• Soldats

    J'en suis encore tout ébahi.

    L'armée des soldats de terre cuite, les 8000 guerriers, découverte dans le tombeau du premier empereur de Chine, près de Xian, l'empereur Ts'in Che Houang-ti , sont des faux.

    Pour moi qui m'était extasié lors de cette visite il y a quelques années, devant ces statues impeccables, au patrimoine de l'Unesco, quelle désillusion !

    c'est Jean Levi qu révèle l'imposture dans son livre " La Chine est un cheval et l'Univers une idée".

    Cette armée de 8000 soldats d'argile qui a été exhumée il y a maintenant trente ans du tombeau du Grand Empereur est entièrement constituée de faux fabriqués à la chaîne à l'époque de Mao. Selon Jean Levi, " il ne s'agit pas de reconstitutions maladroites, car trop poussées, mais d'une pure et simple falsification".

    Car le tombeau en question a été rasé, pillé, brûlé, par le général Hsiang Yu lorsqu'il pénétra à l'intérieur des passes du Qin et s'empara de la ville.

    Dans ces conditions, " l'armée de terre cuite ne pouvait être qu'un monceau de débris calcinés, impossibles à reconstituer. Or, quand on les voit maintenant, tous les guerriers sans exception sont dans un état de conservation parfaite."

    Personne n'en parle. toute la planète fait semblant. Incroyable non ?

    Le plus incroyable, c'est comment on a reconstitué ces guerriers :

    " Les statues ont été refaites, non pas d'aprés l'original, dont on ne peut rien connaître, mais d'aprés l'idée que les cadres butés du Ministère de la Culture se font d'une statue funéraire du Premier Empereur – ce que le Grand Timonier aurait commandé pour lui, si au lieu de vivre au XXème siècle il était mort au IIIème siècle avant notre ère. Leur facture anachronique a d'ailleurs frappé tous les spécialistes, sans qu'ils en tirent les conséquences qui s'imposaient.

    Il s'agit d'un travail moderne, éxécuté à la chaîne par des armées de forçats contemporains, dans des fours du XXème siècle, sous la surveillance de bureaucrates maoïstes. L'on ne peut qu'être saisi par la parenté entre les guerriers Ts'in du mausolée de Ling-tong et les productions du réalisme socialiste. Le modèle dont se sont inspirés les artistes chinois me paraît être une statue en bronze de Lénine fondue en 1937".

    Bon, une fois avalée cette histoire, on se demande forcément : pourquoi ?

     Pourquoi est-ce que cette imposture marche aussi bien, personne ne venant la mettre en cause. C'est une véritable unanimité sur ces merveilleux guerriers. Et tout le monde les admire, quand ils se promènent dans tous les musées de la planète.

    Jean Levi, forcément, donne son explication, particulièrement effrayante :

    " Le faux est devenu fait historique par simple décision d'Etat, avec la complicité de toute la planète qui a collaboré avec zèle à cette entrepise de mystification. Les statues ont trouvé dans l'homme moderne un terrain particulièrement réceptif. Notre époque aime la laideur. Si les gigantesques crottes de terre cuite du mausolée de Ling-tong ont pu rencontrer l'adhésion unanime tant du public que des esthètes, c'est qu'elle flattaient le mauvais goût général. Ces statues portent l'empreinte d'un matérialisme obtus et épais aux antipodes de l'esprit des Royaumes Combattants. C'est parce qu'elles sont frappées du sceau irrémédialbe de l'esprit petit-bourgeaois qu'elles remuent nos contemporains de cette façon.".

    Ce qui plaît, et qui explique l'admiration du grand public, c'est aussi la quantité, le grand nombre :

    "Nous vivons aujourd'hui sous la tyrannie des grands nombres. Produit et vecteur de fabrication en série, la foule, qui veut un monde à son image, tient le nombre pour une des dimensions nécessaires de l'esthétique. Investi d'une sorte de sacralité technoscientifique, lui seul peut suppléer désormais à la perte de l'aura de l'oeuvre d'art".

