• Performance

    Conférence cette semaine, dans le cadre des rencontres de "l'innovation managériale" de PMP, avec Jean-Paul Bailly, Président de La Poste, et Jeans Staune (dont j'avais potassé les ouvrages, et rendu compte ici et ici, et ici).

    Jean-Paul Bailly nous a reparlé de son concept des " 3S" que j'avais déjà entendu ici en …2006; idem pour la réduction du nombre de niveaux hiérarchiques ( là encore, j'avais entendu ça en 2006). Au point de me demander si il s'était passé quelque chose depuis cinq ans à La Poste…Et, alors que mon post de 2006 parlait des "secrets pour faire bouger une entreprise publique", j'ai eu peur que le magicien n'ait plus de nouveaux secrets pour 2011. Pas facile d'être un petron moderne dans la durée; il faut toujours se renouveler.

    Et puis, grâce aussi à Jean Staune, nous en sommes venus à échanger sur ce qui rend nos entreprises performantes dans un monde que Jean Staune, pour reprendre une expression de Peter Drucker, appelle le "postcapitalisme", un capitalisme postmoderne.

    Un monde est peut-être en train de disparaître dans le management : c'est celui qui correspond à la période déterministe des sciences ( Newton, Laplace); ce monde où on peut tout prédire et tout démontrer avec des raisonnements logiques et des chiffres; c'est le monde où la performance est mesurée par des résultats financiers, la progression du résultat ( et Jean-Paul Bailly nous a rappelé – preuve qu'il est encore un peu dans cette posture –  que La Poste ne reçoit pas de subventions, qu'elle tire toutes ses recettes de ses clients, dans des activités qui sont toutes concurrentielles, et qu'elle est bénéficiaire de 500 millions d'euros). Ce monde existe encore bien sûr, car le management n'a pas encore fait le saut qu'a fait la science avec les théories de la relativité et la phyusique quantique ( le dada de Jean Staune).

    Néanmoins, on sent les prémisses d'autres approches. Jean-Paul Bailly nous a livré sa conviction que ses réflexions sur le rôle du management l'avaient conduit à considérer que le manager a "un devoir d'adaptation", et que ne pas s'adapter est "une faute". Mais que cette adaptation n'allait pas sans un autre "devoir", qu'il met au même niveau, " le devoir de prendre en considération les hommes et les femmes de l'entreprise".

    Oui, on a bien compris, Jean-Paul Bailly est l'homme du devoir. Il croit à une gouvernance incarnée par un respect de l'équilibre entre toutes les parties prenantes. La performance de l'entreprise est une exigence ( et l'exigence, ce n'est pas, comme le disait un des invités, dans une question, " le contrôle", mais, selon Jean-Paul Bailly, " l'exigence, c'est le respect"; " les gens aiment qu'on soit exigeants avec eux").

    Mais c'est quoi la performance ? Dans le nouveau monde postmoderne qui va doucement remplacer le monde déterministe qui ne croit qu'aux chiffres, cette performance doit être une "performance durable".

    Pour Jean-Paul Bailly, la "performance durable" c'est le progrés qui apporte un "+ " pour le client, un " -" pour les coûts, un "+" pour la satisfaction des collaborateurs, et un " +" pour la planète. Pas facile de faire tout ça en même temps, parfois même impossible, et il faut faire des choix. Mais cela peut rester un idéal.

    Car pour diriger l'entreprise, Jean-Paul Bailly ne croit pas du tout qu'il faut abreuver les collaborateurs "d'objectifs" et de " plans d'actions" : le plus important est de savoir quelles sont nos valeurs, et où on veut aller; les chemins seront multiples, et les actions pourront changer, selon les circonstances; le cap et les valeurs resteront intactes. Cela me faisait penser au dialogue du chat avec Alice au pays des merveilles . Et à Bénédicte Péronnin, Directrice de Legris.

    Jean-Paul Bailly considère que le rôle du patron est essentiellement celui de " donner du sens et un projet. Et il a le sentiment d'avoir joué ce rôle à La Poste, et d'avoir inculqué à chacun des niveaux du management cette responsabilité de donner du sens et un projet ( car le projet communiqué par le Président n'est pas le même que celui communiqué par le chef d'établissement à ses employés, mais les deux sont en cohérence).

