• FuiteJ'ai eu peur….

    Une table voisine dans un restaurant, un couple (légitime? ou non ?), plus trés jeune, une bonne bouteille de vin; genre gourmets. Ils trouvent utile de me dire en quittant la table qu'ils vont quitter la France, c'était genre leur dernier repas en France ( ça m'a fait tout d'un coup penser au suicide de Stefan Zweig au Brésil – voir ICI).en 1942. Je ne sais pas trop quoi leur répondre, je n'ai pas envie de discuter…Cela me met mal à l'aise.

    Autre lieu, celui des Matins HEC; nous recevons Geoffroy Roux de Bézieux, que j'avais accueilli au collège des Bernardins pour parler des entrepreneurs, ICI. Pour lui, ceux qui partent, il les comprend; mais ce sont des "déserteurs" ; lui, il choisit plutôt de combattre, de s'engager, c'est comme ça qu'il explique son envie de devenir le Président du MEDEF.

    Et puis, pour en rajouter, je parle avec un jeune; il a à peine plus de dix-huit ans; il est déjà convaincu : à quoi bon rester en France, la croissance et la richesse dans le monde ne sont plus en France, et surtout pas pour lui; lui, il veut aller à Singapour, ou en Corée…Même les diplômes français ne l'excitent pas car qui connait l'ENA, HEC ou l'X en-dehors de France?

    Cruauté de ces rencontres; et aussi ce sentiment que l'on est en train de changer d'époque et sûrement de civilisation…Et pourquoi cette désertion, cette perte de confiance, pour la France. Comme une Ombre, voir ICI.

    Nous ne nous  apercevons pas complètement de ce changement, surtout ceux qui ne voyagent pas.

    Forcément, on se demande si il faut résister ou déserter.

    Et ce choix redonne de la noblesse à ceux qui s'engagent.

    Alors?

  • La WEB TV du Syntec m'a interviewé pour me demander mon opinion sur les entrepreneurs en France aujourd'hui.

    Vidéo en quatre épisodes :

     

     

     

     

  • Lidee-geniale-L-1J'avais déjà évoqué l'année dernière ce concept de "l'innovation frugale", à travers une communication du CEO de Siemens, Peter Löscher, parlant de leur programme SMART ( ( Simple, Maintenance-friendly, Affordable, Reliable, Timely to market).

    C'est devenu le sujet d'un livre d'auteurs indiens, Navi Radjou, Jaideep Prabhu et Simone Ahuja, dont la version française paraît ce mois-ci aux Editions Diateino : "L'innovation Jugaad".

    C'était hier soir la séance de lancement du livre, en présence de Navi Radjou, et de témoins de la mise en pratique du concept à la SNCF, chez SIEMENS et chez AIR LIQUIDE.

    Jugaad, cela veut dire en hindi quelque chose comme "débrouillardise", on dirait en français "Système D" (mais Jugaad, ça fait plus exotique c'est sûr).

    Le constat des auteurs, c'est que les démarches d'innovation structurée qui ont fait le succès des entreprises occidentales au XXème siècle, et des consultants qui les ont accompagnées, ne sont plus suffisantes dans le monde du XXIème siècle.

    Ce qu'ils reprochent aux démarches structurées :

    – trop chères (les budgets de R&D colossaux (les 1000 premières entreprises dans le monde, majoritairement occidentales, en termes de dépenses de R&D, ont dépensé en 2011 603 milliards de dollars…Pour quel retour, disent les auteurs? );

    – trop rigides : les processus de type "Six Sigma", les techniques de gestion pour réduire les incertitudes et les dérives, tout ça a conduit à rendre les entreprises réfractaires au risque dans les processus d'innovation;

    – trop élitistes : l'innovation confinée dans les Directions de la R&D, les systèmes Top-Down, tout ça est menacé par les démarches d'open innovation, les échanges entre pairs, les réseaux sociaux.

    Le Jugaad, c'est l'inverse : on cherche à retrouver l'esprit du bricoleur, de la start-up, de l'entrepreneur: on essaye vite et avec peu de moyens, on cherche les idées à la marge, on fait mieux avec moins,…on est frugal.