    Ces guerriers trés lisses, trés industriels, ils sont également, selon Jean Levi, en perfecte adéquation avec le goût de la multitude (j'ai l'impression que cet auteur n'aime pas trop la foule; un côté un peu snob, on dirait..) :

    " Les soldats de Ts'in Che Houang-ti impressionnent non parce qu'ils sont le fruit du génie humain, mais parce qu'ils portent la marque mécanique de la production à la chaîne. Le siècle a flairé avec une intuition trés sûre le caractère industriel de leur fabrication. Comme il n'a pu qu'être sensible à la modernité de la facture. Ces guerriers façonnés au IIIème siècle avant notre ère pourraient être d'aujourd'hui, s'est-il émerveillé. Ils ne portent aucun stigmate temporel : ni fêlures, ni usure, ni patine ne les déparent. Ils brillent comme des sous neufs. Pas plus que leur réalisme consternant ne propose une autre vision du visage humain, plus spirituelle ou plus épurée. On peut être sûr qu'aucune âme ne les habita jamais".

    Jean Levi va encore plus loin en considérant que nous sommes aujourd'hui dans le mythe de la perfection du présent. Le passé, qaund il subsiste, ne peut être considéré que comme un simili :

    " Il est un faux passé, reconstruit de façon à en fournir une image édulcorée et remaniée, acceptable pour l'homme d'aujourd'hui, même si et surtout si cette édulcoration se présente sous les traits du gigantisme".

    Dans cette histoire, telle que décrite et commentée par Jean Levi, on se sent vivre, piégé, victime consentante,  dans un monde façonné par des faussaires..

    Et si le faux a l'air aussi vrai, ne va-t-on pas finir par croire que le vrai, lui, devient de plus en plus faux ?

  • Decor

    Je recevais cette semaine, pour le cycle d'échanges de PMP sur l'Innovation Managériale, Lin Cheng, dirigeant Europe du groupe chinois ZTE, et Chloé Ascencio, spécialiste du management en Chine, et auteur de "Être efficace en Chine, le management à l'épreuve de la culture chinoise".

    Echanges intéressants sur le sujet : Comment manager ensemble culture chinoise et cultures européennes ?

    Je retiendrai notamment une remarque sur cette histoire de cultures et de nationalités.

    Dans les échanges dans l'entreprise, entre ceux qui sont français, ceux qui sont allemands, ceux qui sont chinois, il peut y avoir un risque que chacun se sente dans un rôle où il va sur-jouer une carctéristiuqe valorisante de l'imagerie de son pays.

    C'est que Lin Cheng a joliment appelé "dresser un décor".

    Quand je suis allemand, je dresse le décor de la qualité allemande, de la rigueur, du sérieux, et je fait la promotion de ce décor, car je suis allemand, et il me permet de me valoriser en valorisant les caractéristiques allemandes.

    Quand je suis chinois, je vais dresser le décor d'une Chine toute en harmonie, le yin et le Yang, et plein de caractéristiques de ce qui fait toute la bonne réputation de cette culture chinoise, et là encore, je vais m'installer dans ce décor, qui va me valoriser en tant que chinois.

    Dans un tel système, les décors ainsi dréssés ne sont bien sûr pas la vraie Allemagne, ni la vraie Chine, ni la vraie France. C'est juste un jeu d'oppositions, de comparaisons, de fausses valeurs.

    Lin Cheng ,conscient de ce risque pour son entreprise où se côtoient justement de nombreuses nationalités, prône plutôt le respect des autres et des individus; il n'y a pas de modèle unique, qui serait le reflet de l'efficacité.ni de modèle des uns qui devrait s'imposer aucx autres. Pas de soumission des minorités à une majorité, contrairement à .

    L'efficacité du management interculturel, c'est précisément de ne pas vouloir imposer des règles et des procédures identiques partout. Les gaps culturels entre les uns et les autres sont un fait, ils existeront toujours, mais, dans l'entreprise, nous avons des objectifs communs; et c'est en restant ouverts aux autres méthodes, aux méthodes de ceux qui viennent d'une autre culture que moi, que nous allons trouver les clés pour le succés du management.

    Et c'est en veillant à ne pas dresser des décors que nous trouverons la sincérité et l'authenticité des relations de management. Opposer les chinois aux européens ne peut pas mener bien loin, même si Lin Cheng reconnaît qu'il a eu tendance, au début, à se comporter comme un chinois avec les chinois, et comme un allemend avec les allemands (en leur parlant de qualité, puisqu'ils aiment ça). Maintenant il essaye de faire tomber les décors.

