• Miracles-L-1On l'entend souvent : il ne faut pas croire aux miracles. Il n'y a pas de miracle dans la vie.

    Dans nos entreprises, parmi les entrepreneurs, ceux qui parlent comme ça, ce sont les " hommes d'action" : Ne pas croire au miracle, c'est aigir. C'est être convaincu que ce qui peut nous arriver, les commandes des clients, les parts de marché, les améliorations de l'efficacité, tout ça, c'est le résultat du travail.Le travail de l'homme, celui qui va conquérir le monde, en ne comptant que sur soi.

    Bien sûr que cet encouragement à l'effort et au travail a ses vertus. Mais comment ne pas s'apercevoir qu'il recelle aussi une forme d'orgueil, une prétention un peu suspecte.

    Car peut-on vraiment croire qu'il n'y a pas de miracle dans la vie ? Qui peut dire qu'il ne compte que sur lui-même ? N'avons-nous jamais compté que sur nous-mêmes, sans avoir besoin de personne ? Ni de chance ? On découvre alors combien, derrière ce refus du miracle, derrière cet éloge du travail et de l'effort, il y a une arrogance, un égoïsme qui pourrait nous les rendre pas si sympatiques que ça, ces entrepreneurs et managers " d'action"… Ce refus du miracle ne cache-t-il pas alors un rêve de toute puissance quelque peu dangereux. Cet orgueil qui refuse le miracle, c'est la peur de ne pas être tout, à l'origine de tout.

    Pour défendre le miracle, rien de tel que de lire Bertrand Vergely, et notamment " Retour à l'émerveillement".

    Car pour lui le miracle est essentiel; le miracle est la vie même :

    " Tout est miracle. L'univers, la vie, l'humanité, notre présence dans l'humanité sont des miracles. On ne peut pas se passer de miracle pour penser comme pour vivre".

    " L'enjeu de la question des miracles n'est pas de savoir si ils existent ou non, mais qui en est la source. Si la modernité a décidé de ne plus croire aux miracles, ce n'est pas qu'elle n'y croit pas, c'est qu'elle veut en être la source".

    Pour lui, il faut au contraire savoir désespérer, car c'est dans le désespoir qu'on accède à " l'inespéré", c'est à dire la béatitude, le oui à la vie. C'est une forme de sagesse que de de ne pas compter que sur soi.

    " C'est ce que veut dire "espérer" : ne pas avoir ce désespoir qui ne compte que sur soi, avoir au contraire cette espérance qui consiste à laisser agir autre chose que soi. Il n'y a pas que soi, il y a la vie. Il faut la laisser agir, il faut espérer en elle. Le miracle commence là".

    Ce message est difficile, car il s'oppose à notre " homme d'action", qui ne se laisse pas démonter par ces histoires. Notamment ceux qui croient tellement en eux qu'ils ont l'impression, en passant en force, de toujours aller chercher le succès. Ceux qui veulent réussir seuls contre les autres, contre les difficultés, par leur acharnement. Les John Wayne de nos entreprises. Ces entrepreneurs qui n'ont " besoin de personne " ( en Harley Davidson ou non).

    Pour entendre ce message, il faut opérer un véritable retournement : passer d'une vision extérieure du monde à une vision intérieure. La vision extérieure, c'est celle de la conquête, un monde à conquérir, à soumettre à son ambition. C'est le monde de la matière, le monde comme une chose.Contre qui il faut lutter, se battre, et ne pas rigoler.Le monde vu comme une accumulation de problèmes à qui il faut apporter des solutions.

    La vision intérieure, c'est le monde recréé de l'intérieur.

    " Imaginer le monde, c'est le recréer de l'intérieur. Le recréer de l'intérieur, c'est le faire passer du statut de monde à celui de monde personnel : le monde cesse d'être le monde pour devenir mon monde. Quand tel est le cas, en me créant, je le crée; en m'imaginant en lui, je l'imagine et donc je peux opérer sur lui.".

    " On ne sait pas ce que peut l'imagination, on s'en rend compte en imaginant. Transposons le monde extérieur, faisons-en un monde intérieur, immédiatement une énergie nous envahit, une foule de possibles surgit. Et avec elle la joie, beaucoup de joie. Nous avons des idées, nous avons des lumières. Nous avons bâti un pont entre nous et le monde, le monde et nous. L'échange se fait, la circulation s'établit, la communication commence".