    Navi Radjou nous a rappelé les six principes derrière cette innovation Jugaad (ce sont des principes, et non une méthodologie reproductible, car si on voulait les traduire en process, ce serait précisément l'inverse du Jugaad, et on perdrait les bénéfices) :

    1. Rechercher des opportunités dans l'adversité : ne jamais se décourager, tirer profit de l'adversité pour avancer,

    2. Faire plus avec moins : plutôt que de tout refaire dans nos projets, partir de l'existant, dépenser moins, pour créer plus de valeur pour le client (car le Jugaad, ce n'est pas le low cost),

    3. Penser et agir de manière flexible : adopter les modes de pensée non linéaires,

    4. Viser la simplicité : le plus compliqué,

    5. Intégrer les marges et les exclus : plutôt que de ne cibler que les clients mainstream, aller chercher les clients marginaux ou mal servis, pour innover pour eux,

    6. Suivre son coeur : l'intuition redevient une valeur de l'innovation.

    Tous ces principes ont l'air triviaux. Les auteurs sont allés chercher de nombreux exemples et anecdotes dans les journaux et en Inde, pour illustrer, chapitre aprés chapitre, ces principes.Ce sont comme des contes de fées.

    C'est l'histoire, par exemple, de Kanak Das, qui se rend à son travail à vélo dans le nord de l'Inde, et rencontre de nombreuses bosses et nombreux nids de poule sur la route, et il a mal au dos.il avance lentement. Comme il ne peut pas refaire toutes les routes (ça, c'est l'innovation de ceux qui claquent du fric), il imagine autre chose en se posant la question " est-ce que je peux trouver un moyen de rendre mon vélo plus rapide sur ces routes défoncées?".  il trouve la réponse en modifiant son vélo pour que, chaque fois que la roue avant heurte une bosse, un amortisseur comprime l'énergie et la libère dans la roue arrière. Et voilà comment transformer les bosses en énergie de propulsion. Voilà le Jugaad !

    Toutes ces anecdotes se ressemblent : Mister "Indian Nobody" a des problèmes…et il trouve l'idée géniale qui donne la réponse. Un coup le vélo, un coup l'incubateur de bébé (pour garder au chaud les prématurés), un coup le frigo sans électricité…A chaque fois, c'est génial, ça coûte pas cher, c'est super efficace…

    Là ou le concept est prenant, c'est que ce ne sont pas seulement ces individus géo-trouvetout qui l'incarnent, mais que de grandes entreprises s'en emparent et font une véritable révolution culturelle.

    Stéphanie Dommange, Directrice à la SNCF, nous a expliqué en riant combien rien n'était vraiment frugal à la SNCF : beaucoup de monde, des projets trés chers qui n'en finissent pas, n'aboutissent pas, la bureaucratie…Et comment elle (et d'autres) ont décidé de prendre les problèmes autrement, de poser les questions décadrantes (c'est le talent des dirigeants à développer selon elle, et elle nous a confié que Guillaume était un expert pour ça), pour devenir Jugaad. Ainsi pour régler les problèmes des gens dans les trains qui ont des problèmes 'audition, on n'a pas mis des panneaux d'affichage mais on a inventé un système de SMS envoyés par les contrôleurs sur les smartphones des passagers. Voilà , c'est Jugaad ! Voir la vidéo de Stéphanie ICI.

    Pour Siemens et Air Liquide, le jugaad, ça consiste en fait à adapter les produits, ou plutôt en concevoir d'autres, qui soient en phase avec les marchés émergents. Renault développe également un projet mêlant l'ingéniérie française et l'ingéniérie japonaise avec l'état d'esprit de l'Inde, pour développer une voiture pour le marché indien. Jugaad, encore !

    Cela avait l'air merveilleux cette Jugaad Attitude.

    Navi Radjou nous a quand même prévenu contre une trop forte "Jugaadisation" : il ne s'agit pas pour lui de jeter les méthodes structurées et le Six Sigma pour se transformer en bricoleurs, mais de trouver le jeu subtil entre les moments où il faut du Jugaad, et les moments où il faut du structuré. Il emploie l'image du marteau et du tournevis : Pour régler les problèmes dans les entreprises, il ne faut pas un seul outil ( comme ceux qui croient, parce qu'ils n'ont qu'un marteau, que tous les problèmes ont la forme d'un clou). Des fois il faut le marteau, et des fois le tournevis.