    Oui, cette expression (qui fait vraiment chinoise je trouve), de "dresser les décors", elle m'est restée en tête comme un antidote.

    Nota : Vous pouvez suivre l'actualité de PMP Innovation sur Facebook  et sur Twitter .

  • Cerf

    Dans son dernier livre d'essais, Jean Levi ( " La Chine est un cheval et l'Univers une idée"), relate cette anecdote tirée de l'histoire de la Chine :

    " Aprés avoir éliminé le Premier Ministre Li Sse, l'eunnuque Tchao Kao occupa son poste et eut la haute main sur l'administration. Sûr de détenir les leviers du pouvoir, il décide de brusquer les choses en montant une comédie. Il présente un cerf à son souverain et déclare : " Tenez, Sire, je vous offre ce cheval." Le souverain rectifie le lapsus de son ministre, mais celui-ci insiste : "Voyons! Majesté, c'est un cheval". Et comme une bonne partie de la cour est là pour appuyer ses dires, le souverain finit par douter du témoignage de ses sens.

    Dans la mesure où il s'est déjà saisi des rênes de l'Etat, Tchao Kao peut appeler un cerf un cheval. Et de cette maîtrise sur les désignations – signe de sa domination absolue sur les hommes – Tchao Kao va user habilement pour écarter l'empereur de la cour sous prétexte qu'il a perdu l'usage de la raison et l'enfermer dans un domaine campagnard où il sera totalement à sa merci. La garde impériale, sur ordre de l'ennuque, exécutera l'infortuné monarque quelque temps plus tard sans que nul ne s'en émeuve".

     Désigner, donner des noms aux choses, aux faits, c'est gouverner; c'est détenir le pouvoir; telle est la leçon de cette anecdote.

    Comment ne pas évoquer ce qui se passe dans nos entreprises, en ce moment, dans les discours des dirigeants.

    " Nous avons fait une excellente année", même si les résultats ne sont pas si terribles que ça; il suffit que le chef désigne le cheval pour que tout le monde oublie le cerf.

    C'est vrai que le pouvoir des mots est extrêmement fort; écoutons ces discours de fin d'année et de voeux, toujours bien arrangés, et on comprend que cela n'a pas trop changé depuis Tchao Kao.

    Et pour se sortir de cette tendance ce n'est pas si simple. Et le veut-on ?

    Revenons à Jean Levi :

    " Tout système de domination, pour être accepté durablement par ceux sur qui il s'exerce, doit se revêtir d'un voile, du voile trompeur des mots à l'abri duquel les supérieurs peuvent opprimer, pressurer, et faire trimer leur peuple à leur guise, en toute bonne conscience, abusés qu'ils sont eux-mêmes par les mensonges d'une propagande où rien n'est jamais désigné par son nom. "

    Car cette remarque que j'ai prise pour évoquer les discours dans l'entreprise, elle est encore plus vive si l'on regarde du côté des politiques et des gouvernants; et des discours des plus hauts représentants de l'Etat (suivez mon regard).

    Jean Levi est catégorique :

    " L'évolution du monde actuel où la domination sur les hommes passe par la fausse dénomination des choses, montre bien qu'en politique, il faut toujours appeler un cerf un cheval".

    En politique seulement ?

    Pas sûr….on pense à plein d'autres cas, non ?

    Bons discours de début d'année : il suffit d'appeler le cerf cheval…

  • Trois

    Aujourd'hui, "Envie d'entreprendre" publie ma chronique mensuelle.

    Cela parle d'innovation.

    Comment réussir l'innovation ?

    C'est quoi les critères et conditions de succès ?

    La réponse grâce à la preuve par trois.

    C'est ICI.

  • Herb_ritts_a

    2011, l'année qui commence par un week-end, ça commence bien; ça va être cool, comme on aime ?

    Ho la, détrompez-vous !

    L'année 2011, ça va être dur, dur, dur.

    On est passé, paraît-il au "New Normal" ; c'est Obama qui l'a dit dans une interview en novembre, et depuis, aux etats-Unis, on n'arrête pas : le "New Normal" ça veut dire que on aura le profit dans les entreprises (enfin parfois), la croissance, mais pas de jobs et d'emplois pour autant, car on pourra faire plus avec moins de monde.

