• Coule Une rencontre, cette semaine, qui m'a marqué.

    C'est le Directeur Europe d'une Division d'un grand groupe industriel. Il est en plein marasme, comme beaucoup d'autres à la même place que lui, dans des Divisions de grands Groupes industriels du même genre : l'activité a baissé vertigineusement en 2009, de 20 à 40% selon les pays et les segments de produits. Il a préparé le Barco, il pilote tout depuis son ordinateur. Il me montre la courbe à l'écran, ça ressemble à une piste de ski de Vancouver…C'est en bleu, en rouge, en noir, il y a des chiffres autour, en-dessous, au-dessus; et derrière ces  chiffres, il y a des emplois qui sautent, des managers qui se font sortir.

    Quel âge a-t-il, lui ? un âge suffisamment mûr pour être sur la sellette quand les résultats ne sont pas là. Je le sens anxieux, en sur-activité, on pourrait dire stressé. il me reçoit en retard, aprés m'avoir fait attendre dans le couloir environ un quart d'heure; il parle dans son bureau; j'attend.

    Il vient de faire un "road show", comme il me le dit. Cela a consisté à rencontrer les cadres dans toute l'Europe, avec ces courbes noires et rouges sous le bras, dans la clé USB, et les Powerpoint qui expliquent bien tout. C'est impressionnant.

    Il  est en chemise, plutôt agité, on dirait qu'il a chaud (au propre et, je pense, au figuré). Il agite sa jambe droite, un peu comme lui (lui, c'était la jambe gauche), il me fait penser à lui d'ailleurs.Il s'agite beaucoup, tout est rapide. Il connait tous les chiffres, tous les détails par coeur; le discours est nickel; Regardez, j'ai tout prévu, j'ai compris; et en même temps je sens comme une angoisse. C'est physique.

    Puis il me présente les "plans d'actions" : il y en a  partout; plein de couleurs, des noms anglais, ça s'appelle "Fast ". L'idée, on le comprend vite, c'est de redresser la barre; mais au fur et à mesure que le chiffre d'affaires s'effondre, même en réduisant les coûts de plusieurs millions d'euros, on reste en pertes. Et le budget 2010 est en pertes. Alors le programme "Fast ", avec des économies ici, des réductions là, on se retrouve à l'équilibre. Il me débite ces slides à toute allure, moi aussi je fais partie du "road show". J'ai le sentiment d'entendre quelqu'un en  détresse, mais qui veut sauver la face.

    Et puis il se calme un peu, et vient la question : "peut-être qu'il existe encore quelque chose à laquelle je n'ai pas pensé, qui existe dans une entreprise qui ressemble à la mienne, alors, vous, le consultant, si vous me dites ça, ça m'intéresse que vous me le disiez; d'ailleurs j'ai déjà parlé à d'autres consultants…". Je suis le consultant; il me toise; il me demande un miracle, une nouvelle action qu'il pourra jeter dans son plan d'actions multicolore, une solution à laquelle il n'a pas pensé..Je n' arrive pas à en placer une. Il attend quoi ? que je sorte un miracle ? Pourquoi m'a-t-il proposé cette rencontre ? pas pour me parler de lui, ni de ses ressentis; non, il cherche LA solution. Il a l'air tellement stressé. Je lui souris en me tournant vers lui, délaissant l'écran où brillent les courbes qu'il vient de me commenter. Je lui aurait presque mis la main sur l'épaule; mais je sens que ce n'est pas le moment; un consultant, pour lui, c'est une sorte de machine à solutions. Pas de sentiments entre nous.

    Et puis il me précise que là on n'a plus le temps, il a autre chose, une nouvelle épreuve qui l'attend; on peut se rappeler par téléphone la semaine prochaine. Et sa jambe continue de remuer comme un mécanisme automatique.

    Il s'agite encore, il appelle autour de lui; il a un rendez vous, encore.

    Je me lève. Je lui dit merci.

    Bon, je lui dois un retour; oserais-je lui dire les sentiments qui m'ont parcourus pendant cet entretien qui n'en était pas un.

    Et puis-je vraiment l'aider ?

    En tout cas, je ne vais pas lui sortir le truc magique de l'entreprise qui a trouvé un truc auquel il n'a pas pensé.

    Peut-être devrait-il juste se reposer un peu.

    Même les patrons, surtout les dirigeants managers, sont en stress en ce moment.

  • Fric Présent ce matin dans une assemblée de patrons et d'entrepreneurs. On y parle de l'éthique, de responsabilité sociale.

