• Simple22

     Dans l'entreprise, dans nos organisations, dans nos process, tout ce qui est compliqué, c'est mal.

    On entend partout que l'on veut des choses et des solutions simples; c'est parfois une façon de refuser le changement et la nouveauté. " Monsieur le consultant, je veux des choses simples".

    Ceux qui ont tendance à confondre simplicité et résistance au changement devraient aller rechercher l'origine étymologique de cette " simplicité" que je redécouvre au hasard d'une lecture ( " Ecrits sur l'hésychasme" de Jean-Yves Leloup) à propos de l'état d' apathéia cher aux orthodoxes) :

    " L'état d'apathéia que nous traduisons par " état non pathologique de l'être humain", est un état de spontanéité, d'innocence, de simplicité ( simplicitas étymologiquement, veut dire " sans pli", sans retour sur soi). Il décrit un état de clarté de l'intelligence qui " voit" les choses telles qu'elles sont, sans s'y projeter avec ses mémoires, ses idées, ses idéologies ( idoles). C'est la conscience-miroir, état de calme et de santé du cerveau, diront les neuro-psychologues".

    Cette pureté de coeur de l'apathéia, cette ouverture sans préjugés, c'est la clé de la simplicité. Pour être dans la simplicité, pas de pli ni de retour en arrière, sur soi.

    Une bonne façon de commencer une discussion sur : comment apporter de la simplicité dans mon entreprise, mais aussi, bien sûr, dans nos comportements et attitudes.

    C'est….simple, non ? on dirait que " ça ne fait pas un pli"…

  • Musique

    La crise va se nicher là où on ne la croyait pas possible..

    Le Monde de mardi dernier consacre un article aux " Big Five", les cinq orchestres philarmoniques les plus prestigieux des Etats-Unis ( Chicago, Cleveland, Philadelphie, New York), qui sont en tournée invités par Pleyel cette année.

    Ces orchestres sont financés à plus de 50% sur des fonds privés, contrairement à l'Europe où leurs homologues bénéficient de subventions publiques. Et l'argent venant moins facilement vers ces orchestres, il a fallu prendre des mesures drastiques pour réduire les dépenses, et mieux gérer. Et même annuler certaines tournées ( pas celles de Paris, rassurons-nous).

    L'orchestre de Philadelphie s'est même mis en faillite, du fait de pertes de l'ordre 14 millions de dollars.

    Et l'article nous montre combien il a fallu que ces entreprises se bougent : campagne de financement, réduction des salaires des directeurs et salariés. A l'orchestre de Cleveland, les musiciens vont devoir faire don de services de répétition. Bien sûr, les coûts administratifs, et notamment les effectifs, sont rabotés.

    Et puis, il ne suffit pas de toucher aux dépenses, le service client doit, plus que jamais, être irréprochable : Le board de l'orchestre de Philadelphie rappelle ainsi que " Aucun philanthrope ou donateur n'aura d'intérêt pour l'orchestre si le niveau et la qualité musicale baissent".

    Autre point à surveiller : le chef d'orchestre : " Se contenter d'être un excellent directeur musical ne suffit pas, il faut aussi assumer les fonctions de personnage public". C'est ainsi que les orchestres organisent des tombolas dont le prix pour l'heureux gagnant est une soirée privée avec le maestro. Et celui-ci est aussi sollicité pour se montrer dans diverses " communities".

    Ces principes de management simples ( le service client, la maîtrise des coûts, le marketing), on n'est pas habitué à les retrouver quand on évoque les orchestres et leurs chefs.

    Changement de décor, justement, si l'on revient en France. Roberto Alagna nous racontait lundi, dans le Figaro, qu'il était " déprimé" par une histoire qui l'a bouleversé : alors qu'il était en répétitions pour le "Faust" de Gounod, programmé à l'Opéra Bastille à partir de cette semaine, il s'est accroché avec le chef d'orchestre, Alain Lombard, qui a finalement décidé de quitter le poste, et est remplacé in extremis par Alain Altinoglu.

    Que s'est-il donc passé ?

    Apparemment le chef alain Lombard n'a pas apprécié les retards de la star Alagna lors des répétitions.