    Et puis, l'occident est passé à la périphérie du monde; c'est au tour de l'Est, de l'Asie, de la Chine, de faire son tour.

    Alors, forcément, dans cette ambiance, on oublie l'insouciance, les frivolités.

    C'est le New York Times , sous la plume du chroniqueur Guy Trebay, observateur attentif de la mode, qui a repéré le truc : la mode des garçons un peu éthérés, les styles Dior, genre costume taille XS, les jambes et les bras épais comme des cure-dent, fini !

    Maintenant, pour affronter les temps difficiles, la mode et les podiums veulent revenir aux valeurs sûres, aux hommes, aux vrais.

    Tout y passe, la mode, les photographes. Herb Ritts, celui que l'on connaît pour cette photo de l'homme qui tient deux pneus, trés costaud (voir photo qui illustre ce post), oui, il revient à la mode.

    Ce qi'on recherche maintenant, ce sont les marques "authentiques", les travailleurs manuels. Dans les publicités et les défilés, les hommes deviennent plus hirsutes, larges d'épaules, avec de la maturité.

    Un directeur de création publicitaire le confesse au New York Times : " C'est une réaction à la situation économique, confortant, comme la cuisine de grand-mère. Quand les temps sont durs, on a besoin de mâles".

    Un directeur de casting en rajoute : " Lorsque nous faisons un casting, nous voulons un mannequin avec de la substance, et du vécu. Quelqu'un qui a un peu vielli et qui se considère comme un homme".

    Dans les styles vestimentaires de l'entreprise, cette tendance, paraît-il, va se traduire par un peu moins de relâché, un peu plus de tenue; on met un costume pour les entretiens d'embauche; on se rase; on se tient plus droit. Tout un tas de petites choses qui vont dans la même direction : du maintien.

    Dans nos entreprises aussi, on va peut-être retrouver ce besoin de matérialité, et pourquoi pas d'éthique, de morale.

    A l'heure où tout a l'air virtuel, où Facebook devient le meilleur endroit pour une rencontre, et si on retrouvait ce besoin d'authentique, de cassoulet et de choses bien matérielles ?

    Comment cette tendance va-t-elle influencer nos manières de gérer nos entreprises et de manager nos collaborateurs?

    A suivre….

  • Jeuneetvieux

    Pourra-t-on encore innover en 2011 ?

    Drôle de question; mais réfléchissons-y.

    Pour innover, ne faut-il pas déjà avoir assimilé toutes les connaissances préalables déjà découvertes par ceux qui nous ont précédé ? C'est Newton qui disait "Si j'ai vu plus loin que les autres, c'est que je me suis placé sur les épaules de géants".

    On imagine bien, en effet, que ceux qui veulent produire de nouvelles idées dans un domaine doivent déjà investir le temps nécessaire, souvent considérable, dans l'apprentisage des savoirs existants dans leur discipline.

    Dans ce cadre, il n'est plus possible d'être le "touche à tout" comme Léonard de Vinci; non, aujourd'hui, le mot c'est : spécialisation. C'est en se spécialisant de plus en plus que l'on progresse.

    Et pour que l'on puisse couvrir des champs d'analyse suffisamment larges, et bien il faut que les innovateurs travaillent en équipe, chaque membre de l'équipe avec sa spécialité. Mais cette collaboration est forcément plus coûteuse, plus compliquée à organiser, que la recherche individuelle. Et on est oligé d'imaginer des méthodes, des process, pour la recherche d'idées innovantes, qui peuvent être moins productives.

    D'où l'inquiétude de certains : Et si tout cela conduisait à ce que la capacité de l'humanité à innover aille en s'amenuisant ?

    Cédric Argenton, dans le numéro d'Automne de la revue "Commentaire", aborde ce sujet, en référence à un article d'un professeur de l'Université Northwestern, Benjamin F. Jones.