    Jean Staune, en bon scientifique, a comparé ce rôle à celui de la "membrane" d'une cellule; la membrane ne fait pas la réaction, mais sans la membrane rien ne peut se passer. De même que l'évolution va vers plus de conscience, c'est la convergence des consciences qui fera la performance des entreprises postmodernes.

    Il y a de quoi être optimiste sur l'émergence de ce monde postmoderne, selon Jean Staune : oui, on a encore le monde des chiffres, les entreprises focalisées sur les résultats trimestriels et leur cours de Bourse, les phénomènes de spéculation; mais on a aussi le commerce équitable (c'est aussi du business), le microcrédit (c'est aussi du crédit), la responsabilité sociale, les préoccupations sur la diversité, la parité : tous ces changements sont venus des entreprises, des dirigeants qui, en ligne avec cette nouvelle convergence des consciences, prennent les initiatives, et impulsent de nouveaux projets d'entreprises, plus holistiques.

    Dans un monde de l'incertitude, le patron qui donne un "programme", qui dit " voilà ce que je vais faire", est, dixit Jean Staune, un menteur ou ridicule. Car il n'est plus possible de croire à un tel déterminisme; personne, même le meilleur patron, ne peut ainsi croire en un tel pouvoir. Il y a autour de nous des réseaux imbriqués, des décideurs et influenceurs multiples; on ne peut pas prévoir et tout contrôler.

    Cela vaut pour les politiques également : quelle prétention de croire que les candidats aux élections ont " un programme", et que c'est ça qui va se passer, et on va voir ce qu'on va voir…On a eu le coup en 2007, on voit ce "résultat"..Pourtant on risque de revoir le même film déterministe en 2012…

    Le candidat et le patron qu'aimerait voir Jean Staune c'est celui qui sera gôdelien (en référence au théorème de Gödel).Il dira : je n'ai pas de programme, je m'adapterai aux circonstances; mais voilà " ce que je ne ferai pas; je m'y engage" : cet engagement à ne pas faire est plus fort, et forcément plus contrôlable, que ce qu'il s'engage à faire; si il ne respecte pas cet engagement, cela se verra tout de suite. Cet engagement " à ne pas faire", on le retrouve dans le projet et les valeurs de Jean-Paul Bailly.

    La performance postmoderne est ainsi celle qui correspond à une nouvelle vision du monde; celle que Jean Staune entrevoit en observant l'évolution des théories scientifiques; celle que Jean-Paul Bailly expérimente tous les jours concrètement à La Poste.

    Belle rencontre de deux galaxies qui n'étaient pourtant pas faites, a priori, pour se rencontrer…

  • Balzac

    Alain Bloch, lors de cette conférence, nous avait révélé que pour lui l'entrepreneur c'était " César Birotteau" de Balzac, et qu'il essayait de faire lire cet ouvrage à ses étudiants de HEC Entrepreneurs.

    c'est drôle, non, comment un auteur du XIXème siècle, les années 1830 – 1840, résonne encore dans notre société.

    Le " Magazine Littéraire" lui consacre son numéro de juin. Cela nous parle de la modernité de Balzac.

    Balzac, " la comédie humaine", ça vaut le coup de s'y intéresser aujourd'hui ? On en doute un peu. Et ce serait dommage. J'ai déjà parlé d'oeuvres de Balzac ICI et ICI.

    Avec Balzac, plus personne n'est inscrit dans une catégorie fermée – comme dans l'ancien Régime où les aristocrates étaient repérés, les classes clairement définies – mais au contraire on est dans le moment de " l'égalité". Dans ce monde, il n'existe plus de différences, nous sommes "égaux", et l'on peut au mieux parler de " nuances".

    S'il existe encore des différences dans nos sociétés modernes (différences de moyens, de chances, de revenus), ces différences peuvent, comme le signale marielle Macé dans un des articles du Magazine Littéraire, " s'évanouir à tout instant. Nul n'est assuré de sa propre place, chacun est exposé  au risque de l'indifférence, de la banalité, une perte se singularité, et doit risquer en tous ses actes la possibilité de sa "distinction"".