    Opinion tranchée d'un intervenant : l'éthique, c'est pour faire du fric. Et de citer l'initiative de PepsiCo qui, plutôt que de faire de la pub lors du Superbowl aux Etats-Unis (100 Millions de téléspectateurs !) a choisi de lancer un projet "Refresh" sur les médias sociaux pour financer des projets à vocation humanitaire ou éthique : tout le monde peut proposer un projet, ce sont les internautes qui vont voter pour désigner les meilleurs projets; et PepsiCo va financer les projets à coups de millions de dollars. Démonstration : l'éthique, ça va rapporter plus que la pub…tout le monde va en parler. Ah, on vous a bien eu !

    C'est vrai que ces histoires d'entreprises qui font des belles déclarations sur leur vraie vocation pour sauver la planète, c'est souvent avec une idée derrière la tête, non ? Les patrons présents l'ont quasiment tous dit : une entreprise, c'est d'abord pour faire du profit, et non pas pour s'occuper des causes éthiques de toutes sortes; même si cela ne dispense pas de s'imposer une certaine morale, mais pas plus que la morale consistant à bien se tenir dans les relations sociales, à être poli, à laisser sa place aux vieilles dames dans le bus, etc..

    Geoffroy Roux de Bézieux, un des patrons présents (Virgin Mobile) a exprimé une opinion différente : l'éthique de l'entreprise, ça n'existe pas; la seule éthique qui compte et qui a de la valeur, c'est l'éthique individuelle; et le premier qui doit se l'appliquer, c'est le patron lui-même. Alors, on pourra vraiment croire à sa sincérité. Et ce sont ces actions individuelles, son comportement, ce qu'il fait, lui, personnellement, qui démontrent cette sincérité.

    Et c'est précisément l'attitude personnelle du patron, de l'entrepreneur, qui , en réalisant son rêve égoïste de créateur d'entreprise, de "money maker", génère, grâce à son attitude, des effets bénéfiques et du bonheur autour de lui. Geoffroy Roux de Bézieux nous a rappelé qu'il a créé des entreprises qui lui ont permis de s'enrichir, mais aussi de créer des milliers d'emplois  (il en est à 3000 chez Virgin Mobile ). Cette vision optimiste du capitalisme, et cette conception de "l'éthique patronale" nous parle directement.

    Finalement ce sont ceux qui font leur vrai job de chef d'entreprise, et qui se décarcassent pour rendre performante leur entreprise, qui sont les plus sincères et les plus éthiques.

    Inversement, comment ne pas se méfier de ceux qui utilisent l'éthique comme une grosse ficelle pour nous faire avaler des couleuvres…ou du Pepsi ?

  • Smiley J'avais déjà parlé de cette entreprise qui se déclare formidable, mais qui avait du mal à trouver son dirigeant pour la France : SAP.

    Hasso Plattner, co-fondateur de cette entreprise, président du conseil de surveillance, et toujours premier actionnaire de l'entreprise, a pris la décision brutale de faire partir le PDG, nommé depuis un an, Léo Apotheker.

    Ce qui retient l'attention, et que toute la presse a repris, c'est la justification : Ce que Hasso Plattner veut en changeant la Direction, c'est simple…comme le bonheur :

    " Je vais faire tout mon possible pour que SAP redevienne une entreprise heureuse".

    "Pour les entreprises cotées en Bourse, le profit, c'est tout. Mais il faut que SAP soit de nouveau heureuse et profitable".

    "Cela ne veut pas dire que l'on n'est pas heureux, mais que l'on pourrait l'être davantage".

    Il y quelques semaines, SAP avait annoncé des marges supérieures aux attentes, et de marges meilleures que les prévisions; mais voilà, apparemment, l'adage a raison : le profit et les marges ne font pas le bonheur.

    Ce qui est énigmatique là-dedans, c'est la question : c'est quoi exactement une entreprise heureuse ?

    Car on a longtemps fait courir le bruit que une entreprise heureuse c'était celle qui marchait bien, qui faisait sourire les actionnaires, et qu'un actionnaire heureux, c'est le bonheur pour tous; la fameuse théorie du "shareholder value". Et puis on est passé à la valeur pour tous, les "stakeholders". Mais on pensait alors que le bonheur c'était pour tous. Là, surprise: les profits sont là, mais le plus gros actionnaire n'est pas heureux du PDG, et trouve que l'entreprise n'est pas heureuse.