     S'appuyant sur un historique des dépôts de brevets américains, Jones démontre que, au cours du temps, l'âge lors de la première invention, le degré de spécialisation des innovateurs et la taille des équipes de recherche ont augmenté de manière substantielle. C'est ce qu'il appelle la "malédiction du savoir" : les agents réagissent à l'accroissement continu du stock de connaissances à assimiler par une durée plus longue d'études et une spécialisation de plus en plus grande.Du fait de cette "malédiction", il devient de plus en plus dur de se porter à la frontière des connaissances; la compétition entre chercheurs augmente, et les capacités d'innovation diminuent du fait de la spécialisation poussée.

    Ce modèle de Jones fonctionne comme un filet où la pêche aux idées devient de plus en plus difficile : une fois pris les premiers poissons, la chance d'en attraper d'autres s'amenuise. Cet effet ne peut être compensé que par un constant effort de resserrement des mailles du filet.

    Ce modèle de la malédiction, il repose en fait sur l'hypothèse que la spécialisation serait en fait l'ennemi de l'innovation; et que c'est en perdant les visions d'ensemble que l'on devient maudits.

    Cette hypothèse peut encore être interrogée, comme le remarque Cédric Argenton dans son commentaire.

    Et il souligne un enjeu trés important, dans le cas où ce modèle aurait du sens : Un des objectifs cruciaux de l'innovation pour demain sera de maîtriser le taux auquel une génération transfère ses connaissances à la suivante, ainsi que la capacité des individus à collaborer au-delà des barrières disciplinaires.

    Des sujets que l'on a encore peu abordé, malheureusement, dans les discussions agitées par le débat sur les retraites en France en 2010…Un bon sujet pour 2011 alors.

  • Majorite

    La décision dans l'entreprise, certains sont convaincus que c'est une affaire individuelle; on réfléchit à plusieurs, mais on décide seul. C'est la thèse de mon ami Olivier Zara.

    Pourtant, la décision collective, c'est celle qui s'applique quand il s'agit de choisir à plusieurs la meilleure option entre deux ou plusieurs alternatives. Alors, on vote. Comme pour élire le Président de la République, un député, mais aussi pour voter dans les conseils d'administration, et en certaines occasions solennelles dans l'entreprise.

    Et là, une règle s'applique le plus souvent, mais pas toujours, qui est devenue tellement habituelle qu'on ne la challenge plus, c'est ce qu'on appelle la "règle de la majorité" : c'est celle qui dit que, à l'issue d'un vote, une majorité se dégage (qui a recueilli plus de la moitié des voix plus une au minimum), et alors la minorité doit se soumettre sans discuter à l'opinion de la majorité.

    On retrouve cette règle dans les régimes démocratiques, même si on peut avoir l'usage de la règle de la majorité dans des régimes pas forcément démocratiques pour autant, et inversement. Par exemple, le premier tour de la Présidentielle en France n'utilise pas la règle de la majorité pour décider du vainqueur; c'est le deuxième tour seulement qui prend en compte la règle de la majorité pour désigner le vainqueur.

    Pour réfléchir à cette question, l'AJEF (dont j'ai déjà rendu compte de conférences brillantes ICI et ICI), avait invité Philippe Urfalino, professeur au CNRS et à l' EHESS, pour nous parler de : " Vivre ensemble : pourquoi la minorité doit-elle se soumettre à la majorité ?".

    Philippe Urfalino a commencé par balayer de la main les justifications qu'il qualifie de légères et non convaincantes.

    Les justifications qui n'en sont pas : trois idées fausses

    Une première idée répandue est que la majorité s'imposerait comme une évidence  : La règle de la majorité serait en fait une règle par défaut; la perfection étant le consentement de tous, l'unanimité, mais celui-ci ne pouvant être atteint, on se rabat sur la majorité, c'est la règle qui ferait le moins de mal. en fait, rien ne dit que cette règle a permis de prendre la meilleure décision, conc, on peut contester cette justification, ce que fait Philippe Urfalino.

    Deuxième idée, la règle de la majorité serait une protection contre la violence; elle permettrait de régler les rapports de force sans faire la guerre; c'est ce que l'on appellerait "le droit du plus fort"; mais là encore, Jean-Jacques Rousseau vient à notre secours pour nous signaler que rien ne dit que le plus fort est celui qui a raison, et a encore moins un droit; on peut parler de règle du plus fort, mais absolument pas du "droit" du plus fort; dans la philosophie rousseauiste, le plus fort n'a pas plus de droit que le plus faible.