    L'individuel  n'est plus un donné (comme l'était l'aristocrate), mais une tâche, un problème, un espoir toujours mis en péril.

    Et ce qui va faire les différences, ce sont les styles de chacun, jusque dans la démarche, la tenue.

    C'est précisément en cela que l'on reconnaît en Balzac un auteur qui effectue un diagnostic puissant des logiques de la société moderne. C'est précisément en juxtaposant, en faisant jouer ensemble ces styles et démarches de tous ses personnages qu'il fait de la "comédie humaine" un portrait composite de l'individu social moderne.

    Selon Marielle Macé, il préfigure ce que Foucault dira en 1983 : " Ce qui m'étonne c'est le fait que dans notre société l'art est devenu quelque chose qui n'est en rapport qu'avec les objets et pas avec les individus ou la vie…Pourquoi une lampe ou une maison sont-ils des objets d'art et non pas notre vie ?".

    Balzac a poussé tellement loin la fréquentation de son monde de personnages qu'il en a été lui-même pris au piège.

    Une anecdote, rapportée par Octave Mirbeau et reprise dans un autre article du Magazine Littéraire par Franc Schuerewegen, est édifiante à ce sujet :

    Le 18 août 1850 au soir Balzac est à l'agonie, et refuse les soins de son médecin traitant le Dr Nacquart. A la place le mourrant exige qu'on appelle le Dr Bianchon, son personnage, " il me faudrait Bianchon !". Ainsi la frontière entre la fiction et la réalité cesse d'exister. Balzac devient le martyr de la littérature.

    Ce dossier du Magazine Littéraire risque peut-être, lui aussi,  de nous rendre nous-mêmes martyrs de Balzac; et nous donner envie d'aller chercher dans les styles de la " comédie humaine" de quoi porter un regard acéré sur l'homme moderne. Bien joué !

  • Starfish

    Vineet Nayar, dont j'ai déjà parlé du livre " Les employés d'abord, les clients ensuite", indique qu'il a été particulièrement inspiré par un ouvrage de Ori Brafman et Rod A. Beckstrom, "The starfish and the spider" ( qui n'a pas eu la chance, comme Vineet, d'être traduit en français).

    Cet ouvrage est construit, en effet, sur une jolie métaphore, que j'ai fait tout de suite mienne.

     L'araignée est une créature avec huit pattes et un corps central; Beaucoup d'entreprises ressemblent à cette araignée : si vous coupez une patte à une araignée, il lui en reste sept, mais elle continue à marcher, c'est juste devenue une araignée à sept pattes. Par contre, si vous coupez la tête de l'araignée, vous avez une araignée morte. Cette araignée symbolise les organisations centralisées, où le commandement est dans la tête, les collaborateurs étant les petites pattes qui s'agittent pour servir les objectifs de la tête.

    Passons alors à l'étoile de mer.

    L'étoile de mer est une créature mystérieuse, car si vous lui coupez une des branches, une nouvelle branche va repousser, et parfois la branche coupée va se développer pour former une deuxième étoile de mer. Cette prouesse est possible, car, à l'inverse de l'araignée, l'étoile de mer est polycentrique, et tous les organes vitaux sont présents dans chaque branche. L'entreprise qui est comme l'étoile de mer, c'est celle qui a cette capacité à transférer la capacité à changer, à se transformer, à prendre des initiatives et des responsabilités dans chacune de ses branches.

    Pour cela, il faut bien sûr revoir les rôles et responsabilités, et concevoir ce que Brafman et Beckstrom appellent une " leaderless organization".

    Vineet Nayar raconte comment il s'est inspiré de cette image pour revoir son rôle personnel dans l'organisation, comment il a encouragé le transfert de la responsabilité de la stratégie vers les managers, et de plus en plus de managers.

    Concevoir des organisations sans centre, ni tête d'araignée, mais comme un réseau de branches et d'étoiles, voilà ce que nous aide à faire l'étoile de mer.

    Forcément, aprés avoir refermé l'ouvrage de Vineet Nayar, je me suis plongé dans l'étoile de mer de Brafman et Beckstrom. Une charmante compagnie en cette pèriode d'été; beaucoup plus agréable que l'araignée….