    Cette philosophie du miracle, c'est celle qui qui nous met en harmonie avec la vie. Elle commence quand, plongé dans l'obscurité, le doute, c'est en allant plus encore dans cette obscurité, en vivant vraiment ce qui nous obscurcit, que l'on va vers la lumière. C'est cette pensée du miracle qui constitue cette sagesse initiatique.

    On comprend alors que croire au miracle, ce n'est pas l'inverse d'agir, c'est au contraire croire en la vie, c'est le dynamisme qui se sert de tout pour aller de l'avant, c'est l'amour infini de la vie pour la vie.

    Croire au miracle, c'est se donner à soi-même la force de faire des miracles. On cesse ainsi d'en vouloir à la vie en désirant se venger à son égard.

    Miraculeux, non ?

  • Bebe-ordiPour prévoir le futur, on fait des plans, des analyses, on prévoit tout…

    Mais aujourd''hui, il ne s'agit pas de prévoir le futur mais de le créer.

    Alors, pour créer le futur, on fait comment ?

    Les méthodes, les bonnes pratiques, sont alors complètement différentes.

    Et si l'on regardait comment s'y prennent ceux qu'on appelle les "serial entrepreneurs".

    C'est l'objet de ma chronique du mois sur " Envie d'entreprendre".

    Envie de créer le futur ?

    Rendez-vous là-bas;

  • MondeL'économie, c'est la mondialisation, la globalisation, tout le monde, ou presque, s'en est convaincu.

    Mais la politique ? Là aussi, on le comprend, la globalisation s'y met.

    Tiens, Ernest-Antoine Sellière, l'ancien patron du MEDEF, interviewé dans "Le Figaro Magazine" de ce week end, pour faire la promo de son livre, nous dit :

    " Au bout du compte, droite et gauche obéiront aux mêmes contraintes dictées par nos créanciers". Et il déclare son envie que l'on mette en place un gouvernement européen; il a un nom pour le job aussi : Nicolas sarkozy; il pourrait prendre le job tout de suite si il perd l'élection présidentielle en France, sinon on attendra cinq ans.

    Au moment où cette vision de moins en moins "nationale" de la politique se développe, où l'on s'aperçoit chaque jour que l'Etat perd le monopole du politique, on découvre, ou redécouvre, un auteur dont j'ai déjà parlé, au passé pourtant sulfureux : Carl Schmitt.

    Sa pensée est complexe; elle évolue au fur et à mesure des engagements politiques de l'auteur, juriste, qui se voyait comme un support à l'ascension du parti National Socialiste, et à la montée d'Adolf Hitler.

    Il redevient à la mode du fait de ses positions sur le mondialisme de la politique, qu'il critique, en visant notamment la SDN, puis l'ONU; pour lui ces instances internationales sont illégitimes en ce qu'elles sont contre la politique de l'Allemagne et de Hitler, au nom de " l'humanité", notion que contecte fortement Carl Schmitt.

    Vu les positions politiques de l'auteur, il n'est pas facile de s'en abstraire.

    C'est pourtant ce que tente Jean-François Kervégan, dont j'ai parlé ICI et ICI, dans son nouvel ouvrage " Que faire de Carl Schmitt ?". On peut l'écouter ICI.

     Il propose de " partir de Carl Shmitt", partir au sens de revenir à ses analyses et réflexions, sans passer par le contexte et les positions d'affiliation au nazisme, et partir, aussi, en le quittant quand ses conclusions nous emènent dans l'erreur.

     Pour Carl Schmitt la politique est menace par sa propre totalisation. Et c'est ce phénomène qui est la cause du terrorisme ( rappelons que ce terme de terroriste était attribué, pendant la guerre, aux résistants gaullistes en France).