    Troisième idée combattue par Philippe urfalino, la règle de la majorité serait la règle de l'égalité. C'est le principe "un homme, une voix" , tout le monde a le droit de s'exprimer. Et le choix s'impose. Là encore, Philippe Urfalino nous ouvre les yeux sur cette pseudo règle d'égalité qui n'est basée que sur le seul nombre. Ce qui est loin d'être évident. Il nous a rappelé la règle en vigueur dans l'église médiévale, pour régler les élections dans les ordres monastiques : selon la règle de Saint Benoît, c'est l'unanimité qu'on espérait, dictée par l'Esprit Saint. Et quand l'Esprit Sain n'était pas assez inspirant, c'est à dire la plupart du temps, on adoptait une règle où l'on accordait la décision à la "meilleure part", c'est à dire qux plus "sages qui n'étaient pas forcément les plus nombreux. Il fallait donc cette sagesse en plus pour se déclarer vainqueurs, et non le nombre (pas facile, c'est vrai, d'en faire une règle incontestable).

    De nos jours, on a oublié cette histoire d'avis "des sages", pour donner de plus en plus d'importance au seul critère du nombre, avec son aboutissement dans la notion de "suffrage universel" où n'importe qui, même le moins "sage", a une voix (ce qui a fait l'objet de grands débats politiques lors de son adoption – rappelons nous les révolutionnaires qui avaient décidé qu'il fallait être propriétaire pour voter, et c'est Napoléon III qui fera voter les paysans en 1848, et De Gaulle qui fera voter les femmes en 1944, Giscard d'Estaing fera voter le droit de vote aux jeunes de 18 à 21 ans en 1974;).

    Alors, pour nous aider à mieux comprendre la justification "juste" de la règle de la majorité, Philippe Urfalino nous a livré les théories de deux penseurs du sujet : Condorcet et Kelsen.

     

    (suite…)

  • Discipline

    Discussion cette semaine avec un dirigeant d'une entreprise chinoise implantée en Europe, et une spécialiste du management dans la culture chinoise.

    Le sujet, c'est : qu'est ce qui est différent chez les chinois en terme de management, lorsqu'ils sont "mélangés" avec des non chinois ? Dans l'entreprise en question, il y a 40% de chinois (surtout parmi les chefs) et 60% de non chinois.

    Chez les chinois, ce qui compte, c'est la personne et la relation que les personnes ont entre elles. Ainsi, pour un collaborateur subordonné, le principal est de flatter le chef, de ne jamais le contredire; Et la hiérarchie est de première importance.

    Ainsi, une réunion avec des chinois : le premier qui parle c'est le moins gradé, puis la parole est du moins gradé au plus gradé; à grade égal, le dernier mot revient à celui qui est dans le grade depuis le plus longtemps. Dans cette réunion, personne ne va dire qu'il n'est pas d'accord; pour exprimer ce qui pourrait être un désaccrod, il convient de ne rien dire, ou bien de parler d'autre chose. C'est à ces signaux faibles et subtils, mais qu'un chinois prend l'habitude de repérer, que l'on comprend ce qui se passe.

    En fait, dans ce genre de réunions, il ne se décide rien; juste un échange formel de respect hiérarchique.

    Alors, forcément, le dirigeant évite de mettre des français dans les réunions "de chinois".

    Les chinois voient d'ailleurs les réunions avec les français comme pas du tout efficaces : les français, vus par les chinois, parlent beaucoup en réunion, aiment le débat, mais ils n'écoutent pas; ils se disputent; il n'y a pas d'harmonie.

    Toute notion de consensus, qui pourrait sembler ressortir des réunions de chinois qui ne se contredisent pas, est, aux yeux des français, perçue comme suspecte. Essayez d'imaginer un adjectif qui irait particulièrement bien aprés le mot consensus..

    UN consensus….

    Et oui, vous l'avez dit : un consensus mou. C'est à dire une situation d'a peu près, de faible mobilisation des équipes, d'efficacité pas terrible.

    Alors, finalement, c'est quoi la bonne réunion ?

    Le dirigeant ne tranche pas, car l'harmonie c'est bien; cet échange de bonnes paroles, cela permet de garder ce sens des relations, le respect de la famille.Dans la culture chinoise, les relations interpersonnelles sont prépondérantes.