  • Photo6

    Séance de créativité chez PMP hier, avec la "machine à idées" pour imaginer l'entreprise idéale, celle pour laquelle tous les consultants, les coachs, rêvent de travailler. Une expérience dont j'avais déjà parlé ICI.

    Et comment contribuer à faire émerger de telles entreprises pour nos clients.

    Une façon ludique et dynamique de créer des démarches innovantes qui feront la différence.

    Une communauté diversifiée, de la bonne humeur, du chocolat, ..tout ce qu'il faut .

    En trois heures nous avons, avec un groupe de 10 personnes, produit 800 inspirations et près de 150 idées.

    Un moment fort : la maquette en pâte à modeler de l'entrprsie idéale. Elle est colorée, elle est en réseau, on y trouve des valeurs, des spirales qui s'interpénètrent, du plaisir, une piscine d'eau de jouvence pour tout le temps se ré-inventer.

    De quoi faire jaillir les idées neuves et fraîches.

    Aprés tout, il n'y a pas que nos clients qui ont le droit d'utiliser cette merveilleuse machine.

    Photo5 L'entreprise en forme de coeur.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Les réseaux de l'entreprise.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Etape suivante : en sortir les offres innovantes que s'arracheront tous nos clients.

  • Passion

     " Les employés d'abord, les clients ensuite" c'est le nom du programme mis en place par Vineet Nayar, dirigeant de l'entreprise indienne HCL Technologies. C'est une entreprise de services informatiques, en compétition sur les activités d'outsourcing avec IBM ou Accenture; un petit face à des trés gros; un petit qui s'est fixé de devenir, lui aussi, un compétiteur mondial de son secteur, et qui a connu des taux de croissance impressionnants, y compris pendant le crise en 2008 et 2009.

    C'est cette expérience, sous forme de "storytelling" que raconte Vineet Nayar dans son livre " les employés d'abord, les clients ensuite". Un bon compte-rendu ICI.

    Le principe est simple : pour exister, se différencier, il faut d'abord mettre la direction au service des employés, inverser la pyramide, développer la confiance ,et c'est la confiance des collaborateurs qui amènera la confiance des clients.

    L'ouvrage raconte donc toutes les petites choses qu'il a mises en place, il appelle ça les "catalyseurs", pour renverser les règles du management. De quoi faire réfléchir et trouver de l'inspiration pour notre propre entreprise, ou nos clients (pour les consultants).

    Une anecdote avec un client permet, ainsi, de traiter le sujet de la passion.

    Un client avec qui HCL Technologies vient de remporter un important appel d'offres, et à qui Vineet Nayar demande la raison pour laquelle c'est HCL, plutôt qu'un autre compétiteur, qui avait gagné.

    La réponse du client est intéressante :

    " Je pense profondément que tout le processus de réponse à appel d'offres pour un travail de cette ampleur a relativement peu de sens. Nous lançons un appel d'offres et vous y répondez du mieux que vous pouvez. Mais cela ne nous dit pas vraiment ce que nous voulons savoir de votre entreprise.".

    " Cette proposition n'a pas traité les questions vraiment importantes, telles que :

    Ce qui fait la spécificité de vos employés. Qui sont-ils? A quoi pensent-ils ? Quelles sont leurs règles éthiques ? Qu'est ce qui les passionne ? Je n'ai pas besoin d'en savoir trop sur les techniques et les outils qu'ils vont uriliser. Ils sont trés similaires à ceux utilisés dans les autres entreprises. Je veux savoir s'ils mettront les bouchées doubles pour moi et mon projet. ..S'engageront-ils à fond dans leur travail avec nous ?"

    Cela fait réfléchir Vineet Nayar sur la question : mais comment peut-on générer cet engagement, cette passion, parmi nos collaborateurs ?

    C'est comme ça qu'il a eu l'idée de créer dans l'entreprise des "communautés de passions durables".

    il s'en est créé plein, sur tous domaines ou sujets, y compris des domaines d'innovation technologiques et des sujets de développement client. Ces communautés pouvaient rassemblées tous ceux qui partageaient la passion. Les membres de la communauté élisaient leur leader, de manière démocratique, et non pas nommé par la Direction. Le but est ici de décentraliser le leadership et le management dans toute l'entreprise.

