce qui implique une vraie réflexion sur le rôle des organismes de placement collectifs et des règles qui leur sont applicables".

    Ce débat sur le rôle de l’actionnaire en tant que partie prenante n’est pas tranché.

    Néammoins, comme l’a dit Thierry Breton, " Ce sont les actionnaires qui vont trancher, pas les Etats."

    Et puis ces actionnaires, représentés justement par ces investisseurs et organismes de placement collectifs, il faut les séduire.

    Dans l’AGEFI toujours, Pierre Henry Leroy, président de Proxinvest, apporte un autre élément au débat :

    "Arcelor ne parvient pas encore à convaincre, face à un public d’investisseurs jeunes et internationaux. Signe aussi d’une déficience de la gouvernance du Groupe, avec des statuts et une communication financière désuets."

    On l’a compris, cett affaire d’OPA, c’est encore une bataille de jeunes contre les vieux, les désuets;

    Les jeunes investisseurs contre le vieux monsieur Dollé.

    On y revient toujours; mais cela laisse un peu pensif.

    Ce jeunisme que n’aimait pas Nicolas Sarkozy l’autre jour, il sévit là aussi.

  • Jeunesarko Ce matin, aux Directs HEC, nous recevions la star du moment en politique, nicolas Sarkozy.

    Il a démontré encore une fois sa détermination, ses convictions, la rage de réussir. Perché sur un tabouret, la jambe gauche en perpétuel mouvement, la voix forte, les interpellations franches et directes, oui, il était comme on le connaît.Le public était plutôt sympa avec lui.

    Cette énergie, cette capacité à communiquer en parlant un langage simple et direct, chapeau !

    Je retiendrai de ces échanges avec les HEC la réponse à une question sur le besoin de faire monter des jeunes dans le futur gouvernement de la France.

    Nicolas Sarkozy nous l’a dit; il n’aime pas ce jeunisme qui envahit les discours. Un jeune crétin n’a rien de spécial à apporter par rapport à quelqu’un d’expérimenté (oui, il parle comme ça nicolas, comme un ….jeune ?). Pour le prochain gouvernement de la France, il veut peu de ministres (pas plus de 15), mais des gens expérimentés, qui ont appris à connaître et à comprendre (il préfère le mot comprendre au mot écouter, car il pense que, derrière ce qui se dit, il faut aussi avoir la capacité d’analyse). Lui même, qui a été ministre pour la première fois il y a 13 ans, il se juge meilleur aujourd’hui qu’à cette époque : alors, il était trop plein de certitudes, d’idéologies, alors que maintenant il a appris à comprendre la France. Ce sont des gens comme ça qu’il veut autour de lui, des expérimentés qui apporteront leur expèrience pour faire une nouvelle politique.

    Il veut aussi des gens du privé; dans son programme, il prévoit de faire venir pour un contrat de cinq ans cent personnalités du privé pour transformer la France et l’Etat, notamment au Ministère des Finances, car trop de personnes brillantes quittent le secteur public pour le privé, et le niveau baisse dans le public.

    Devant un public de gens expérimentés, HEC, moyenne d’âge assez élevée, venant du privé pour l’essentiel, et se considérant sûrement comme brillants, cet appel aux cent génies qui font transformer la France, c’était une géniale communication; certains ont dû déjà se voir en faire partie.

    On a quand même compris que, parmi ces gens expérimentés, il n’y a pas Chirac; Il a d’autres idoles aujourd’hui; il a même cité un nom; est ce son futur premier ministre ? en tous cas un ministre; si c’est le cas, on se souviendra tous qu’il nous l’avait dit ce 30 janvier 2006.

    Entre deux propositions en réponse à tous les problèmes qu’il veut régler , il a eu le temps de nous dire que la spiritualité, c’est important, la vie, la mort, et puis, vouf, il est passé à autre chose.

    Une belle démonstration de communication : bravo !

  • Ladefense J’ai assisté hier à un moment de vie dans une entreprise dont il faut que je vous parle, car c’est unique.

    C’est dans une tour de La Défense; tout s’est passé dans le hall, mais j’ai tout vu.

    Le Directeur Général est un homme jeune, costume bien coupé; il est trés séducteur. Il est constamment suivi d’un autre garçon, son assitant personnel, qui le sert avec zèle. Ils ont probablement eu des relations trés particulières, car, à plusieurs reprises, dans des moments intenses, ils s’embrassent à pleine bouche.