    Mais le débat, c'est ce qui fait progresser; c'est ce qui permet de fixer des challenges, d'envisager des alternatives auxquelles on n'aurait pas pensé tout seul. A conditions que ça soit pas le bazar.

    Bon, le mot "harmonie", trés chinois, on retient.

    On ajoute dialogue, dynamique, brainstorming.

    On enlève le bazar.

    Le mélange reste à inventer; à expérimenter.

    Et si l'on mettait un peu de chinois dans nos réunions françaises ? L'harmonie ?

  • Innovationparticipative

    Pour innover dans l'entreprise, dans nos organisations, tout le monde est d'accord : il faut faire participer le plus grand nombre, aller chercher les idées partout, parmi les clients, parmi les salariés, parmi les partenaires (et pourquoi pas les consultants, qui bénéficient particulièrement de cet engouement..).

    Marie-Anne Brodschii, Directrice de l'Innovation chez Veolia, rencontrée cette semaine, porte particulièrement bien ce discours. Les idées, les initiatives sur l'environnement, les matériaux, les technologies, les biotechnologies, elles sont mondiales, autant en Asie qu'aux Etats-Unis ou en Europe. Et les innovations viennent de plus en plus de petites entreprises, et non des grands laboratoires et centres de Recherche des grands groupes. Et les investisseurs s'y intéressent de plus en plus; le secteur des cleantechs est devenu le premier secteur des investisseurs privés aux Etats-Unis.

    C'est cette prise de conscience qui a conduit Veolia à lancer son programme "Veolia Innovator Accelerator". Ceal consiste à ouvrir les portes aux start-ups qui souhaitent apporter leurs idées et services, via une plate-forme de recherche.

    Le process tient en trois chiffres : 1 – 4 – 12.

    1 : en une semaine, toute start-up qui se présente ave son idée, ou service, se voit répondre sur l'intérêt pour Veolia.

    4 : En quatre semaines, le projet est approfondi, et les possibilités de coopération identifiées d'un point de vue technologique et solution; Veolia ne prend pas de participation financière, ni n'achète les brevets; son rôle est de faciliter l'accès au marché, via ses usines et implantations dans le mondes (usines de traitement des eaux, de traitement des déchets, …).

    12 : Douze semaines pour réaliser la Business Review par Division.

    L'investissement s'est fait sur la facilité du contact (guichet unique pour entrer en contact avec Veolia, pour ne pas dissuader les jeunes entreprises qui ne comprennent pas le fonctionnement des grandes), et sur la rapidité des réponses et décisions (car, là encore la grande entreprise est souvent associée à la bureaucratie, la lenteur des processus).

    Le programme, encore jeune, reste à compléter, en impliquant plus les salariés de l'entreprise (et faciliter ainsi l'"intrapreneurship" des salariés, qui peuvent, avec leurs idées, devenir eux-aussi des créateurs d'entreprise innovante).

    A comléter aussi pour permettre de lancer des appels à idées sur des thèmes précis, et non se contenter d'attendre que les start-ups viennent frapper à la porte.

    Faire coopérer aussi les clients, les citoyens, qui, eux aussi, veulent de plus en plus se faire entendre et, surtout, écouter.

    L'enjeu, maintenant, c'est, on le sent bien en écoutant les expériences concrètes des entreprises, et leurs projets, de mieux intégrer l'ensemble des sources d'innovation, et les sources des idées et projets (clients, salariés, responsables de la Recherche, responsables Innovation, partenaires publics et privés, consultants).

    Ce sont, là comme dans de nombreux domaines, ceux qui auront les meilleures capacités d'agir en intégrateurs qui maîtriseront les innovations et les ruprtures, et bénéficieront de l'intelligence collective en action.

    Intégrateur pour ouvrir l'innovation : un métier d'avenir; une envie d'échanges et de réseaux; on embauche…

  • Objectif

    Aujourd'hui ma chronique sur "Envie d'entreprendre" est consacrée à une activité que l'on pratique en cette fin d'année dans les entreprises et les foyers : faire le bilan de l'année, fixer de nouveaux objectifs.

    Et analyse une des conditions pour bien formuler et atteindre ses objectifs : le désir.

    Désir d'en savoir plus ?

    C'est ICI….