    Ce qui est sidérant, c'est de lire les explications qu'il donne :

    " Le premier retard était dû à un accident sur la route ( je précise que le maestro a exigé des répétitions le matin, que je vis en banlieue, ce qui m'impose une heure et demie de route à l'heure de pointe et donc de me lever à 7 heures du matin). "

    " Le deuxième retard était de sept minutes, ce qui serait passé inaperçu si la répétition avait commencé par l'air de Siebel comme prévu…mais Alain Lombard, croyant que je n'allais pas arriver, a renvoyé tout le monde en pause."

    Le rapprochement des deux récits est éloquent : d'un côté des orchestres qui traquent l'excellence; de l'autre la drôle de complainte de la star qui doit se lever à sept heures du matin ( un drame que personne ne connait), et qui se donne le droit de se faire attendre par toute une entreprise…

    Bon, Roberto, on ne t'en voudra pas trop; j'irai quand même te voir à Bastille; mais sois à l'heure, s'il te plait; ne laisse pas Marguerite toute seule…Et sois parfait.

  • Flow

    L'entreprise est en réseaux; les individus sont membres des réseaux sociaux; avec les réseaux, on arrive à tout, on réussit tout…

    Et pour être innovant et performant, il faut quoi ? Des réseaux.

    Oui, mais pas n'importe lesquels, ni n'importe comment.

    Comment s'y prendre, alors ?

    C'est le sujet de ma chronique du mois sur " Envie d'entreprendre" ( eh, oui, c'est la rentrée).

    Bonne lecture, et n'oubliez-pas d'en parler à vos réseaux.

  • Photo

    Chaque année impaire, c'est la Biennale d'art contemporain de Venise; cette année c'est la 54ème. J'avais déjà parlé de la 53ème. Et l'année dernière, j'ai parlé de cette exposition à Rouen.

    La Biennale de cette année a pour titre " Illuminations", orchestrée par la suisse Bice Curiger. Ce titre parle bien sûr de la lumière, mais c'est aussi une référence à une des caractéristiques intrinsèques de l'art : une expérience unique et qui nous illumine. L'art est ainsi ce symbole de l'expérience qui nous permet d'aller au-delà et ailleurs.

    Ce parcours dans les productions artistiques du monde entier, et de tous genres ( sculptures, vidéos, oeuvres monumentales,…) est effectivement une vraie expérience.

    Venise, c'est aussi maintenant le Palazzo Grassi et la Punta della Diogana, occupées par les oeuvres de la Fondation François Pinault. A la Diogana, l'exposition a pour thème : " Eloge du doute".

    Dans le catalogue, François Pinault nous confie l'origine de sa passion ancienne pour l'art, et particulièrement l'art contemporain :

    " Dès mes premiers pas de collectionneur, il y a plus de quarante ans, l'art m'a paru trés vite comme le meilleur moyen de chercher à dépasser ses propres limites. La fréquentation de oeuvres d'art éveille la curiosité, suxcite questions et remises en cause, déverrouille l'esprit. D'une certaine manière, elle permet de penser plus librement. (…)

    L'intention de l'exposition " Eloge du doute" est de célébrer le doute dans sa dimension la plus dynamique, celle qui défie les vérités établies, celle qui pousse à s'interroger, celle qui réveille la vie en soi".

    Pour penser plus librement, et rendre hommage au doute, l'expérience de la Biennale et celle de la Punta Della Diogana est unique.

    On peut y aller jusqu'au 27 novembre.

    Pour des photos, voir aussi le blog de mon ami Tristan.

  • Samourai

    Certains, quand ils parlent de performance et de progrès, pensent à des ruptures fantastiques, des innovations, des trucs qui en jettent et font passer tous les concurrents pour des nabots. C'est le rêve des futurs Zuckerberg ou Bill Gates. Il paraît que c'est une attitude trés occidentale.

    Et puis d'autres sont plutôt les adeptes des petits pas, de l'amélioration continue, chaque jour on fait mieux que la veille, ça ne s'arrête jamais : c'est l'approche de la compétitivité dite " à la japonaise", celle qui nous a été amenée par les disciples des méthodes Kaizen. Des tonnes de livres lui sont consacrés depuis ceux de Masaaki Imai, le père fondateur de l'institut Kaizen, et toujours chairman aujourd'hui, à 81 ans ( les petits pas, ça conserve..).

    Parler de ces approches suxcite, encore aujourd'hui, dans nos contrées européennes, des réactions parfois négatives : usine à gaz, paperasses, ça va trop lentement, c'est trop de procédures, de " cercles de qualité", nous on veut des résultats plus rapides ( la fameuse tendance à la rupture spectaculaire qui flatte l'ego du héros magnifique).