    Ces communautés sont ainsi devenues des sortes de lieu d'apprentissage, d'échanges, de motivation, …N'en jetez plus. Vineet en est trés satisfait.

    Ces communautés ont  permis de développer l'innovation et la mise en oeuvre des idées. Quand une proposition est portée unanimement par tous les membres d'une communauté, elle est transférée à un groupe qui s'occupe alors de sa mise en pratique.

    Cette démarche a aussi été le moyen pour  Vineet Nayar de positionner différemment le rôle du PDG, c'est à dire lui-même : il ne s'agit plus d'initier les propositions et les décisions par le haut, mais de créer ces réseaux, ces échanges, qui font que partout dans l'entreprise, la passion fait émerger les propositions et les initiatives.

    On comprend combien il est agréable de pouvoir déguster ces fruits de la passion.

  • Perles

    Il dirige un grand groupe de services ou indusriel. Il porte costume et cravate, n'a pas l'air particulièrment frivole. Et pourtant il rêve de s'offrir un collier de perles; c'est sa stratégie.

    C'est ce que l'on aprenait hier, mais il avait déjà avoué en public cette obsession, en écoutant Paul Hermelin, Directeur Général de Cap Gemini, annoncer l'acquisition de Prosodie. Acquisition coûteuse puisque Cap Gemini a payé 382 M€ pour cette entreprise de 172 M€ de CA.

    Quel rapport avec le collier de perles ?

    C'est que, pour justifier cette acquisition, Paul Hermelin a déclaré (cité dans Le Monde d'hier soir) :

    " Nous ne cherchons pas à faire des économies mais plutôt à développer l'entreprise".

    " C'est la stratégie du collier de perles : chaque année, on en ajoute. Des opérations comme Prosodie nous voulons en faire deux par an. Nous devrions donc en annoncer une autre au deuxième semestre."

    C'est bizarre cette histoire de "collier de perles". On trouve la même expression chez Bristol Myers, pour justifier sa politique d'acquiisitions.

    Il semble qu'à l'origine cette expression caractérise la stratégie de la Chine qui cherche des points d'appui maritimes, pour conquérir l'espace, l'expression ayant été forgée par les américains pour insister sur les dangers que représente une telle stratégie., notamment puor l'Inde.

    C'est donc pour mettre en évidence une intention belliqueuse qui n'ose pas dire son nom que ce "collier de perles" a été inventé.

    Reprise aujourd'hui pour justifier des stratégies d'acquisitions, l'expression n'explique pas clairement les intentions; car que vont faire ces patrons avec leurs colliers de perles ? Et lequel en aura le plus autour du cou ? Au risque de s'étrangler ?

    Suivons-les au bal; nous verrons bien….

  • Darwin"L'origine des expèces", paru en 1859, on en parle encore. L'auteur, Charles Darwin a convaincu des générations que l'Homme descend du singe, que la vie se développe selon le principe de la sélection naturelle : les plus forts survivent, les plus faibles disparaissent. C'est l'environnement qui décide; c'est un hasard permanent. Et tant pis pour ceux qui croyaient que c'est Dieu qui avait créé l'Homme à son image.

    Pourtant, depuis quelques années, des scientifiques sont venus questionner et remettre en cause ces théories.

    Jean Staune, dont je suis en train de lire les oeuvres en préparation de la conférence de PMP avec lui bientôt, est allé rechercher les écrits des auteurs les plus divers pour nous aider à aller "Au delà de Darwin".

    Il ne s'agit pas dans cette approche de nier la sélection naturelle, dont l'existence est réelle, mais de démontrer qu'elle ne constitue " ni l'unique, ni le principal moteur de l'évolution".

    Ce qui aparaît comme certain, au vu des recherches les plus sérieuses qu'il vulgarise pour nous dans cet ouvrage :

    – La sélection n'explique pas la structure fondamentale des êtres vivants mais seulement certaines de leurs adaptations,

    – Le hasard n'exclut pas l'inévitabilité. Les contraintes qui s'exercent sur les êtres vivants peuvent garantir que certains résultats apparaîtront, même dans le cas où les processus de base de l'évolution reposeraient sur le hasard.