    Tous nos repères s'effondrent.On n'était pas trop habitués à parler comme ça, de confiance, de bonheur..

    Pour rendre Re-heureuse l'entreprise, il ne faut pas moins de deux dirigeants au lieu d'un. C'est un couple d'hommes qui va être en charge du bonheur, un américain et un suédois.

    On leur souhaite plein de bonheur bien sûr, et d'avoir beaucoup d'enfants.

    C'est beau l'amour.

  • Masques Ces masques de théâtre vont toujours par deux, aux frontons des salles de spectacle, sur les affiches, on en fait même des bijous. Ils représentent le masque du rire et le masque de la tristesse; la comédie et la tragédie.

    C'est aussi une façon de nous représenter notre regard sur le monde, sur la vie qui nous entoure. Car le monde n'est pas par nature gai ou triste; le lieu où nous sommes, et même l'entreprise où nous travaillons, ne sont gais ou tristes que parce que notre regard est gai, ou triste.

    Les deux figures qui personnifient ces deux attitudes sont classiquement les deux philosophes grecs, Démocrite, et Héraclite. Démocrite qui rie, Héraclite qui pleure.

    A l"époque moderne, certains ont l'impression que Démocrite perd du terrain; la mélancolie, la vision tragique du monde, les problèmes, le stress, sont plus à la mode, font plus de titres dans les journeaux, que la franche rigolade.

    Louis Van Delft, professeur à Paris X, dans son livre sur "les Moralistes"parcourt ces auteurs qui ont en commun un regard qui se veut lucide, et qui est souvent désespéré, sans joie, sur le monde qui les entourent. Certains en arrivent à en rire, mais pas du tout avec le rire de Rabelais, mais un rire cynique, plein de désespoir. Cette façon de rire, c'est aussi, souvent, celles de nos comiques d'aujourd'hui, qui font rire en dépeignant des personnages de la vie courante qui sont désespérés, perdus, désabusés du monde social.

    Dans le monde de l'entreprise, ces personnes sévissent aussi.

    Ce sont ces personnes qui, portant un regard insatisfait sur le monde qui les entoure, n'arrivant pas à accepter le monde tel qu'il est, à le prendre par "le rire", avec optimisme,  prennent une sorte de revanche sur l'indignation ou l'affliction que leur cause ce monde, en le faisant connaître pour ce qu'il est en vérité, en mettant en évidence toutes ses imperfections, et elles prennent un réel plaisir à le faire. Elles vont exercer ces critiques avec acharnement, comme si elles réglaient leur compte à ce monde, en le dénonçant, pour se guérir des blessures qu'elles ont l'impression qu'il leur inflige. On pourrait parler de cruauté.Qui peut aller jusqu'à une sorte de rage à lancer des "piques", comme des couperets, à procéder à des "éxécutions", jusqu'à vouloir presque annihiler le monde. Une vengeance jamais rassasiée.

    Quand on rencontre et que l'on entend une telle personne exerçant ses critiques, souvent incisives, envers ce qui les entoure, on ne peut s''empêcher de souffrir de leur état; comme de les voir en train de se débattre dans une profonde obscurité qu'ils ont eux-mêmes créée, eux-mêmes imaginée. Quoi de mieux que de noircir le monde pour pouvoir dénoncer sa noiceur.

    Pour se sortir de ces attitudes, pour retrouver la lumière, il est temps de redonner de l'air à Démocrite, de le faire respirer en nous, pour rechercher de nouvelles lectures du monde, imaginer dans l'espoir et l'optimisme, les nouveaux modèles de liberté de demain.

    Quelques citations pour nous donner envie (reprises d'ICI) :

    " La conscience a été donnée à l'homme pour transformer la tragédie en une comédie"

    " N'aimer personne, c'est à mon avis, n'être aimé par personne"

    " Ne te montre pas soupçonneux envrs tout le monde, mais prudent et ferme"

    "Pour l'homme, il convient de faire plus grand cas de l'âme que du corps. Car l'excellence de l'âme corrige la faiblesse du corps, mais la force corporelle, sans la raison, est absolument incapable d'améliorer l'âme".

     

  • Strategie Aujourd'hui, premier lundi du mois, retrouvez ma chronique sur le site "Envie d'entreprendre".

    Cela évoque la stratégie, celle d'hier, et les nouvelles tendances.

    C'est comme la mode, la stratégie, il ne faut pas faire de faute de goût, au risque d'être trop décalé.