    Mais l’essentiel des préoccupations de ce Directeur Général, apparemment, ce sont les femmes. Il est constamment à leur poursuite, passant de l’une à l’autre, la nuit surtout, dans les bureaux et les ascenseurs de son entreprise. Sa façon est plutôt violente. Il choisit surtout le gratin, la fille du Président, qui, bien que mariée à un cadre de la maison, en pince quand même pour lui, ou bien une cadre bien mise qui a suivi toute son ascension dans l’entreprise, et qui l’admire. Il aime aussi séduire une des femmes de ménage, qu’il a surpris dans le hall, en blouse et balai à la main, avec ses collègues, alors qu’ils s’apprêtaient à organiser une petite fête. Le petit ami de cette femme de ménage est aussi employé dans l’entreprise; j’ai bien vu qu’il n’aimait pas les façons du Directeur Général et préparait un mauvais coup.

    Ce côté passionnel, cette fièvre de sexe, ça chauffe les esprits. C’est sûr, on ne travaille pas beaucoup dans cette entreprise, en tout cas pas les patrons, ni les femmes et hommes de ménage, toujours à chanter et danser. Et l’assistant personnel, pas trés clair, s’y met aussi : il se fait passer pour son DG et va séduire cette cadre sup, un peu alcoolo, qui se laisse faire…

    Bon, pour ce que j’en ai vu, ça finit mal.

    Vous voulez connaître cette entreprise ?

    lisez la suite.

    (suite…)

  • Foetus La lecture de "Pourquoi ça ne va pas plus mal ?" de Patrick viveret me permet de revenir au thème qui a lancé ce blog (voir ICI).

    Il y analyse les dangers qui nous menacent, et décèle, parmi les causes du fatalisme ambiant, des problèmes d’être plus que d’avoir : pour lui, ce qui est déréglé, c’est notre façon de concevoir notre place dans l’univers, de donner un sens à notre vie, de s’en sentir responsable et de se montrer solidaire de la vie des autres.

    Son diagnostique aborde aussi le monde de l’entreprise, même si ce n’est pas le point de vue majeur du livre :

    "Une des préoccupations majeures des entreprises est de faire croire que l’entreprise est le lieu central de la vie. D’où les contradictions sur lesquelles sont en train de buter les discours de type management participatif. (…).

    C’est ainsi que s’exprime en filigrane dans les discours sophistiqués sur les nouvelles formes de management ou le pilotage du troisième type la conscience profonde, rarement formulée, y compris par leurs auteurs eux-mêmes, que le problème majeur des économies capitalistes et des entreprises marchandes, c’est, derrière l’objectif proprement économique structuré autour de la richesse, le management de cette partie immense de l’iceberg qui se trouve immergée : gérer du pouvoir, du sens, de la connaissance, de l’amour, de la jouissance, de l’amitié.

    Or, la mutation informationnelle et la révolution de l’intelligence qu’elle induit produisent une situation trés différente, dans laquelle l’entreprise ne peut capter l’intelligence de ses salariés que si elle capte leur motivation; bref, elle tente de pratiquer une forme d’internalisation des passions pour une partie des cadres et salariés.

    Mais le salarié qui s’intéresse de nouveau à l’entreprise, que reçoit il en échange ? On retrouve ici le problème du pouvoir, du sens de l’entreprise, voire celui du partage de la richesse. Et si l’entreprise ne se place pas dans cette optique, si elle traite ses salariés comme des charges dont elle pourrait chercher à se débarrasser pour "raisons de compétitivité", il ne faut pas qu’elle s’étonne que ceux-ci choisissent de mener leur projet de vie à l’extérieur, la traitant, elle, comme une pure ressource alimentaire."

    Patrick Viveret met le doigt sur une situation similaire dans le domaine social et politique.

    Pour lui, il est urgent de réapprendre à vivre, et de considérer qu’"être un humain", "vivre" , c’est un vrai travail, que nous ne prenons pas assez au sérieux.

    Plongés dans un modèle culturel, en Amérique du Nord, en Asie, en Europe, qui consiste à réagir à la difficulté par un surcroît de vitesse, d’effort, de logique guerrière, nous en oublions de vivre le temps présent, de simplement jouir de la vie telle qu’elle nous arrive. Il cite Keynes, qui, dans son "essai sur la monnaie", a cette remarque troublante : "Nous n’avons pas appris à jouir".