    Citons Jean-François Kervégan :

    " Il est évident que les Etats qui sont confrontés à la "menace terroriste", selon le vocabulaire actuellement en usage, ne méritent à aucun titre d'être dits totalitaires, bien que leurs méthodes contre ce type d'ennemi débordent largement le cadre strict de ce qu'on s'accorde à nommer l'Etat de droit. Il s'agit de quelque chose de plus profond, et en un sens plus inquiétant encore. Le terrorisme, forme caractéristique de la politique postmoderne et postétatique, est un produit non pas du totalitarisme, mais de la totalisation de la politique, dont le totalitarisme n'a lui-même été qu'une expression monstrueuse. En d'autres termes, le terrorisme est non la cause mais un effet de la phase postétatique de la politique entendue comme ce moment où l'Etat ne parvient plus, au moyen de ses attributs classiques, à gérer l'inimitié " deterritorialisée" à laquelle il est confronté, et qu'il a lui aussi suscitée".

    Et Jean-François Kervégan poursuit, citations de Carl Schmitt à l'appui :

    " Alors qu'une armée régulière au service d'un Etat combattait l'ennemi ( l'Armée d'un autre Etat), non pour l'anéantir, mais pour le vaincre et pour faire triompher certains buts de guerre, le terroriste se confronte à un "ennemi absolu", au "grand Satan"; or, " la guerre issue de l'hostilité absolue ne connaît pas de restriction". Ainsi, tout comme l'Etat total marque la fin de l'ordre ététique classique, fondé sur la démarcation du politiuqe et du non-politique, la guerre totale du terroriste (donc également celle de son adversaire) ignore nécessairement les lois de guerre."

    Ainsi, si , en reprenant Carl Schmitt, le terrorisme n'est pas l'ouvrage de fanatiques, mais " le produit d'une certaine configuration politique dans laquelle notre monde est maintenant inscrit", alors " nous ne sommes pas près d'en finir avec lui".

    Jean-François Kervégan va plus loin, en y voyant même que ce "passage à la limite" du terrorisme est une "nécessité ", tant il a partie liée avec les structures profondes de la politique postétatique, deterritorialisée.

    c'est pourquoi, selon Carl Schmitt, une "Unité politique du monde" est un danger. Car ce mouvement de convergence, symbolié par l'ONU par exemple, provoque directement des réactions qui " faute de pouvoir s'exprimer autrement, adoptent la forme "irrégulière" (non étatique) du terrorisme.

    " Dans un univers qui semblait devenu politiquement un, et qui comme tel ne se connaissait plus d'ennemi vrai, l'inimitié a ressurgi sous la forme implacable d'une guerre totale menée par des "cathares" contre ce monde, non pour y conquérir une place, mais pour l'anéantir".

    Pour y échapper, Carl Schmitt, et Jean-François Kervégan, en appellent à retrouver le sens du conflit politique ( et pas seulement le débat : l'éthique de la discussion est impuissante face au terrorisme), c'est à dire un monde humain, et non un idéal qui tenterait d'éliminer une fois pour toutes les ennemis de l'humanité.

    que retenir de ces démonstrations ? Que l'universalisme, la recherche du bien pour tous, donne naissance et entretient les terroristes. Que ce qui permet de l'empêcher c'est le sens du conflit, des chocs des opinions, des positions;

    De quoi transposer dans ce qui se passent dans nos organisations, nos entreprises ? Et dans le débat politique en France ?

    A chacun de se faire son opinion. En passant par Carl Schmitt et Jean-François Kervégan peut-être…

  • ApprentiLes autodidactes à des postes de manager, ou même de dirigeant, cela est toujours l'occasion d'admiration, de compliments; cela permet de mettre en avant qu'il n'y a pas que les diplômes qui comptent, que la personnalité et le courage sont parfois récompensés.

    On voit bien tout le discours sucré qu'on peut servir avec ça.

    Mais des fois, ça coince, et l'est l'inverse…

    Comme par exemple ce matin dans un article du Figaro, sous la plume d'Anne Jouan, une journaliste professionnelle.

    Elle y parle d'une entreprise où ont été embauchés un soudeur, une esthéticienne,un pâtissier. Pas à des postes de soudeur, d'esthéticienne, ou de pâtissier, non.

    Le soudeur, qui a travaillé aux chantiers de La Seyne-sur-Mer (une autre époque), s'est reconverti en responsable de production. Le pâtissier, qui travaillé chez Mammouth ( encore une entreprise disparue), est devenu assistant de production dans cette entreprise; il a été embauché parce que, il le dit lui-même, il était " sérieux et avenant. J'ai eu l'opportunité d'apprendre sur place".