    Pour vous mettre au goût du jour, c'est ICI

  • CesarBorgia Les chefs d'entreprises sont-ils les nouveaux Princes ?

    C'est l'opinion de Dominique Reynié, Professeur à Sciences Po, entendu la semaine dernière lors d'une manifestation organisée par l'ESSEC-ISIS.

    Pour lui, la conception d'un monde régulé par les Etats, pouvoir suprême, souverain, au-dessus desquels il n'y a rien, aucun pouvoir (c'est la définition du terme "souverain"), c'est fini.

    Sa thèse est simple à suivre.

    Aujourd'hui, la puissance politique s'est déplacée vers la société civile et les entreprises.

    Ainsi les entreprises sont devenues des entités non plus seulement économiques, mais politiques. Quand Google parle avec l'Etat chinois pour savoir si il va rester en Chine, il fait un acte politique. Quand l'Etat français et la BNF tentent de contrecarrer les ambitions de Google sur la numérisation des bibliothèques, c'est de la politique.

    Conséquence pour les entreprises : on ne leur demande plus dde vendre des produits, de satisfaire leurs clients, de faire du profit. Non, on attend maintenant de l'entreprise qu'elle soit capable de rendre des comptes sur l'égalité sociale, la parité, l'équité des rémunérations, la diversité, la protection de la planète,…

    Quand l'entreprise veut innover, pour conquérir de nouveaux marchés, de nouveaux clients, ou améliorer la qualité ou le service aux clients, elle doit, aux yeux des citoyens, se justifier en tant qu'entité politique sur des critères complètement extérieurs à l'entreprise : l'utilité sociale de l'innovation, l'effet sur l'emploi, sur la santé, sur l'écologie,.

    Le jugement que l'on porte sur l'entreprise est ainsi devenu complètement politique.

    Ces nouvelles exigences qui pèsent sur l'entreprise lui demandent ainsi de rendre des comptes devant un auditoire qui dépasse complètement ses actionnaires, ses clients, ou même ses employés. C'est la société toute entière, l'homme de la rue, qui se donnent le droit de juger, de sanctionner, l'entreprise et ses dirigeants. Si l'on n'aime pas les produits, on peut casser la vitrine du MacDo; si je pense que tes fournisseurs de tes fournisseurs sont des pollueurs, je met le feu à ton usine, etc…

    On pourrait ajouter le droit du citoyen vis-à-vis des salaires, des bonus, des dirigeants, et pourquoi pas bientôt des cadres, des employés ( tous des Proglio en puissance, chacun à son niveau). L'entreprise déshabillée par l'opinion publique. Ses décisions soumises au tribunal du Peuple. Un nouveau modèle en effet, qui n'est pas forcément trés rassurant.

    On en arrive à faire peser sur l'entreprise, la responsabilité des conséquences de toutes ses innovations, même celles ( et surtout) qu'elles ne peut pas prévoir. Et donc, diriger l'entreprise aujourd'hui, c'est faire de la politique, plus que jamais; c'est poser son discours, ses actes, comme un discours et des actes politiques.

    C'est pourquoi pour Dominique Reynié, les chefs d'entreprise sont assimilés à de nouveaux Princes, référence implicite à celui de Machiavel.

    Faudra-t-il alors relire Machiavel pour pouvoir diriger ainsi les entreprises d'aujourd'hui ? Dominique Reynié a arrêté là sa démonstration. Mais c'est une piste intéressante à poursuivre.

  • WatteauLisant "La fête à Venise", un roman de Philippe Sollers, de 1991, je tombe sur le charme; non pas seulement celui du roman, qui évoque l'univers de l'art, de Watteau, et de Venise (déjà pas mal), mais sur ça :

    " Charme, du latin carmen, carminis : formule en prose ou en vers à laquelle on attribuait le pouvoir de troubler l'ordre de la nature".

    Troubler l'ordre de la nature…ça fait rêver…

    Est-ce que quelqu'un qui charme celui qui est charmé trouble l'ordre de la nature ?  Et ce trouble, il entraîne quoi ? Des grands changements ? Une transformation ? Et est-ce qu'une entreprise peut me charmer, au point de troubler elle aussi cet "ordre de la nature" ? De me transformer, de changer ma personne ? De me donner des occasions de grandir et de m'élever ? …De quoi être charmé et troublé.