    Elles sont pourtant toujours une référence utile, et jamais démodée, lorsqu'il s'agit de construire des démarches de progrès et d'obtenir des résultats durables et pérennes.

    D'ailleurs, même si la démarche est fortement axée sur l'optimisation des processus, ce n'est pas la première étape de la démarche.

    C'est Masaaki Imai lui-même qui insiste sur ce qui constitue le point de départ d'une maîtrise de la qualité, des produits comme des processus : la qualité commence par le " humanware", la qualité des gens, du personnel.

    C'est ce qu'il appelle " l'esprit Kaizen" : cette capacité à identifier qu'il y a un problème, que quelque chose ne marche pas totalement comme il faut. Et puis, disposer des réflexes qui font que, une fois les problèmes identifiés, on sache les résoudre. Et enfin, lorsqu'un problème est résolu, savoir normaliser les résultats afin de prévenir le retour de nouveaux problèmes identiques.

    Cet " esprit" s'applique, comme un réflexe, à de toutes petites choses : une vérification que la porte est bien fermée, que tous les ingrédients ont été pesés,…Ou bien, dans le service, le sourire en plus pour le client, le petit plus que l'on fait pour lui, qui n'est pas écrit dans la fiche de poste, mais que l'on fait pour le satisfaire. Toutes ces choses quirendent les systèmes, les processus, le fonctionnement des entreprises fluides et efficaces, et qu'on ne peut pas totalement codifier dans les procédures, qui font la différence entre l'entreprise de qualité et les autres. Et pas besoin de ruptures spectaculaires pour ça.

    C'est vrai que cet esprit n'est pas facile à inculquer quand l'entreprise en manque. C'est quelque chose de longue haleine, qui se fait pas à pas, par déploiement tout le long de la hiérarchie, et entre les communautés et réseaux.

    Masaaki Imai cite une conférence de Claude Levi-Strauss tenue au Japon, en …1983, et qui déclarait :

    " Pour produire de meilleurs systèmes, une société devrait se préoccuper moins de produire des biens matériels en quantité croissante que de produire des gens de meilleure qualité, en d'autres termes des êtres capables de concevoir ces systèmes".

    Cet enjeu de " produire des gens de meilleure qualité", il reste tout autant d'actualité aujourd'hui et l'on continue de chercher les voies et moyens pour en faire une réalité.

    Merci Claude Levi-Strauss !

  • Lire

    Je prends la suite après les 35 millions qui lui sont passés dessus avant moi…Mais le plaisir est intact.

    Il s’agit du roman «  Cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez, auteur colombien, prix Nobel de littérature en 1982. Ce roman, paru en 1967, a été traduit en 35 langues.  Et moi, je ne l’avais pas toujours pas lu.  On sort un peu groggy d’un tel roman.

    Cet épais roman ( 460 pages dans l’édition de poche) nous fait parcourir tout un siècle en restant dans un seul village, imaginaire, Macondo, de la Colombie ; ça se passe entre la moitié du XIXème siècle et la moitié du XXIème siècle. Et l’on passe ce siècle avec la famille Buendia, génération après génération, où tous les garçons s’appellent José Arcadio ou Aureliano, et les filles Remedios, ou presque. C’est dire qu’on les mélange facilement si l’on ne fait pas attention.

    Le roman mélange l’Histoire, la vraie, relatant des évènements réels de la Colombie (par exemple cette grève dans les bananeraies, en 1928, réprimée violemment, qui a fait des milliers de morts), et les histoires des membres de cette famille, avec la présence de fantômes , dans le genre dit du «  réalisme magique ».

    Difficile à percevoir, à la lecture, ce qui a fait un tel succès ; ce côté magique, ces personnages tous originaux, ce style qui permet au narrateur de décrire les faits les plus improbables avec le recul de celui qui raconte une histoire dont il connaît déjà la fin avant nous. Cela donne envie de dévorer les chapitres les uns après les autres ; cela ne s’arrête jamais.

    Ce blog ne parle pas souvent de romans, même si l’été est souvent l’occasion  de varier les lectures.

    A quoi cela sert-il de lire des romans ?