    Et puis, il y a une belle histoire, celle de Stéphane; lui il était au chômage; alors il a écrit au Président de la République, et son dossier a été transmis à l'ANPE de Toulon, et c'est comme ça qu'il a retrouvé un job dans cette entreprise.

    Cette entreprise qui a pu ainsi accueillir ces reconvertis, ces autodidactes, elle a néanmoins un problème : c'est la société PIP, oui, celle qui a fabriqué les prothèses mamaires, dirigée par Jean-Claude Mas.

    Alors, fini de rigoler; on a trouvé le problème.. :

    " Les formations des recrutés étaient loin d'être en adéquation avec leurs postes".

    Tout est dans le titre d'Anne Jouan : " Les incroyables recrutements de PIP – A des postes importants, Jean-Claude Mas avait embauché une esthéticienne, un soudeur et un pâtissier".

    Bien sûr, on comprend dans cet article que les doutes existent sur la bonne gestion de cette entreprise, vue la suite; et ces personnes ont été interrogées par les gendarmes sur leurs activités et compétences.

    Néanmoins, comment ne pas penser à ces pâtissiers, ces soudeurs de chantiers disparus, ces chômeurs qui cherchent un nouveau départ.

    Ce doute sur les compétences, il est facile de le faire porter sur ce pâtissier; alors que de nombreuses erreurs et fautes de gestion sont faites, aussi, par des personnes trés diplômées et soi-disant compétents. Sans parler des dirigeants eux-mêmes.

    Dans les commentaires sur le site du Figaro, la bataille entre les défenseurs des autodidactes et ceux qui croient que la compétence c'est les diplômes, fait rage.

    Drôle de procès !

    Ce fait divers fait bien ressortir tout ce qui someille dans l'entreprise et dans l'imaginaire collectif; comme un parfum de lutte des classes ?

  • FamilyJ'avais déjà évoqué cette entreprise, lors d'une conversation avec un de ses dirigeants en Europe.

    C'est cette entreprise qui est classée, encore une fois, comme première entreprise américaine où il fait bon de travailler, par le magazine FORTUNE cette semaine.

    Dans ce même numéro, le dirigeant de cette entreprise donne une interview exclusive.

    Ce dirigeant, c'est Larry Page, dirigeant de GOOGLE.

    On connaît tous les trucs de Google; la nourriture gratuite à la cantine, les salles de massage et de gymnastique. Mais on se demande comment toute cette ambiance se maintient au fur et à mesure que cette entreprise grandit.

    Larry Page insiste sur cet environnement "familial" qui caractérise Google, et qu'il ressent encore, même si l'entreprise emploie plusieurs dizaines de milliers de personnes. Ce chiffre lui paraît d'ailleurs modeste au regard des milliards de personnes à servir dans le monde. Si Google peut employer plus de monde pour servir ce marché, cela lui paraît trés bien. Pour lui, l'important c'est que Google reste une "famille", et que pour chaque employé l'entreprise soit vraiment une famille.

    Ce qui frappe, c'est précisément cette volonté de "servir le monde", de "changer le monde", avec des objectifs et une ambition qui vont au-delà de l'horizon des résultats de l'année.

    Larry Page explique aussi son job de leader de Google :

    " Mon job est de m'assurer que chacun dans cette entreprise a de grandes opportunités, et sent qu'il a un véritable impact, et contribue au bien-être de la société".

     Forcément, cela attire les candidats : Google reçoit chaque année deux millions de candidatures ! Et le taux de rétention des employés reste trés élevé.

    Un tiers des employés travaille à Mountain View, en Californie.

    Cela va évoluer, selon Larry Page :

    " Nous allons améliorer les outils pour permettre aux employés de travailler où ils veulent. Cela sera permis par internet et les nouvelles technologies".

    Un nouveau Google, plus décentralisé, est en marche. En gardant l'esprit "family".

    Une famille de plusieurs dizaines de milliers de personnes…

  • Les partis politiques qui s’affrontent au point de nous mettre en péril, de risquer la guerre civile ? Peur légitime?