    Notre monde professionnel, celui qui nous fait vivre une vie professionnelle qui absorbe notre vie personnelle, est le réceptacle parfait de ce que patrick Viveret appelle la "misanthropie du quotidien", qui est comme un poison versé goutte à goutte : "elle nous rend amers, aigris, sans énergie". Cette plainte sourde d’un combat entre la vie professionnelle et la vie personnelle, elle envahit aujourd’hui les réflexions et expressions des cadres, notamment les jeunes générations. J’y suis souvent confronté dans les entreprises que je côtoie.

    Ecoutons patrick Viveret :

    "Être dans ce malheur quotidien, c’est être en permanence "à la mauvaise heure" : nous ne sommes pas bien dans le présent car nous sommes happés par le passé ou l’avenir. Regrets, remords, nostalgie quant au passé; désir, espoir ou peur quant à l’avenir. L’instant présent est vidé par ces sentiments qui nous empêchent de le vivre pleinement. Je suis dans une ville : je rêve d’être dans une autre; je fais ceci; je pense au fait que je n’ai pas encore fait cela; je rencontre telle personne : je m’imagine déjà avec celle que je rencontrerai dans une heure, etc…Dans le désert nous rêvons de neige; à la montagne nous regrettons la mer; à la campagne les deux à la fois. Bref, quelle que soit la météo extérieure, le temps intérieur est toujours gris…

    Être à la "bonne heure", c’est donc d’abord vivre intensément le présent. S’il est satisfaisant, faire de cette satisfaction souvent banale et quasi insensible une vraie joie. S’il est difficile, faire de cette difficulté une leçon de vie, la considérer comme une opportunité. S’il est douloureux, réduire au maximum la douleur en suivant par exemple les préceptes de la médecine chinoise, c’est à dire en se concentrant sur cette douleur afin de ne pas la laisser irradier notre corps, notre coeur, notre esprit.

    Au sens fort du terme, le bonheur et le malheur ne sont pas des sentiments mais des choix, des positions de vie."

    En fait, le projet de patrick Viveret, c’est de nous "apprendre à vivre", car c’est grâce à la qualité du projet de vie de chacun que nous résoudrons collectivement les problèmes de nos entreprises, nos Etats, notre planète. Il réagit à nos façons de nous plaindre, de souffrir de travailler trop, de ne pas assez faire ceci , ou trop de celà, en nous faisant prendre conscience que "nous sommes reponsables de notre propre malheur" (pour reprendre l’expression de Watzlavik).

    Il faut dire que cette position de plainte a quelque chose d’agréable :

    "Quand nous pensons être malheureux pour telle ou telle cause éloignée de notre présent (un échec amoureux, un drame touchant un proche, un licenciement,..)nous avons en réalité choisi de nous défendre d’une situation éprouvante par une position de vie malheureuse. Car cette position entraîne – du moins le croyons nous inconsciemment – bien des avantages : celui d’apparaître comme une victime, celui d’être considéré comme irresponsable, le droit d’être plaint et, vieux fond magique en nous, la croyance que le malheur nous préserve d’autres malheurs plus grands encore, alors qu’à l’inverse nous avons toujours peur que le bonheur nous attire le courroux des dieux."

    Cet art de vivre auquel appelle l’auteur, c’est en fait de changer notre rapport à la vie et au temps. Nous ne pouvons pas tout vivre à la fois. Mais nous pouvons tout vivre intensément.

    En prenant conscience que "la vie est formidable", nous apprendrons que "nous serons toujours à la mauvaise heure si nous nous interdisons la joie ou le plaisir qu’offre le moment présent, et aussi si nous nous refusons la tristesse ou le chagrin lorsque nous vivons une épreuve douloureuse."

    Le message de l’auteur parle au centre de la vie de chacun d’entre nous :

    "Il s’agit d’éprouver intensément la vie, de vivre pleinement notre humanité, cette possibilité mystèrieuse que nous avons de vivre, consciemment, notre bref voyage dans l’univers."

    A chacun , maintenant, de choisir.

  • Peinturejap Vous l’avez senti vous aussi parfois : vous rencontrez plusieurs personnes d’une entreprise; elles ont l’air différentes, elles n’ont pas le même âge, et pourtant vous ressentez intensément qu’il y a quelque chose de ressemblant entre elles.

    Ce sentiment est d’autant plus fort que c’est l’entreprise où vous travaillez, voire celle que vous dirigez, et que vous aussi vous vous sentez complètement en harmonie avec les autres. C’est ce sentiment de toucher du doigt ce que l’on n’ose pas appeler "la culture d’entreprise", ou "les valeurs", et qui a quelque chose de troublant.