    En fait le secret pour bien faire, c'est …le leadership. Il ne faut plus seulement être "smart", mais aussi "wise" (sage). "From smart to wise",…tiens, c'est justement le titre du prochain livre de Navi, à paraître en anglais ce mois-ci..

    Être Jugaad n'empêche pas d'être malin….

  • FeuJ'avais déjà parlé de cet "effet Halo', ainsi dénommé par Phil Rosenzweig. Cela m'avait valu un petit échange de commentaires avec un journaliste en plein effet Halo inconsciemment.

    De quoi s'agit-il ?

    Cela consiste à rechercher a posteriori les origines d'un phénomène (succès, échec, écvènement) dans des critères, ou des causes, qui sont justement choisis, de manière sélective, pour expliquer le phénomène.

     On connaît ce phénomène dans nos entreprises, où l'on cherche toujours les critères qui ont fait réussir, pour ensuite en faire des causes pour les succés futurs ( cette fameuse obsession du benchmark où l'on recherche les meilleures pratiques pour les copier et obtenir, croît-on, les mêmes succés que ceux que l'on copie). C'est ça, l'effet Halo, et Phil Rosenzweig en parle pour nous dire de nous en méfier. C'est une illusion.

    Je vous raconte ça car je trouve dans Le Monde de ce week end une nouvelle dénonciation de cet effet Halo par un professeur de sociologie, Gérald Bronner, spécialiste de la sociologie des croyances collectives. Et pour illustrer l'effet en question, il évoque "l'affaire Cahuzac".

    Dans cette "affaire", ce qu'il soulève, ce ne sont pas les faits en eux-mêmes, mais l'interprétation, notamment par les médias, les politques, et, par contagion, les citoyens, que l'affaire est une révélation de l'immoralité du politique en général. En mettant les unes à côté des autres des informations choisies dans l'actualité, on ne peut que partager la conclusion que l'on cherche à nous faire avaler : tous pourris !

    Selon Gérard Bronner, ce sont la disponibilité et la massification de l'information, notamment grâce à internet, qui permettent de faire tous les assemblages possibles de laisser imaginer que toutes ces informations sont liées, qu'il y a derrière ça une sorte de complot, ou l'oeuvre d'une corruption générale du politique,et quelqu'un de secret qui tient toutes les ficelles de l'ensemble. Et voilà comment nous tombons victimes de ce désordre psychologique qu'est "l'effet halo".

     Tiens, un bon exemple le tweet de christine Boutin récemment, une merveille d'effet Halo :

    " Mariage gay? Tout s'explique! Le trésorier de François Hollande, qui aurait des comptes aux îles Caïman, est aussi le directeur du magazine Têtu".

    Tout s'explique, rien du tout…mais on voit bien où elle veut en venir…

    Ainsi, cet "effet" a tendance, pour ceux qui en sont victimes (la plupart d'entre nous selon Gérald), à leur faire considérer que l'attitude de suspicion, d'accusation, de défiance, sont des manifestations de notre intelligence, de notre "esprit critique", et non de notre délire. D'où tous ces "donneurs d'alertes" qui se répandent dans les médias pour nous "avertir", nous "prévenir" de tout un tas de menaces parfois complètement débiles, mais qui sont parfois mieux crues que des paroles d'experts ou scientifiques que l'on n'écoute pas (car, forcément, ils sont dans le complot, et il vaut mieux s'en méfier) : on nous alerte contre l'air que l'on respire, contre ce que nous mangeons, contre la science, contre les versions officielles d'évènements dont on nous "cache" la vraie version (le 11 septembre par exemple).

    Avec tout cela, on assiste à un embouteillage des craintes, qui nous tombent dessus chaque jour, en temps réel, sur internet, sur Twitter, dans les réseaux sociaux, alors que le temps pour démentir, pour avoir la vérité scientifique ou la réponse judiciaire, est, lui, trop long.Comme le rearque gérald Bronner :

    " Les arguments du soupçon sont beaucoup plus aisés à produire et rapides à diffuser que ceux qui permettent de renouer le fil d'une confiance si nécessaire à la vie démocratique".