    Celui qui prenait ce risque au sérieux, c’est Carl Schmitt, penseur politique des années 30 en Allemagne, au point d’appeler à une  » unité politique » , c’est à dire l’unité du peuple incarnée par l’Etat. L’Etat est le seul à pouvoir décider si on est ou non dans l’état normal, et à décider si on est ou non dans l’état d’urgence, en cas de crise grave.

    Cette théorie, Jean-Claude Monod, chercheur au CNRS et professeur à l’Ecole Normale Supérieure, invité des conférences de l’AJEF, nous l’a expliqué clairement.

    Quelle histoire que celle de Carl Schmitt, qui à partir de cette vision va devenir un supporter de Adolf Hitler et du national socialisme. Il adhérera à tout, à l’antisémitisme, au totalitarisme. convaincu que seul l’Etat est garant de l’unité et empêche les guerres civiles, grâce à une vision totale, il retrouvera dans Hitler un idéal. Pourtant les nazis se détourneront de lui; pour Carl Schmitt c’est l’Etat qui est garant de l’unité, alors que pour les partisans d’Hitler l’unité ne vient pas de l’Etat, mais du Peuple et de la Race, qui permettent d’éliminer les éléments nuisibles pour l’unité ( en l’occurrence les juifs).

    Alors Carl Schmitt adaptera un peu sa thèse, l’Etat redevenant un moyen au service de la force et de l’unité populaire. Néanmoins, dès 1936, les SS intimeront Schmitt au silence.

    Il ne sera concerné par le procès de Nuremberg que comme témoin, et vivra calmement, en écrivant, mais interdit de publication, jusqu’en 1989. C’est en 1991 que paraît son  » Journal 1947 – 1949″).

    Ce qui est étonnant, c’est la nouvelle popularité de Carl Schmitt aujourd’hui, qui retrouve ses plus fervents partisans…à gauche. A gauche, les plus anti-libéraux puisent leurs arguments dans Carl Schmitt, et leur critique du libéralisme.

    Autres défenseurs de Carl Schmitt, ceux qui prônent une  » guerre juste », justifiant un combat au nom de l’humanité ; expression toute inspirée de Carl Schmitt, celle de Bush pour exprimer la guerre mondiale contre le terrorisme après le 11 septembre.

    Ce parcours d’une pensée de Hitler à la gauche et à Bush, on avait du mal à y croire.

    Un mystère couvre cet auteur, on le sentait bien en écoutant Jean-Claude Monod. Avec cette vision totale, qui montre combien les excès conduisant à une sorte d’antilibéralisme radical, tellement d’actualité aujourd’hui, poussent vers un  » Etat total » le pluralisme étant dans cette vision perçu comme une menace. La vision de Carl Schmitt est celle d’un « Etat de droit social », une théorisation nouvelle de l’Etat de droit. Ce qui nous prévient contre cette vision, c’est précisément ce qui l’a fait dériver vers le soutien au national socialisme.

    Ce que Jean-Claude Monod a appelé pour nous la « séduction mortelle du totalitarisme ».

    Mais l’intérêt de Carl Schmitt aujourd’hui ne se limite pas, selon Jean-Claude Monod, à la mise en évidence des dérives montrant les dangers d’une forme d’anti-libéralisme radical.

    Car sa critique du libéralisme garde, elle aussi, selon Jean-Claude Monod, un intérêt.

    Le libéralisme vise à faire de l’économie le cœur de la société, au détriment de la politique qui est facteur de conflits et de perturbations. D’où l’idée d’un marché libre, sans démocratie, effacée au nom justement de l’efficacité du marché. On retrouve implicitement cette thèse aujourd’hui, nous dit Jean-Claude Monod,d’une force des marchés qui prend le pas sur la démocratie, lorsque l’idée proposée d’un référendum en Grèce, il y a quelques mois, a suxcité de vives protestations au nom de cette efficacité justement. De même, la sortie de Berlusconi du pouvoir en Italie, et l’arrivée de Mario Monti, se réfère aussi partiellement à une thèse du même genre.

    Face à ces thèses, la grande idée de Carl Schmitt, c’est :  » qui décide ? ».