    – Les organismes ont leur propre logique interne et semblent parfois la suivre, quelles que soient les modifications de l'environnement qu'ils traversent et la sélection qui s'exerce sur eux.

    Ces découvertes qui démontrent que l'organisme vivant semble parfois guidé, dans son développement, par une logique interne, une Loi de la nature que l'on ne connaîtrait pas encore parfaitement, aussi bien qu'on connaît des lois de physique, la gravité par exemple, apporte forcément plus de questions que de réponses. Certains veulent leur faire dire que c'est un grand architecte extérieur qui produirait ce "dessin intelligent". C'est aller un peu plus loin que les scientifiques, et ce n'est pas là que Jean Staune nous emène.

    Néanmoins, elles sont de nature à changer profondément notre vision du monde, même si, pour le moment, elles n'ont pas passé le cap des spécialistes. Le grand public, les médias, font comme si ces découvertes n'avaient pas existées, et continuent à nous chanter la gloire du darwinisme et de la sélection naturelle. C'est une toute petite voix que celle de Jean Staune dans ce brouhaha consensuel.

    Pourtant, si cette évolution de la science se confirme, c'est à une profonde révolution de nos conceptions de la vie que nous allons assister.

    Cela aura aussi, bien sûr, des conséquences sur notre façon de diriger et manager.

    Jean Staune relève notamment deux conséquences à méditer :

    Si il est démontré que toute une série de caractéristiques du vivant existent pour d'autres raisons que d'avoir été sélectionnées par la sélection naturelle, alors nous sommes plus libres que ce que la vision standard, diffusée par les darwiniens et relayée par les médias nous incite à penser. Cela signifierait que "nous pouvons trouver en nous les ressources pour une vraie liberté, à partir du moment où nous savons qu'une partie du déterminisme génétique dont on nous rabat les oreilles est illusoire". Cette vraie liberté, les philosophes nous en ont déja parlé; ce qui est impressionnant ici, c'est que, sur la base des recherches conduites, les scientifiques les rejoignent.

    Autre conséquence, " à partir du moment où la sélection naturelle n'est plus le moteur principal de l'évolution, il faut aussi repenser notre vision de l'économie pour montrer à quel point il peut être fructueux de mettre en place des jeux gagnant-gagnant entre fournisseurs et clients, ou même entre compétiteurs pour partager certaines informations ou certaines recherches, plutôt que de baser la croissance uniquement sur la confrontation, c'est à dire la loi du plus fort.

    Alors que nous sommes imprégnés depuis notre naissance, grâce au darwinisme,de cette necessité, pour survivre, d'être le fort qui tue le faible, voilà que de nouvelles théories viennent nous dire que cela ne marche peut-être pas comme ça. En observant le développement des espèces, et grâce à une observation nouvelle des fossiles ou ossements que l'on rerouve encore aujourd'hui, ainsi que l'analyse biologique,  de nouvelles idées apparaissent et semblent démontrées. Elles viennent nous dire, venant de l'évolution depuis des millions, ou plus, d'années, que la coopération peut être aussi efficace que la confrontation.

    Grâce à Jean Staune, on découvre que la biologie, dans sa transformation, grâce à la découverte de nouvelles lois, est en train de nous apprendre à manager autrement, ou du moins vient corroborer ce que d'autres approches nous ont déjà fait pressentir.

    De quoi nourrir nos envies d'innovation managériale.

    NOTA : Aprés les articles, "la science en otage", et cet "au-delà de Darwin", je m'attaque maintenant à l'ouvrage le plus célèbre de Jean Staune : les 533 pages de " Notre existence a-t-elle un sens ?".Cela commence par : " Depuis les temps les plus reculés, et à travers toutes les cultures, l'homme a essayé de conjurer son angoisse des espaces infinis.."; c'est exactement ça !

  • Troncarbre

     La science aujourd'hui est en ébullition. Sur des sujets majeurs de société comme la santé ( fallait-il acheter autant de vaccins H1N1 ?), l'alimentation et l'agriculture ( les OGM c'est bon ou c'est pas bon ?), les arguments et contre-arguments des uns contre les autres laissent une drôle d'impression. Pour le grand public, cela devient difficile de se faire une opinion; alors on a tendance à se laisser convaincre par ceux qui parlent le plus fort.