    Il reprend ces arguments dans l'ouvrage qu'il vient de sortir, au titre éloquent : " La démocratie des crédules". 

    La thèse est que l'avalanche d'informations qui s'abat sur nous au quotidien nous donne l'impression d'une complication galopante et angoissante de notre monde.Au point que personne, même de façon superficielle, ne peut apréhender l'ensemble des sujets. On doit donc choisir et porter notre confiance vers ceux qui nous expliquent les informations que nous ne pouvons nous-mêmes pas connaître ou comprendre sur le fond. Et cela nous rend plus vulnérables pour écouter ceux qui voient des complots partout.Au point d'oublier le "cimetière des suspicions infondées", et ne retenir que celles qui sont justifiées et touchent leur cible.

    D'où le danger, par exemple, avec l' "affaire Cahuzac", de donner trop d'importance à ceux qui veulent l'instrumentaliser pour poursuivre leur oeuvre de description du monde avec l'imagination du pire et du "complot", et en font un peu trop.

    Ces phénomènes ne sont probablement pas réservés aux médias et aux sujets politiques.

    Le déluge informationnel peut nous rendre paranos, et endormir notre vigilance.

    Alors quand on nous parle, qu'on nous informe, qu'on nous explique les complots,peut-être est-il parfois nécessaire de prendre un peu de hauteur : Non, mais Halo, quoi?

  • MarketingUn bon marketing c'est quoi ?

    A force de convaincre des gens qui n'en ont n'ont pas les moyens à acheter ce dont ils n'ont pas besoin, est-on sûr de bien relancer la croissance?

    A moins de revenir aux origines du marketing, justement…

    C'est le sujet de ma chronique sur "Envie d'entreprendre" ce mois-ci.

    Allez-y pour voir…Oui, bon, c'est du marketing, ça aussi, forcément…

  • FunofficeCela a déclenché de nombreux commentaires cette histoire : Marissa Mayer, PDG de Yahoo!, a décidé d'interdire le télétravail dans son entreprise, en faisant diffuser une note interne, interdite de Forward ( preuve que ce genre d'interdictions est complètement inefficace; méfions-nous de ce que nous diffusons en interne dans nos entreprises..), qui s'est retrouvée immédiatement dans la presse. On peut lire la note intégralement ici.

    La plupart des commentateurs lui tombent dessus : rétrograde, qui ne comprend rien aux bénéfices du télétravail, les nouvelles technologies, etc…Bref, elle n'a rien compris la pauvre fille. C'est drôle parce que un autre mémo, celui émis à son arrivée, qui expliquait comment elle allait redonner confiance à la boîte, avait été, lui, applaudi par tout le monde ( "keep moving!").

    Alors, il est intéressant de lire une opinion différente dans le Washington Post, par Richard Cohen, et traduite dans le dernier numéro de Courrier International (seuls les abonnés y ont accés).Lui il approuve cette décision.

    Allons voir cette polémique.

    Marissa Mayer a pris cette décision aprés avoir analysé les connections au serveur Yahoo! en VPN des employés en télétravail : trés faibles..Ce qui lui a fait aussi soupçonner que ces employés ne devaient pas faire grand chose, et avoir une productivité trop faible.

    Mais c'est d'un autre sujet dont parle Richard Cohen : pour être efficace, innovante, pleine d'idées, l'entreprise a besoin de confrontations, d'un vivre ensemble des employés, qui vivent au bureau comme ils vivraient dans une maison. Et que le télétravail qui isole, qui sépare, qui empêche cette confrontation physique, nuit à la capacité d'innovation de l'entreprise.

    L'innovation, ça tient à ce qui se passe à la machine à café, par la confrontation. C'est ça qui apporte les idées nouvelles à l'entreprise.