    Cet Etat total dont il se réclame, c’est quoi : ( dans  » Evolution de l’Etat total en Allemagne, 1933) :

     » L’Etat total existe. Il est total au plan de sa qualité et de son énergie, ainsi que l’Etat fasciste se nomme un ‘stato totalitario’ (…) Un tel Etat ne laisse surgir en lui aucune force qui lui soit hostile, qui l’entrave ou qui le divise. Il n’a aucune intention de laisser les nouveaux outils du pouvoir aux mains de ses ennemis et de ses destructeurs, ni de permettre que son pouvoir soit sapé sous couvert de formules telles que ‘libéralisme’, ‘Etat de droit’ ou autre. Un tel Etat peut faire la différence entre ami et ennemi ».

    En cette période de campagnes électorales en France, où la place de l’Etat fait partie des sujets de controverse, cette  » vision totale », parfaitement organisée, que Carl Schmitt qualifiait d’ « Etat total par force », et qui séduit les mouvements les plus à gauche de notre échiquier politique, nous rappelle, grâce à Carl Schmitt, de ses origines.

  • Motivation1Certains ne sont motivés par rien; comme ceux-là.Ou bien, motivés, mais pas trop. Pas beaucoup mieux.

    Et d'autres sont motivés par leur job, par leur entreprise, par leur manager.

    Mais, motivés par quoi ?

    Chacun a son moteur; et le connaître permet de constituer les meilleures équipes et de réussir les stratégies audacieuses.

    Et inversement, sans motivation, on n'y arrive pas.

    Motivé par le sujet ?

    C'est celui de ma chronique mensuelle sur " Envie d'entreprendre".

    Que les plus motivés m'y retrouvent…

  • 2-pizzasJ'avais déjà parlé de cet obsédé. Il était obsédé par le client, et c'était, selon lui, le secret de sa réussite.

    Je retrouve ce personnage ici, à propos d'une autre de ses obsessions : les deux pizzas.

    Lui, c'est Jeff Bezos, le dirigeant d'Amazon.

    Et c'est quoi cette histoire des deux pizzas ?

    Cela concerne les équipes de projets qui travaillent sur les innovations chez amazon. La règle, c'est qu'une équipe, quel que soit le projet, doit être suffisamment petite pour pouvoir être nourrie par deux pizzas. Vue la taille des pizzas américaines, un peu différentes des nôtres, cela doit correspondre à six à dix personnes.

    Cette image pour bien marquer les esprits sur les petites équipes, on en retrouve une version similaire chez Google, qui limite les équipes à trois à six personnes, et la durée des projets à six semaines maximum en général.

    C'est sûr que les petites équipes ont plein d'avantages : obligation d'aller à l'essentiel, partager ce que l'on fait, se relire mutuellement, vivre ensemble les bons moments et les diffcultés. Dans des petites équipes, la polyvalence est plus importants, une nécessité, cela favorise la coopération, réduit le risque de conflits.

    Il ne suffit pas de constituer de petites équipes pour garantir l'efficacité. Plus l'équipe est petite, plus on a besoin qu'elle soit constituée de membres qualifiés, avec des profil trés diversifiés.

    Et puis, plus les équipes sont petites, plus on peut faire de projets.Et manger plein de pizzas…

    Mais il n'est peut-être pas absolument obligatoire de ne les nourrir qu'avec des pizzas, si ?

  • IdeanetworkerLes réseaux, ça a toujours existé, bien avant internet, mais aujourd'hui c'est un bon créneau pour le business, ou une tribune.

    Mais quand ils parlent de réseaux, nombreux sont ceux qui y voient un moyen d'augmenter leur influence, leur pouvoir, en fréquentant ceux qui nous ressemblent, en s'approchant des puissants, des plus influents, pour pouvoir accélérer sa carrière, trouver des ressources qui travailleront pour nous. Cette forme de réseau, c'est le réseau des copains.

    S'il est un domaine, notamment pour les entreprises, où ce genre de réseaux n'apporte pas de résultats, c'est le domaine de l'innovation. A trop penser à l'influence, à trop fréquenter ce qui nous ressemble, la capacité d'innovation s'éteint.

    C'est pourquoi Clayton M.Christensen, Jeff Dyer et Hal Gregersen, auteurs de " The innovator's DNA", dont j'ai déjà parlé ici et ici, font du "networking" une des compétences clés des innovateurs de ruptures. Mais c'est de tout autres réseaux qu'ils parlent, et non de LinkedIn ou Viadeo.