    Le roman, c’est le moins scientifique des discours, il ne n’explore pas de concepts, il n’expose pas d’idées et de réflexions. Cela ferait ranger la lecture de romans dans ce que l’on appelle les activités distrayantes, voire sentimentales, réservant à d’autres ouvrages, les essais, les sujets de connaissance.

    Pourtant, la littérature permet justement des expériences que n’apportent pas d’autres types de lecture. Selon Jacques Bouveresse :

    «  La littérature peut nous apprendre à regarder  et à voir – et à regarder et à voir beaucoup plus de choses que nous le permettrait à elle seule la vie réelle – là où nous sommes tentés un peu trop tôt et un petit peu trop vite de penser » ( in «  la littérature, la connaissance et la philosophie morale »).

    C’est exactement cette impression que l’on a en cheminant, grâce à Gabriel Garcia Marquez, avec les protagonistes de la famille Buendia, en suivant les périodes de plein développement de ce village, l’arrivée du chemin de fer, les entrepreneurs qui se lancent dans des affaires innombrables – une loterie,  un commerce de bijoux, la culture des bananes – avec plus ou moins de succès ; et ceux qui se lancent dans la guerre – la lutte entre les conservateurs et les libéraux . Cette microsociété est passionnante.

    On connaît cette phrase d'Oscar Wilde, à propos d'un roman de Balzac : " La mort de Lucien de Rubempré est le plus grand drame de ma vie".

    Dans cette vision, la littérature devient une expérience de pensée, une façon de découvrir des vies différentes, et des sujets de société, dont nous n’aurions jamais l’expérience dans la vie réelle ou dans des lectures plus théoriques. Le roman est alors une façon d’accueillir d’autres mondes, d’autres caractères, d’incorporer dans sa propre personnalité des savoirs et des émotions nouvelles et différentes.

     C’est une sorte de rendez-vous avec soi.

    Voilà une bonne raison pour lire des romans..

  • Kandinsky Je poursuis la lecture de " The economics of attention" de Richard A.Lanham, et son exploration de la substance et du style ( stuff and fluff).

    Ces deux concepts ne s'opposent pas vraiment, mais constituent deux mondes dans lesquels nous apprenons à vivre en même temps, et que l'économie de l'attention nous fait bien percevoir.

    Prenons les motivations humaines, celle du capitaine d'industrie, d'un entraîneur de foot, ou d'un entrepreneur : on veut gagner.

     Cette métaphore du jeu, " the game", on la connaît : Dans une conception extrême de cette ambition, la vie est comme transparente, on passe à travers ( " through") pour atteindre le but et gagner. A l'autre extrême, on va trouver ceux qui préfèrent l'esthétique à la réalité, les scientifiques et les chercheurs qui aiment chercher. Ceux qui prennent plaisir à vivre, comme on dit.Ils sont les " at". Ils aiment non pas " the game", mais " to play". Leur jeu, c'est prendre le temps de vivre chaque instant. On peut avoir tendance à les traiter de fainéants, manquant d'ambition. Mais on peut aussi envier leur plaisir, lorsque le stress de la compétition, la peur d'échouer apparaît dans le coeur de ceux qui sont un peu trop dans " the game".

     Le paradoxe, c'est de constater que celui qui commence dans " the game", et qui se lance dans la compétition, comme un entrepreneur acharné qui veut réussir à tout prix, celui-là, en réussissant, va de plus en plus s'approcher de " the play" : il va trouver le plaisir d'entreprendre, le facteur économique n'est plus le principal critère. Ce plaisir d'entreprendre, il est même parfois considéré comme justement le facteur qui fait réussir; car celui qui ne vit que dans la compétition économique manque de cette attitude sereine et ouverte qui lui ferait bénéficier de chances et d'opportunités qu'il ne voit pas, tant il est aveuglé apr l'obsession de la substance, sans style.

     C'est donc bien en passant d'un jeu à l'autre, et en étant capable de vivre dans ces deux mondes simultanément que la réussite nous sourit, selon Richard Lanham.

    Pour reprendre une célèbre formule : dis-moi comment tu joues, je te dirai qui tu es.

  • Attention

    C'est un lieu commun aujourd'hui de dire que nous sommes passés d'une économie des biens matériels à une économie de l'immatériel. On parle d' " économie de l'information".