    C’est en pensant à ce sentiment que j’ai redécouvert une phrase de Elie Faure, dans son ouvrage "L’esprit des formes". Il s’agit d’un ouvrage sur l’histoire de l’art. Elie Faure y parcoure avec beaucoup d’originalité l’histoire de l’art au travers des siècles et des pays et civilisations.

    Il nous fait notamment remarquer combien il nous est facile de distinguer, même sans être un expert, une oeuvre européenne d’une oeuvre asiatique, et plus tard, par exemple, une oeuvre grecque d’une oeuvre romaine.

    Pourquoi ?

    Il l’explique par l’influence du milieu, c’est à dire de l’environnement, qui conditionne les artistes qui s’y expriment (les paysages brumeux ou ensoleillés, les vêtements de soierie ou les tenues légères) ; et aussi par le langage, qui, dans la peinture, exprime ce qui a vie, et donc forme, la plante, l’animal, l’homme, la science, la morale, la mort. Ce langage pose une borne dès le départ impossible à renverser.

    Et puis voilà la citation troublante, qui me renvoit à mon sujet du début :

    "Ce sont nos différences qui nous unissent, parce que nous nous rapprochons les uns des autres pour les étudier, et qu’en les étudiant, nous découvrons nos ressemblances."

    L’entreprise aussi, si elle veut se doter d’une culture forte a besoin de soigner son milieu, de le connaître, de l’entretenir comme un jardin, et son langage, celui qui s’exprime à travers les comportements, les attitudes, l’éthique.

    Probablement qu’ Elie Faure n’imaginait pas cette transposition quand il écrivait ces lignes, mais on le sait tous, tous les livres sont écrits par ceux qui les lisent.

  • Leclerc2 Les Matins HEC de mardi dernier (17 janvier) recevaient Michel Edouard Leclerc.

    Il nous a donné sa vision de l’évolution de la Loi Galland, puis de la Loi Dutreil, qui assouplit mais reste un carcan unique au monde de complexité bureaucratique, dont il critique toujours la philosophie.

    Tous ces débats sont régulièrement abordés dans la presse, notamment Challenges cette semaine; rien de nouveau.

    Non, ce qui a retenu mon attention c’est le plaidoyer plein d’émotion que Michel Edouard Leclec nous a fait sur le commerce, qu’il souhaiterait voir un peu mieux considéré.

    Une question de la salle sur le recrutement d’HEC chez Leclerc lui a donné l’occasion de faire remarquer combien ce métier exigeant rebutait les diplômés de cette école, même si il a avoué en avoir deux ou trois autour de lui ("mais ils ne s’en vantent pas").

    Il a aussi rappelé combien le MEDEF se désinterressait du secteur de la Distribution, sauf quand il faut encaisser les cotisations.

    A l’inverse, on sentait dans ses propos toute la fierté du mot commerce pour lui (il est dedans, grâce à son père, qu’il a cité de nombreuses fois, "depuis l’âge de 15 ans"…).

    Comme il était heureux de jouer au commerçant malin, capable à la fois de baisser les prix et d’augmenter ses marges, grâce à une utilisation habile du mix produit, devant un vincent Beaufils complice de ces taquineries.

    Et puis le commerce, c’est grâce à lui qu’on a de la croissance et de la consommation, comme en rêve thierry Breton et de Villepin; c’est aussi lui, ce secteur du commerce, qui permet de vendre des produits français. Bref, le commerce, on lui doit beaucoup et il n’est pas reconnu assez noblement.

    En effet, commerce, échange d’argent, persuader le client, être au service, tout faire pour le client, c’est bien dans les livres de management, mais c’est tellement dur qu’il vaut mieux se cacher ailleurs.

    D’ailleurs les livres de management, michel edouard Leclerc, c’est pas sa formation; sa formation à lui c’était "Moby Dick"…

    Oui, ce discours pour nous faire le commerce du commerce, il rendait heureux. Il a peut être même réussi à convaincre quelques uns des nombreux jeunes HEC de la salle.

    D’ailleurs, il nous l’a dit, il aime "communiquer" : c’est pour ça qu’il a un blog, qu’il aime convaincre.

    "Communiquer est un acte de management", aussi bien pour l’externe que pour l’interne. Ce blog lui sert aussi à faire passer des messages à ses collaborateurs, pour qu’ "ils voient ce qui va leur arriver".

    Commerce et communication, deux valeurs précieuses pour rendre optimiste nos entreprises et notre économie.