    Ce serait pour cela que l'innovation, ça se passe dans les villes, avec les populations denses, le brassage des talents. C'est dans les villes que sortent les idées, les ruptures, et non dans les campagnes. D'ailleurs de plus en plus de monde sont attirés par les villes, où vivent déjà près de la moitié des habitants de la planète. La ville attire.

    Alors pour justifier la décision de Marissa Mayer, Richard Cohen parle d'innovation :

    " Créer de l'innovation – l'étincelle qui produit une autre étincelle – voilà la tâche de Marissa Mayer. Elle est le cinquième PDG de Yahoo! en un peu moins de cinq ans, la société est dans le pétrin. Elle a besoin d'idées – sans parler d'un nouveau nom".

    Il y a aussi les détracteurs, ceux qui ne manquent pas de faire remarquer que Marissa Mayer, ex de Google, est une dingue du bureau; elle n'a été absente que deux semaines lors de la naissance de son enfant. Pour elle, l'important c'est ce qui se passe dans les bureaux. Là où il faut être ensemble.

    De nombreux gourous du management confortent cette thèse également, comme le relève l'article du New Yorker ici de Jonah Lehrer. On pense en groupe et le brainstorming ça se fait à plusieurs, et c'est la meilleure méthode.

    Alors, les bureaux deviennent des seconds "chez soi" : Google est champion sur le sujet; bonbons, salles de jeux, fêtes du personnel, tout est prévu pour qu'on y reste aussi pour des activités sociales entre collègues, comme une party avec des amis. On se déguise en clowns, et on s'amuse bien. Enfin, on fait semblalnt des fois, non?

    On comprend que pour certains, cette façon de concevoir la vie professionnelle soit perçue comme un peu trop intrusive.

    Comme si il fallait choisir entre être au boulot chez soi, ou chez soi au boulot…

    Une bonne ambiance au bureau est forcément bénéfique pour l'innovation et la performance; ça ne se décrète d'ailleurs pas seulement avec des bonbons et des nez de clowns (voire, au contraire).

    Mais doit-on pour autant interdire le travail à distance, le télétravail : tout cela est une histoire de mesure.

    En tous cas Marissa Mayer aura obligé à se poser la question.

    Attendons de voir la suite car Yahoo!, travail à distance ou pas, y a encore du boulot pour se sortir d'affaires, incontestablement.

  • 16eme-siecleIl paraît que c'est pour "renouer avec l'opinion", que c'est le début de plusieurs visites en France, au contact des français. Cela a commencé à Dijon.

    Oui, c'est la visite de deux jours, avec une nuit à la Préfecture, entamée par François Hollande hier et se terminant aujourd'hui à 18H.

    C'est un bon truc ça le coup de la balade pour rencontrer les citoyens, ceux qu'il faut convaincre, lui il dit "délivrer un message de confiance".

    Tiens, ça rappelle un grand tour de France resté célèbre, non pas celui de Sarkozy, mais celui du Roi Charles IX, alors âgé de 14 ans (qui vient donc d'être tout juste majeur, car c'était l'âge à cette époque), avec sa mère Catherine de Médicis de janvier 1564 à mai 1566 : oui, à cette époque c'était pas deux jours, mais deux…ANS !

    On en trouve le récit ici, et aussi dans une biographie de Henri III par Michel Pernot qui vient d'être publiée.

    Les circonstances sont intéressantes à comparer : ce tour de France se situe en plein dans les guerres de Religion qui empoisonnent la France, et font s'affronter en permanence les catholiques et les protestants. La première guerre de Religion vient de s'achever; la Reine Catherine de Médicis organise ce grand tour (4000 kms quand même!), avec ses deux fils, le Roi Charles IX, et son jeune frère plus jeune d'un an, le duc d'Orléans, futur Henri III.

    La vision à ce moment, face aux affrontements, est guidée par une philosophie "néoplatonicienne" qui cherche à rétablir l'Unité, l'harmonie, l'Un dans le multiple.

    Alors ce tour de France, il ne passe pas inaperçu,15 000 personnes en font partie, autant de chevaux et de mulets. A chaque étape, le Roi loge dans l'hôtel du plus riche bourgeois (celui-ci devant laisser son logis et aller dormir ailleurs pendant ce temps). L'objectif est de "restaurer l'autorité royale", et réconcilier les protestants et les catholiques.