    Pourtant, si on considère que l'économie étudie l'allocation de ressources marquée du sceau de la rareté, ce n'est pas d' "économie de l'information" dont nous devrions parler, car l'information, elle n'est pas rare, mais au contraire de plus en plus abondante. Nous croulons sous le déluge d'informations qui nous tombent dessus chaque jour. Ce qui est rare par contre, et de plus en plus difficile, c'est la capacité à trier là-dedans, c'est l'attention humaine nécessaire pour donner du sens à ce déluge d'information. C'est cette attention qui fait l'objet de la principale rareté.

    C'est pourquoi Richard A. Lanham parle de " l'économie de l'attention", dans son ouvrage du même titre.

    Ce qui est intéressant dans cet auteur, c'est son origine : il est professeur émérite ( c'est à dire en retraite) de littérature de l'Université de Californie, et aujourd'hui consultant-expert pour démasquer les plagiats en matière de droits de propriété intellectuelle dans les shows télévisés ( voir son site). Il n'est donc ni économiste, ni consultant en management. C'est précisément la raison qui rend son ouvrage unique. Et nourissant.

    Car si nous sommes bien dans  "l'économie de l'attention", ce dont Richard Lanham n'a pas de mal à nous convaincre ( l'ouvrage date de 2006, mais semble toujours trés actuel), la question est alors de mesurer les conséquences sur notre vision du monde et les modèles de performance de nos organisations.

    Dans une économie de l'attention, ce qui compte, c'est d'attirer l'attention, c'est le style : la substance ( the stuff) et le style ( the fluff) ont inversé leur place : alors qu'auparavant ce qui comptait c'était la substance, le style n'étant que l'habillage, le superflu, pour faire passer la substance, dans une économie de l'attention, c'est le style ( the fluff) qui est prépondérant et qui donne toute la valeur. La substance n'est communiquée, et n'existe, que par le style :

    " Plus nous avons accés à des informations, plus nous avons besoin de filtres, et l'un des modes de filtrage les plus puissants que nous ayons à notre disposition c'est le style".

    Alors que nous sommes submergés par l'information, le style est ce qui sert d'accroche pour capter notre précieuse attention.Et il sert aussi de filtre pour sélectionner le canal de communication qui a la meilleure chance de me plaire. C'est ainsi que, face à quelqu'un qui s'adresse à moi, avant même qu'il ne commence à parler parfois, il me suffit de tremper mes lèvres dans son style, tel que je le perçois par mes sens, pour savoir si cette personne a une chance d'être ma " tasse de thé". 

     Richard Lanham distingue deux pôles, dans les signaux que nous émettons ou recevons : un pôle " through", qui correspond à la conscience minimale du medium expressif; et un pôle " at", qui correspond à la conscience maximale de la manière dont nous exprimons ce que nous faisons. Ainsi, quand je prend plaisir à lire un livre en me laissant captiver par l'intrigue, je suis dans le " through"; ( la substance – le stuff – est prépondérante) alors que si j'analyse la forme des phrases, la composition, les mots employés, je suis dans le " at" ( le style – le fluff – est prépondérant).

    Nous passons plus ou moins facilement d'une posture à l'autre, de " through" à " at". Observons la mode des " séminaires" dans les entreprises : ils ont pour principale vocation de permettre à un groupe de managers de sortir du " through", la vie quotidienne du business et la pression du quotidien, pour prendre le recul, se mettre en position " at". C'est aussi la principale demande que l'on fait, formellement ou non, à un consultant : on achète cette capacité d'être en-dehors, d'avoir cet "oeil neuf", d'être " at", et de permettre au client de s'y mettre aussi.

    C'est précisément en allant chercher cette posture "at" que l'on s'immerge dans l'économie de l'attention, et ce sont ceux qui parviennent à y entrer qui sont les plus efficaces. Le talent du manager d'aujourd'hui, de celui qui veut être le plus performant, est précisément d'avoir cette capacité à passer d'un point à l'autre de ce spectre, de " through" à "at", et inversement. Cela signifie être capable de regarder les questions et les choses de plusieurs points de vue. L'économie de l'attention nous donne de nombreux moyens pour le faire; le développement des technologies, des supports digitaux pour communiquer, le mélange des images, des textes, des sons, permet des compositions trés développées pour les messages, sans même parler des multiples polices de caractères, des modes de composition des pages ( Richard Lanham fait d'ailleurs remarquer que ces moyens existaient déjà au moyen âge, et reproduit dans son ouvrage des pages de livres d'heures et d'enluminures).