    Avec michel edouard Leclerc, elles ont un bon avocat.

    Souhaitons lui d’être plus entendu, et surtout écouté.

  • Businesslunch Vous cherchez des signes de changements dans les entreprises ? Demandez à ceux qui leur fournissent des services. J’avais déjà évoqué les prestataires de séminaires ICI.

    Hier, dans Le Figaro, une autre profession nous aide à comprendre les nouvelles tendances des entreprises: les restaurateurs, ceux qui sont spécialisés dans ce qu’on appelle "les repas d’affaires"…

    C’est François Simon, cet expert gastronomique qui cache son visage, et porte des jugements définitifs sur les tables de restaurants, qui nous le dit : "Repas d’affaires : ça bouge !".

    Un repas d’affaires, on penserait que c’est fait pour impressionner votre invité, lui en mettre plein l’estomac pour lui en mettre plein la vue…Erreur ! Maintenant on fait léger sur les calories, c’est plus branché. Et l’on se précipite sur ces "petits menus" moins chers mais tellement typiques (et votre interlocuteur appréciera la sagacité avec laquelle vous gérez les deniers de votre entreprise, c’est François qui vous le dit).

    Encore plus tendance, allez dans les snacks chic, ou mieux les "snacks snobs" : ce sont les endroits qui vous évitent de parler affaires au milieu de "Ploucland" (c’est François qui parle comme ça ), qui sont de parfaits "filtres sociaux" (chic et snob cette expression). Les lieux recommandés : Hôtels Costes, Spoon.

    Autre astuce : déjeuner en décalé; manger à l’heure des repas, c’est tellement commun…"En décalant vos horaires, vous risquez d’avoir la salle de restaurant pour vous seul (à midi ou 14H00) ".

    L’article m’a paru tout aussi décalé que les heures de déjeûner. Il reflète bien cependant l’évolution des entreprises vers une vision plus qualitative que quantitative de leurs relations clients. Un simple déjeuner dit beaucoup de choses sur la culture de celui qui vous invite, et de son entreprise. Elle parle de nous quand nous invitons un client ou prospect au restaurant.

    J’ai bien aimé dans l’article du Figaro les 7 conseils qui sont fournis sous le titre " L’art de louper son repas". Afin de le garder en mémoire, je le reproduit ici, vous pourrez y revenir lorsque vous organiserez votre prochain "business lunch".

    L’art de louper son repas

    1. Arriver en plein rush (13H); solution : préférer 12H15 ou carrément 14H;

    2. Prendre un menu dégustation (ça dure des heures); solution : le plat direct à la carte;

    3. Snober le maître d’hôtel (il se vengera); solution : le mettre dans votre poche;

    4. Oubliez de lui dire le tempo du déjeuner (presto/lentamente/allegro); solution : toujours préciser au moment de la commande l’heure de départ rêvée;

    5. Retenir une table proche de votre bureau (ça énerve votre invité); solution : rapprochez vous de lui;

    6. Prendre un apéritif (ringard et absurde); solution : prenez du vin au verre;

    7. A Paris, se rendre en voiture dans un restaurant sans voiturier et accepter n’importe quelle table; solution : lors de la réservation, demandez une table, au calme, à l’écart.

    Bon appétit!

  • Andy Mardi (10 janvier), Les Echos ont consacré un Dossier (une page) à "L’art au service de la culture d’entreprise". Le sujet : intégrer l’art dans le management de l’entreprise.

    De quoi s’agit-il ?

    Des galliéristes animent des expos dans les locaux de l’entreprise pour les salariés, qui peuvent acheter les oeuvres présentées. Chez Microsoft, 40% des oeuvres ont été achetées lors d’une expo de ce genre organisée à la FNAC Saint Lazare.

    Chez Colas, on lance un concours de peinture sur le thème de la route : une affaire qui roule.

    Autre initiative : inviter un peintre à peindre "l’âme de l’entreprise" : Mathias Duhamel s’y est plongé pour une entreprise d’experts-comptables, Aequitas; il s’est installé dans le hall de l’entreprise pour travailler, a interviewé plusieurs collaborateurs. L’article ne dit pas ce qu’il a produit.

    Une société de conseil propose à ses clients des "déambulations géoartistiques", parcours personnalisés, rencontre avec des créateurs dans des lieux inédits…

    Toutes ces initiatives reflètent la capacité d’entreprises innovantes à vendre de l’expérience aux entreprises avec succés; l’art est un bon thème d’expérience. Voir ma note sur cette notion d’expérience ici.