    C'est Catherine de Médicis qui mène l'affaire, sous les yeux de ses fils : Michel Pernot décrit comment "elle s'efforce de persuader les catholiques d'accepter la présence à leurs côtés des mal sentants de la foi et de convaincre les fidèles du pur Evangile de tolérer l'existence de papistes idolatres. Là où les huguenots l'ont éradiqué par la violence, elle restaure le catholicisme. Partout où les catholiques sont les plus forts, elle protège les protestants".

    Ce tour fini (il est même passé par Dijon, tiens, du 22 au 27 mai 1564), les guerres reprennent de plus belle, se succédant. Et on connaît l'apothéose, le massacre de la Saint Barthélémy, en 1572; le Roi Charles IX ne s'en remettra pas et meurt en 1574.

    Ce tour de France a aussi été appelé la "virevolte" du royaume.

    tiens, ça s'est passé comment la virevolte des 11 et 12 mars 2013 ? Pas terrible apparemment.

    Aïe ! Pas sûr que ça continue alors?

    Des "virevoltes" comme ça y en a plein dans nos entreprises aussi, non? Ce côté déplacement en grandes pompes pour "visiter" le peuple, les collaborateurs, les usines, etc…Pour "rétablir…l'Autorité, la confiance, le contact…n'importe quel mot fera l'affaire.

    Quel dirigeant ne s'est pas pris un jour pour Catherine de Médicis ou Charles IX ?

    La virevolte , ça ne se démode jamais finalement.

    On a juste réduit les moyens; 15 000 personnes pour accompagner, ça ferait peut-être un peu beaucoup quand même…

    Mais probablement que certans en rêveraient malgré tout….

  • OusuisjeUn sentiment de désorientation nous gagne : l'attente naturelle de tout individu est alors de chercher des repères, tant matériels que symboliques, pour localiser sa position et s'orienter.

    C'est Paul Claudel qui nous dit, dans son "Art poétique" :

    " De moment à autre, un homme redresse la tête, renifle, écoute, considère, reconnaît sa position: il pense, il soupire, et, tirant sa montre de la poche située contre sa côte, regarde l'heure. Où suis-je? Et quelle heure est-il? telle est de nous au monde la question inépuisable".

    Maintenant, s'orienter, aujourd'hui cela semble de plus en plus difficile,on se sent comme dans un brouillard. On ne serait ainsi plus en mesure de piloter l'Histoire, et serions plutôt baladés par elle au fil des évènements imprévisibles.

    C'était le thème du dossier du magazine "Philosophie" de février dernier où je découvre une notion intéressante : le présentisme.

    Face à ce que l'on pourrait appeler une "crise du futur", on constaterait une forme de repli sur la mémoire du passé ou bien sur l'immédiateté du présent. C'est ce que l'historien François Hartog appelle précisément le "présentisme". On voit bien de quoi il parle :

    " Le régime présentiste essaie de vous dire que ça n'a aucune importance: tout ce qu'il faut c'est être prêt, réactif, rapide, flexible et disponible pour passer d'une information à une autre, d'un travail à un autre, d'une distraction à une autre, d'un lieu à un autre, d'une catastrophe à une autre".

    Dans ce présentisme, on observe le monde passivement. Le futur ne mobiliserait plus, nous ne parviendrions pas à croire en ce que nous savons, c'est à dire à agir en conséquence.

    Ce serait ainsi la fin du concept d'histoire selon François Hartog, interviewé ici :

    "il semble qu’il n’y ait plus que des événements (on fait de l’événementiel), en politique, mais aussi bien dans l’entreprise, dans la communication, dans la culture, et que, du même coup, l’histoire ne soit plus qu’une série d’événements qu’on refuse de comprendre, qu’on réduit à de l’imprévu : l’essentiel étant seulement d’y réagir le plus vite possible".

    Ainsi, en vivant dans ce "présentisme", seul le présent compte : le passé est inutile, et l' avenir est ce qu'on chercherait à "maîtriser" en y projetant le présent. Nous vivons ainsi dans « le temps réel » avec un présent qui produit à chaque instant, le passé et le futur dont il a besoin : un présent qui est lui-même son propre horizon.