     Pour continuer à réfléchir avec Philippe Sollers :

    " Quel est le contraire de charmant ? Blessant, choquant, déplaisant, désagréable, ennuyeux, maussade, rebutant, repoussant, révoltant. Le charme est un moyen magique qui sert aux conjurations, aux incantations (la conjuration étant l'action de chasser l'agent mystérieux du mal ou de l'appeler pour le faire)."

    Ce qui ne me charme pas me blesse, me révolte, m'ennuie…

    Et encore :

    " Séduction puissante, grand attrait, agrément physique – mais aussi remède et soulagement. Comme un charme : d'une façon merveilleuse, surprenante de facilité. Etat de charme : comparable à l'hypnose. On le fait cesser en soufflant légèrement sur les yeux. Mais une fois les yeux fermés, le sujet en état de charme, sur simple affirmation, peut avoir des hallucinations, une paralysie ou des des mouvements automatiques. Une fois réveillé, il se souvient à peine de ce qui lui est arrivé.

    Charme : vertu magique que l'on porte en soi."

    Le charme merveilleux, magique, remède, soulagement…

    Juste un moment …de charme…

  • Papillon2  La question de l'identité de l'entreprise est un sujet qui revient régulièrement.

    Car une entreprise, ça ne peut pas se résumer à des objectifs financiers, des taux de croissance, des parts de marché.

    Il se pose aussi la question : qui sommes-nous ? qui voulons-nous être ? C'est quoi notre différence, ce qui nous rend unique.

    Question d'autant plus compliquée quand on s'aperçoit que les réponses que nous avons données hier et parfois encore aujourd'hui à ces questions, ne pourront plus être les mêmes demain. Tous ceux qui sont confrontés à des ruptures technologiques connaissent bien ces sujets. Cela ne concerne pas que les entreprises de technologie, mais aussi, par exemple, celles qui évoluent dans les secteurs de l'énergie (aprés le pétrole, il y a quoi ?), l'automobile (est-ce que ça va marcher, la voiture électrique ? et quand ?), les transports publics (c'est quoi le métro du futur ?). Tout le monde s'y met.

     Mais pour l'entreprise, l'identité, ça ne peut pas se résumer non plus à un choix de positionnement stratégique guidé par une unique préoccupation : où est-ce qu'il y a le plus de fric à se faire ? Là, on ne parle pas d'identité, mais d'opportunisme.

    Non, l'identité, l'individualité, de l'entreprise, ça parle plutôt de ses valeurs, de sa vocation, de ce qui fait, allez, osons, son âme.

    C'est sûr que de l'âme de l'entreprise, on ne parle pas souvent.

    Comment s'approprier ce mot ?

    Le plus simple est d'aller fréquenter ceux qui ont passé leur vie à s'occuper de leur âme, c'est à dire les auteurs mystiques.

    Un de mes préférés, c'est Sainte Thérèse d'Avila, et son "château de l'âme".

    Sainte Thérèse a écrit ce livre, comme un témoignage, en six mois, en 1577, depuis le Carmel où elle résidait, prés de Séville.

    Elle y décrit une vision, celle ôù l'âme est représentée par un château divisé en sept demeures, qui correspondent aux sept degrés de l'oraison ou de l'intimité avec Dieu. L'âme doit ainsi parcourir ces sept demeures l'une aprés l'autre pour atteindre la demeure suprême au plus près de Dieu.

    Ce qui est éblouissant dans ce livre, c'est de parcourir ces sept demeures, avec les descriptions des sensations et émotions de Sainte Thérèse dans sa vision du parcours à accomplir pour élever son âme.

    La première demeure est décisive, puisque c'est celle où l'on passe de l'extérieur à l'intérieur du château. C'est l'image du moment où l'on passe du monde des "affaires", le monde matériel, représenté par une forêt pleine de serpents, à ce château de l'âme, l'endroit où l'on va s'occuper de soi, où l'on va lever les yeux vers un but qui nous appelle et nous dépasse. La première demeure de ce château n'est que le début du parcours, mais elle marque un profond changement. Cette demeure, pour Sainte Thérèse, c'est celle de "la connaissance de soi". Car pour atteindre un but plus élevé, il est nécessaire de prendre conscience d'où l'on part.

    Le rapport avec notre sujet de l'entreprise peut paraître bien lointain, voire sacrilège…

    Néanmoins, cette connaissance du point de départ, cette capacité à se livrer à un dagnostic sans complaisance, ça nous parle aussi de stratégie.