    C'est le thème de l'ouvrage de Jean Staune, " La science en otage" : il démonte ces controverses, va jusqu'aux sources des uns et et des autres, et tente de comprendre les mécanismes qui font de la science l'otage de positions idéologiques.

    Le sujet qui, forcément, est particulièrement chaud, c'est justement…le réchauffement climatique.

    C'est une véritable guerre entre ceux qu'il appelle "les réchauffistes", qui prouvent et reprouvent que la Terre se réchauffe de plus en plus; et les anti, ceux qui font tourner le débat Allègre, que Jean Staune appelle les "climato-sceptiques"..

    En allant rechercher les statistiques et études à la source, Jean Staune nous apprend ainsi que s'il est vrai que la Terre s'est bel et bien réchauffée au cours du XXème siècle, elle ne se réchauffe plus depuis 10 ans. Et personne n'analyse le pourquoi de ce phénomène, ni ne communique dessus, et surtout pas les "réchauffistes", de peur de casser leur argumentaire sur les risques du réchauffement. Autre élément, qui fait complètement partie des argumentaires communiqués, il n'existe pas de preuve que ce réchauffement soit dû à l'activité humaine.

    Ce qui est intéressant, c'est de suivre Jean Staune quand, tel un Colombo de la science, il va traquer les failles des thèses et démonstrations des scientifiques.L'histoire de l'arbre le plus important du monde m'a bien plu.

    Un scientifique, Keith Briffa, membre du Climate Research Unit, Département du GIEC, a fait paraître une étude en 2000, qui analysait la variabilité du climat grâce à l'étude des cernes de croissance d'arbres particulièrement bien conservés grâce au grand froid, dans la péninsule sibérienne. En effet, plus il fait chaud, plus les cernes sont écartés, et inversement quand il fait froid.

    Cette étude a ainsi "montré" que le climat a été un peu près stable, en Sibérie, avant de connaître une accélération brutale sur les cinquante dernières années.

    Keith Briffa ayant publié non seulement l'étude, mais également donné accés aux données qui lui ont permis d'arriver à cette conclusion, d'autres scientifiques ont essayé de refaire les calculs. C'est le cas de Stephen McIntyre. Il s'est alors aperçu, je cite Jean Staune :

    Parmi les dizaines d'arbres disponibles dans le lieu étudié, Briffa n'en a sélectionné qu'une douzaine, et ce sont précisément ces douze arbres qui expliquent la variation de la courbe. Bien plus, un seul de ces arbres est à lui seul responsable de l'essentiel du résultat, puisqu'il s'écarte de la moyenne de huit écarts types. Ce qui fait dire à Stephen McIntyre que c'est l'arbre le plus important du monde, puisqu'il permet de montrer que la température que nous avons connue ces dernières décennies est exceptionnelle.

    Le propos de Jean Staune n'est pas de soutenir une thèse plutôt qu'une autre, mais plutôt de nous faire partager son étonnement : comment se fait-il que sur des sujets aussi importants des scientifiques en arrivent, pour soutenir ou infirmer telle ou telle thèse, à produire des études avec de tels biais et déformations. La science est "en otage" parce que des intérêts économiques viennent se m^ler à la recherche. Les lobbyes pétroliers veulent soutenir les "climato-sceptiques", les écologistes, pour répondre aux lobbys, veulent en faire trop pour défendre leurs thèses.

    Ce qui conduit à décrédibiliser les défenseurs des deux thèses; les climato-sceptiques, comme les réchauffistes, ont alors tendance à vouloir en faire trop. A affirmer avec certitude des hypothèses qui ne sont pas complètement établies.

    Ce qui le conduit à en appeler à une nouvelle science, plus innovante, ce qu'il appelle "une science révolutionnaire", celle qui permet de changer de paradigme, de développer des idées radicalement nouvelles. Il regrette, avec d'autres auteurs qu'il cite, que la pratique scientifique d'aujourd'hui ne forme que des artisans et non des visionnaires. Des artisans qui, de plus, se mettent parfois au service de causes qui leur font perdre leur crédit.