    Ainsi, le présent consisterait soit à "sauver" ce qui existe, ou bien à une catastrophe à venir. Voir en France combien on veut "sauver" : sauver la planète, sauver le régime des retraites, sauver l'Etat Providence, sauver les emplois, sauver l'industrie. Et sinon, on nous prédit effectivement l'Apocalypse.

    Peut-être, alors, que la capacité à planifier, à regarder le futur, sont réservés à une élite, de plus en plus rare, que l'on pourrait appeler les "riches en futur". C'est ce que pense Michaël Foessel, philosophe, qui s'exprime lui aussi dans ce dossier de "Philosophie magazine" :

    "La possibilité de savoir de quoi le lendemain sera fait, autrement dit d'organiser et de planifier sa vie sur le moyen et le long terme, est de plus en plus réservé aux élites. Les plus démunis, les travailleurs précaires ou les SDF sont privés de "capital symbolique" : ils ne voient les choses qu'à quelques semaines, parfois même quelques jours, devant eux".

    Et il en déduit une explication sur cette vision noire du futur qui s'installe :

    " Cette inégalité temporelle explique pourquoi les moins bien lotis s'imaginent souvent que "tout va péter", que le krach, le grand soir, l'Apocalypse sont pour demain. Ceux que l'on a privés de toute possibilité de se projeter dans l'avenir considèrent logiquement que la société entière est au bord du gouffre".

    Jérôme Ferrari, autre philosophe, et romancier (lauréat du prix goncourt 2012 pour le "sermon sur la chute de Rome") fait une analyse encore plus cynique du phénomène considérant que nous autres occidentaux, sentant notre perte d'influence dans le monde suite à la montée des pays émergents, en arrivons, inconsciemment à presque souhaiter qu'une catastrophe globale se produise, espérant ainsi avec égoïsme qu' "il n'y aura pas d'Histoire sans nous".

    Bon, alors, on peut guérir, docteur?

    Pour Jérôme Ferrari et Michaël Foessel ce qui nous sauvera c'est la métaphysique, des notions comme le monde, l'âme, le temps, qui nous feront relever la tête et conjurer cette obsession du déclin.

    Pour échapper au catastrophisme ambient,il faut affirmer que le monde est toujours à venir, est une invtation à agir, selon Michaël Foessel.

    Et pour Jérôme Ferrari, "nous pouvons choisir d'obéir aux injonctions extérieures, produire et consommer en cadence, être des rouages fonctionnels de la machine. Ou bien nous pouvons essayer de maintenir, en marge du présent historique et de ses logiques mplacables, quelque chose comme une dimension spirituelle intègre".

    Cette dimension spirituelle intègre, c'est peut-être celle qui nous permet aussi un rapport au temps différent, selon la distinction faite par Richard Baxter (penseur du XVIIème siècle) : soit on choisit de vivre dans un "temps cyclique", et alors on est prisonnier de la répétition du même, avec des phases d'appropriation et de consommation; soit on choisit de vivre dans le "temps théologique de l'attente", qui est linéaire et tendu vers l'avenir.

    Pour sortir du "présentisme" et du catastrophisme, rien de tel que cet appel à la transcendance, et à prendre un peu de hauteur avec les philosophes.

  • HaddockBachi Bouzouk ! Mille sabords! Oui, les insultes du capitaine Haddock on les connaît, et elles nous font bien rire.

    Mais quand l'incivilité s'insinue dans l'entreprise, quand on y perd le sens du respect et de la mesure, que se passe-t-il ?

    C'est moins drôle, et surtout cela peut coûter trés cher sur le compte de résultat, l'innovation, la performance opérationnelle.

    C'est le sujet de ma chronique du mois sur "Envie d'Entreprendre".

    Je vous y invite;

    Restez polis,

    Merci.

  • VueLa formule est, paraît-il, du neurobilogiste suédois David Ingvar : il existe dans notre cerveau une "mémoire du futur"qui est constituée de toutes les situations probables dans l'avenir, et qui construit ainsi des modèles pour pour des futurs possibles, rêvés ou espérés en utilisant tout ce qui est stocké dans nos mémoires à court, moyen et long terme.