    A titre d'exercice, il nous propose de repérer nous-mêmes des moments, dans notre travail par exemple, où nous avons besoin d'être " through", et des moments où nous devons être "at". Et est-ce que c'est difficile de le faire ?

    Une bonne façon de tester notre adéquation avec l'économie de l'attention.

  • Sympa

    Relisant un ouvrage de Renaud Camus de 1990 (vingt ans déjà !), " Esthétique de la solitude", je retombe sur un de ses dadas, les malheurs de la langue française, la perte de la culture française, et du langage. Cela ne s'est pas vraiment amélioré depuis ces années 90.

    Un des mots qu'il déteste, et qu'en entend encore aujourd'hui en permanence, c'est " sympa" : ce mot qui " répugne". Ouh la ! Sont " sympas", en 1990, comme aujourd'hui, tout et n'importe quoi : non plus seulement des êtres humains, dont on veut dire qu'ils nous sont sympathiques ( comme on dirait, en mieux, qu'on les trouve séduisants ou gentils), mais aussi un canari, un restaurant, un film, une robe, une exposition, une oeuvre d'art. Et je pourrais rajouter une organisation d'entreprise, un projet, car même dans le monde professionnel de l'entreprise et des consultants, il y a plein de "sympas". Nombreux sont ceux qui veulent croquer cette pomme " sympa".

    Analysant l'expression, Renaud Camus y voit un acte de " terrorisme de la pire espèce" :

    " Déclarer de quelqu'un qu'il est " sympa", c'est signifier à peu près qu'il est simple, " qu'il ne fait pas d'histoires", qu'il est familier, naturel, authentique".

    Cette expression nous dit que celui qui est "sympa" est finalement " comme moi". Et, appliquée à l'art, elle nous dit que nous ne sommes pas seul, que nous pouvons partager cette " authenticité", qui nous ressemble, qui est " sympa" pour tout le monde, car tout le monde va la trouver "sympa".

    Or, comment ne pas constater, avec Renaud Camus, que l'art, comme la connaissance, au lieu de nous rassembler, nous isole : Je m'intéresse à une discipline, à un style d'art, à un peintre, à un auteur; au point d'en connaître toutes ses oeuvres, tous les commentaires. Je vais peut-être m'intéresser à la vie de cet auteur; aller visiter les lieux qu'il a fréquentés. Plus je me spécialise, plus je me passionne, plus je passe du temps pour cette connaissance ou cette expérience esthétique, plus je m'isole de mes congénères;

    " Dans tout ce que j'aime esthétiquement je m'isole, et d'autant plus que je l'aimerais plus fort".

    Cette expérience, c'est celle que nous ressentons lorsque les oeuvres qui nous touchent vraiment nous font entrer dans un état de quasi-communion avec elles ( et en ce sens elles nous rendent aussi moins seuls), mais elles nous disent " comme le Christ, que nous devons tout quitter pour les suivre et pour les aimer".

    C'est pour quoi, pour renaud Camus, l'art ne peut être " sympathique".

    " Le sympathique comme valeur presque suprême d'une civilisation, qu'il s'agisse des êtres ou des oeuvres, le sympathique est un terrorisme de la pire espèce, sans visage mais à des millions de têtes. N'est sympa que ce qui est semblable, et peut donc être commun : ni trop en arrière, ni trop en avant, ni trop élevé, ni trop intellectuel, ni trop radical."

    Impossible, avec ce "sympa", d'être original, autonome, dans son oeuvre ou son travail.

    Cette dénonciation du "sympa", elle reste d'actualité incroyable vingt ans aprés, non ?

    elle participe de cette lutte contre tout ce qui nivelle les " goûts" et les "styles". Et, alors que l'individualité devient une des valeurs fortes de la société d'aujourd'hui, on devrait voir disparaître les "sympas"; c'est pourtant apparemment l'inverse qui se produit. On se veut " soi-même", et pourtant cette originalité du " sympa" nous transforme en moutons conformistes.

    De quoi réfléchir pour l'été : non, non, ne dîtes pas que c'est "sympa", s'il vous plaît….Soyez…." sympas"…Ah, ZUT !

  • Excité Mon sondage ci contre; plus de 200 réponses…

    Bon, je comprend qu'il y a plus d' excités que d'angoissés.

    Donc résultat :

     L'incertitude ?

     46.44% Elle m'excite

     41.7% Elle m'angoisse

    11.84% Je ne la connais pas