    Ils appellent les "réseaux d'idées".

    De quoi s'agit-il ?

    Les réseaux d'idées sont les réseaux de personnes que je connais et fréquente non pas pour ma carrière, le pouvoir, l'influence, faire du business, vendre mes produits; non, ce sont les personnes qui vont me permettre d'apprendre, d'être surpris, de découvrir de nouvelles perspectives. Ce sont donc les personnes qui ne sont pas comme moi, les experts de disciplines trés différentes, et les généralistes qui ne sont experts en rien.

    Comment faire ?

    Bien sûr, les auteurs nous conseillent des fréquenter les endroits où trouver ces idées et personnes; des évènements sont de plus en plus organisés pour ça; TED en est un bel exemple.

    Mais l'on peut aussi se sonstituer son propre réseau de proches, ou moins proches, de touts horizons et tous lieux, pour pouvoir, quand une question se pose, pouvoir interagir rapidement avec eux. Les innovateurs interrogés par les auteurs témoignent qu'ils ont de tels réseaux personnels, avec pas plus de trois ou cinq personnes, qui constituent un premier cercle. D'autres ont des réseaux plus importants. Mais on est loin de ceux qui collectionnent les milliers d'amis sur Facebook, mais qui parfois n'ont personne avec qui même aller déjeuner à la cantine.

    C'est d'ailleurs le déjeuner qui peut constituer un lieu d'échange des idées avec le réseau. Ils nous conseillent le livre de Keith Ferrazzi, "Never eat alone". Le secret, c'est : Une relation à la fois.

    Car, un réseau d'idées et personnes originales, dela se mérite. On connait tous ces casse-pieds qui cherchent à tous prix à se faire des réseaux, de pouvoir ou d'idées, mais qui sont collants et ennuyeux. Pour ceux là, il ne sera pas facile d'attirer à leur profit les talents et les idées.

    C'est pourquoi, pour les auteurs, le grand secret pour réussir ce "Networking", ce qu'il faut, c'est …..ÊTRE INTERESSANT.

    Quelles sont vos histoires? Comment pouvez-vous en quelques phrases communiquer une idée où ce que vous faites ( le fameux "Elevator's speech") ? Car si vous êtes un peu trop long, vous perdrez vite l'attention de votre interlocuteur. Et, bien sûr, comment exercez-vous votre écoute empathique ?

    Là encore, les auteurs nous rappellent que ce fonctionnement fluide des réseaux d'idées exige ce système d'échanges trés libéral. Et que pour échanger il faut avoir soi-même quelque chose à donner. Ce système de réseaux, sans leaders, mais complètement auto-organisé, grâce aux rencontres, au hasard parfois, grâce à des moyens de communication de tous ordres, est bien à l'image du fonctionnement moderne de nos entreprises et de la société.

     A condition de ne pas se tromper : ce ne sont pas les outils qui font le succès, ni les efforts pour rencontrer et soi-disant "connaître" le maximum de personnes, mais bien cet effort sur soi-même, cet humanisme, qui fait la différence pour ceux que les auteurs appellent " les innovateurs en ruptures". Ce besoin de soi-même conserver cette capacité d'étonner, d'intéresser ( et non de sombrer dans la caricature de celui qui "radote" ou raconte toujours les mêmes histoires, qui est sûr de son expérience au point de ne plus se remettre en cause).

    Prendre ainsi conscience que c'est l'humanisme, plus que la technologie, qui fait émerger et réussir les innovateurs, et l'innovation dans les entreprises, et dans la société, voilà un message qui rend optimiste.

  • ChatC'est Simon qui m'a prévenu : aujourd'hui le Directeur Général de LOGICA France, Stéphane Jaubert, va faire un chat sur les nouvelles technologies…

    Il s'adresse en video à tous ceux qui brûlent de connaître son avis sur le sujet : " Pourquoi les nouvelles technologies sont-elles un tremplin pour l'avenir ?" Super suspense, non ?

    Cela se passe ICI à partir de 13H00, aujourd'hui. On peut poser ses questions à l'avance.

    Simon aimerait bien que je lui dise ce que m'inspire cette expérience. Je n'y manquerai pas.

    A suivre, donc.