    Il sent que cette affaire va assez loin, et influence les écoles et universités, car ceux qui évaluent les étudiants sont les adeptes de ce que l'on appelle " la science normale", et désirent voir les étudiants se comporter et raisonner comme eux, c'est à dire des gens brillants mais non innovants.

    Intéressante conclusion puisque l'on retrouve, dans cette analyse de la science, des comportements, et des critiques, qui sont précisément les mêmes que celles que l'on ressent dans d'autres disciplines, et dans le management de nos entreprises. La vision du monde produite par la science, et celle qui impreigne son enseignement et sa pratique, est aussi facteur d'influence pour nos pratiques de management.

    Méfions-nous des arbres de Sibérie…Ce sont eux qui peut-être, nous empêchent d'être innovants.

  • Science

    Un lien entre la science, notre vision du monde, et le management, nos organisations d'entreprises ?

    Drôle d'idée ?

    Ou bonne idée ?

    Pour avoir la perception scientifique du sujet, voir ma chronique du jour sur "Envie d'entreprendre".

    J'y parle de ma rencontre avec Jean Staune, qui sera mon invité lors d'une prochaine conférence privée de PMP sur "l'innovation managériale", qui s'annonce passionnante.

    J'en rendrais compte à ce moment, ainsi que PMP Innovation sur Twitter et Facebook.

  • Intuition

    " Les entrepreneurs ont une expression favorite : grosso modo; car pour eux c'est la vision large et l'intuition qui comptent"; Celui qui me dit ça, et qui aime bien lui-même employer cette expression – " grosso modo" – c'est Jacques Birol, qui vient de publier un ouvrage rafraichissant et agréable à lire : " 52 conseils éternels d'aprés les maximes de Baltasar Gracian". En plus du livre, il y a aussi un site plein de videos intéressantes.

    Il va inaugurer une rubrique sur la Web TV du syndicat Syntec Conseil en management, sur les " coups de coeur" du jury, dont je fais partie, pour des ouvrages de management.

    Ce Baltasar Gracian, c'est un jésuite espagnol du XVIIème siècle, auteur d'un vrai "best seller", "L'homme de cour", qui est, pour jacques Birol, un des visionnaires précurseurs du changement.

    Les "52 conseils" sont tirés directement des 300 maximes de Baltasar Gracian, avec pour chacune un commentaire, une interprétation, qui constituent autant de conseils aux entrepreneurs et aux innovateurs d'aujourd'hui.

    Toute cette vision, selon Jacques Birol, est dans la première maxime qu'il a sélectionnée :

    " Il faut aujourd'hui plus de conditions pour faire un sage, qu'il n'en fallut anciennement pour en faire sept : et il faut en ce temps plus d'habileté, pour traiter avec un seul homme, qu'il n'en fallait autrefois, pour traiter avec tout un peuple".

    Que dirait-il aujourd'hui ? Ce que Jacques Birol retient de cette maxime, c'est que décider "en toute connaissance de cause", grâce à la réflexion rationnelle, c'était difficile au XVIIème siècle, c'est impossible aujourd'hui. Plus nous avons accés aux connaissances, moins nous sommes capables de savoir. J'avais déjà évoqué les réflexions de Benjamin F. Jones, qui trouvait lui aussi que les épaules des géants sont de plus en plus hautes, et craignait une panne de l'innovation.

    Ce que nous dit Baltasar Gracian, c'est que nous devons toujours décider dans l'incertain, avec nos émotions, et que c'est d'ailleurs la seule façon de décider. Réfléchir, peser le pour et le contre, chercher toujours plus de connaissances pour décider, voilà la meilleure façon de ne rien décider et de ne jamais innover. C'est ce que Antonio R. Damasio a appelé "L'erreur de Descartes : la raison des émotions".

    Cette mise en jeu des émotions, c'est celle qui nous fait concevoir un rêve, comme une inspiration; tout n'est pas prévu, il y a des zones qui restent floues; et ce sont les échanges, les conversations, les rencontres qui vont permettre à l'entrepreneur et à l'innovateur de préciser ce rêve et de le transformer en réalité, parfois en le changeant, car pour démarrer il a livré une idée, un business model,qu'il a imaginé "grosso modo".

    Voilà, "grosso modo", ce que je retiendrais de cette conversation avec Jacques Birol de ce jour.