    Pour l’entreprise, et plusieurs témoignent dans les dossier des Echos, il s’agit d’insufler plus de créativité dans l’entreprise en sensibilisant les collaborateurs.

    Parfois, c’est aussi "un moyen au service de l’ego du dirigeant", comme le remarque Thierry Picq, professeur à l’EM Lyon dans une interview.

    Dans tous les cas, l’art ouvre "une porte émotionnelle" chez le manager.

    Cas pratique et coïncidence (?) , rendant visite cette semaine au dirigeant d’une entreprise pour la première fois, je suis frappé par la décoration du Siège : murs de couleurs vives, l’un bleu, l’autre jaune, l’autre rouge, et le mobilier à l’avenant : formes et couleurs particulièrement inhabituelles.

    Je n’ai pas manqué d’en parler avec mon interlocuteur : c’est un choix bien sûr, la recherche de la créativité et du sens artistique pour les collaborateurs; Un stage de créativité est dispensé régulièrement à tous les collaborateurs, animé par des professionnels du théâtre et des arts plastiques. Le prochain séminaire des cadres est en cours de préparation avec des artistes, le thème est choisi, ce sera :"l’authenticité". 10% environ des effectifs de l’entreprise vont y participer.

    Le Président de cette entreprise est trés impliqué dans ces initiatives; il est lui-même un activiste de la créativité; il a  écrit des ouvrages sur le bonheur, et la meilleure façon de le trouver.

    Cette conversation au milieu de cet "art Murs" avait vraiment quelque chose d’inhabituel, mais je suis resté avec la vague impression que cette mise en scène ne disait pas tout sur l’entreprise. C’est aussi une façon de se protéger.

    Pourtant l’initiative est intéressante, et apporte une preuve supplémentaire que, quels que soient les moyens mis en oeuvre, les enjeux de créativité, de risque, de performance collective, sont clés dans le management d’aujourd’hui.

    Bien sûr cela ne dispense pas d’être attentif aux coûts, aux process, et à la maîtrise des coûts salariaux. Mais cela ajoute une perspective plus générale sur le sens de l’entreprise et des ses actions.

    L’art est partout; regardons autour de nous, dans nos entreprises, à l’accueil du Siège, dans les programmes de formation, si la créativité ou facilitée ou freinée, encouragée ou montrée du doigt…

  • Telescope Peut on déceler dans les signaux de 2005 ce qui se passera durant tout le XXIème siècle ?

    Drôle d’exercice, peut-être pas…

    Dans Le Nouvel Observateur de cette semaine, Jacques Julliard voit dans 2005 une "annus horribilis", il l’appelle "l’année des sept plaies". Je ne vous les cite pas toutes, mais retennons qu’il n’a pas aimé le Non au référendum, l’histoire du lundi de pentecôte, refus de solidarité entre générations, les grèves des transports, ou la dégérescence corporatiste du mouvement social….

    Il y voit les symptomes de deux constantes de nos concitoyens :

    – le refus de l’avenir (ou tout au moins la perte de confiance dans notre capacité à l’affronter),

    – et l’effilochage du tissu national, tiraillé entre l’individualisme et sa traduction à l’échelle collective : le communautarisme.

    Il porte un jugement assez dur, mais bien dans l’air du temps des médias, sur :

    " la mentalité des français est devenue celle de drôles de petits retraités de l’Histoire, tour à tour individualistes et socialistes, qui s’imaginent pouvoir continuer de prospérer grâce aux dividendes qu’ils perçoivent sur leur passé, leur capital culturel et leur débrouillardise naturelle".

    Il en vient aux remèdes, et appelle à une réforme intellectuelle et morale de la société toute entière (bigre !).Il rêve d’hommes politiques qui entraînent, qui aient du "leadership". (tiens, tiens..).

    Cet article m’a renvoyé à une autre lecture, qui a marqué ma réflexion en ces derniers jours de 2005, et début 2006, qui est le livre de Thérèse Delpech, "L’ensauvagement", prix Femina de l’essai 2005.

    L’ensauvagement dont parle Thérèse Delpech, c’est le processus qui, aujourd’hui, de civilisés, nous fait devenir sauvages. En analysant l’année 1905, et tout ce qui s’est passé ensuite au XXème siècle en barbarie, elle nous propose une méthode, qu’elle applique à 2005, qu’elle appelle "le télescope", et qu’elle emprunte à une proposition de Schopenhauer aux hommes politiques :

    (suite…)