    Mais cette mémoire du futur, c'est aussi celle qui nous empêche de vraiment voir le futur, et nous rend au contraire aveugle à ce qui n'est pas déjà dans notre mémoire.

    Arie de Geus (auteur futuriste célèbre, ayant participé à la création des scénarios chez Shell) raconte l'histoire imaginaire, pour illustrer le concept, d'un sauvage préhistorique qui serait transporté dans notre monde moderne, et reviendrait raconter ce qu'il a vu à ses congénères : il raconterait que ce qu'il a vu de plus extraordinaire est une brouette remplie de bananes comme il n'est pas possible d'en transporter dans la société préhistorique où il vit. Par contre, il n'aura rien remarqué des voitures, des gratte-ciels, de tout ce qui est trop éloigné de sa "mémoire du futur".

    C'est le même phénomène qui nous empêche d'imaginer ce qui est déjà dans nos plans, ou notre conception du monde et de l'environnement, et fait de nous des aveugles du futur : nous n'arrêtons pas d'imaginer les futurs, les scénarios de demain, mais en reproduisant ce que nous avons stocké dans nos mémoires.

    C'est pourquoi, pour être capable de sortir de ce piège, il est nécessaire d'entretenir cette "mémoire du futur", de la nourrir en permanence de rencontres nouvelles et diversifiées, de voyages, d'expériences,..

    C'est le but de l'ouvrage de Peter Schwartz, "The art of the long view".

    Il y raconte notamment, pour mieux nous donner envie d'en sortir, des expériences de "planification stratégique" calamiteuses avec des gens dont la "mémoire du futur" est trop restreinte.

    Il a ainsi mener un atelier avec des fonctionnaires des Transports au gouvernement fédéral de Washington, sur une question du type : Que se passerait-il si on ne construisait pas assez d'autoroutes et de transports publics? Les participants, tous trés honorables, genre sénateurs et experts, se sont révélés incapables de trouver des réponses, trouvant que cela était non plausible, impossible; ils avaint tout prévu, tous les problèmes avaient une solution et ils la trouveraient.

    Il est facile d'identifier autour de nous des personnes et des managers et dirigeants atteints de cette atrophie de leur "mémoire du futur", non ? Même, si l'on voulait être un peu provocateur, parmi nos élites politiques.

    Pour ne pas tomber dans cette maladie, Peter Schwartz propose un entraînement qu'il dit pratiquer lui-même depuis vingt ans : toujours imaginer des histoires du futur les plus débiles et improbables, optimistes ou pessimistes, face aux choix par rapport au futur. Cela concerne les sujets professionnels, les sujets d'organisation ou de stratégie de nos entreprises, mais aussi, pourquoi pas, la vie quotidienne, l'amour, la vie, la santé,…

    Entretenir sa "mémoire du futur" c'est faire comme avec les enfants, se raconter des histoires.Cela vaut pour soi-même mais aussi collectivement (quand on se retrouve dans ses réunions sur le plan stratégique entouré d'atrophiés de la mémoire du futur). Il s'agit de permettre de conduire des "conversations stratégiques".

    Un des éléments clés c'est, avant de se projeter dans les futurs, de bien regarder le présent et le passé : Où sommes-nous maintenant? Comment avons-nous réagi au changement dans le passé? Comment avons-nous anticipé et réagi aux modes, aux tendances d'hier? Quand est-ce qu'on s'est bien débrouillés, et quand avons-nous été surpris? D'où est venue cette surprise? On se raconte les histoires du passé, pour chauffer sa mémoire; et alors on pourra commencer à la nourrir avec le présent: s'intéresser aux tendances, aux modes, aux changements, de maintenant. Peut-être avec un autre oeil; peut-être même qu'on va s'apercevoir d'une tendance qui était en train d'échapper à notre vigilance.

    Et alors, on va pouvoir, fort d'une "mémoire du futur" bien rechargée, exercer nos talents de futuriste.

    C'est cool le futur, non?

    Je vais repérer les brouettes avec des bananes pour m'entraîner…