    Et cette vision qui nous appelle, qui vient chercher notre âme, c'est cette sensation qui nous fait voir loin et nous donne envie.

    De demeure en demeure, les métaphores vont se multiplier, et, avec un sens poétique certain, Sainte Thérèse nous fait sentir combien ce parcours est exigeant, douloureux, et comporte toujours le risque de retourner en arrière.

    Arrivés à la cinquième demeure, elle utilise la métaphore de la chenille qui devient papillon : une rupture forte se produit; l'âme se fait "petit papillon blanc". Mais ce papillon n'arrive pas à s'habituer, il ne trouve pas le repos; il ne sait "ni où se poser, ni où se fixer". " Désormais, il ne compte pour rien les oeuvres qu'il a accomplies, quand il n'était qu'un simple ver et formait peu à peu le tissu de sa coque. Les ailes lui ont poussé; comment se contenterait-il de marcher à pas lent lorsqu'il peut voler ?".

    Ce moment où l'on ne veut plus marcher à pas lent, où l'on veut voler, mais où l'on se sait pas où se poser, ce mouvement de l'âme vers une autre dimension, quelle jolie métaphore. Mais Sainte Thérèse nous fait aussi participer aux émois de ce papillon qui veut voler, mais se sent enchaîné.

    Alors la sixième demeure va lui faire connaître une autre sensation : le"vol d'esprit". C'est ce moment où l'on se sent décoller, porté et protégé.

    Sainte Thérèse aborde sa vision de la septième demeure avec humilité, car elle est persuadée qu'elle n'est elle-même pas encore parvenue à cette demeure, et peut-être même pas à la sixième. Ce qui ne peut que nous rendre humble à notre tour dans notre propre quête.

    Cette septième demeure, c'est celle du mariage divin, celle où "notre petit papillon est mort dans une allégresse indicible".

    On l'a compris, ce château de l'âme que Sainte Thérèse nous invite à visiter, c'est notre château intérieur, celui où l'on peut entrer et se promener à toute heure. "Nous pouvons considérer l'âme non comme une chose qui est dans un coin et à l'étroit, mais comme un monde intérieur où trouvent place ces demeures si nombreuses et si resplendissantes".

    Oui, s'imerger et se laisser porter, lâcher prise, dans ce voyage dans le "château de l'âme", c'est un merveilleux moment pour porter ses regards, sa générosité, vers un but qui nous dépasse, qui nous appelle, plusque nous le visons avec précision.

    Parler d'identité, de soi-même, de l'entreprise, d'une organisation, c'est cette remise en cause, cette confrontation avec le château. Le plus grand courage est de franchir la porte, de laisser les serpents, pour parcourir ces demeures nombreuses et resplendissantes.

    Pour ceux qui manquent d'idéal, qui voient tout en gris, qui n'ont plus d'inspiration pour eux-mêmes, leurs équipes, leur entreprise, un voyage dans le "château de l'âme" constitue un excellent remède.

    Alors, ouvrez la porte…la visite peut commencer….

  • Super woman "The Economist" consacrait son numéro de début d'année à un évènement pour 2010 : D'ici quelques mois, plus de la moitié des travailleurs actifs américains seront….des femmes.

     Bien sûr, cette proportion n'est pas la même à tous les postes : il n'y a que 2% de femmes à la tête des plus grandes entreprises américaines, et 5% en Grande-Bretagne.

    En fait, le dossier de "The Economist" ne manque pas de relever les ambiguïtés de cette situation, car, pour pouvoir conquérir les places dans les entreprises et organisations, ces femmes doivent appliquer les règles et les critères qui s'appliquent…aux hommes.

    Ainsi, les carrières idéales pour progresser dans les entreprises sont celles, à l'heure de la mondialisation, où l'on est passé d'un poste fonctionnel à un autre, si possible dans plusieurs pays. Sans parler de la règle du "up our out", que l'on connaît dans les entreprises de services professionnels (mais pas seulement). Alors, pour une femme, ce type de parcours n'est pas toujours compatible avec la possibilité d'avoir et d"élever des enfants. Ainsi en Suisse, 40% des femmes professionnelles n'ont pas d'enfant. Et celles qui en ont les ont de plus en plus tard, et enrichissent de plus en plus l'industrie florissante pour traiter les problèmes de fertilité.

    Alors, certains pays encouragent les femmes à pouvoir avoir des enfants,recevoir des compensations et prises en charge pendant des pèriodes parfois longues, et reprendre ensuite leur travail. Mais là encore, il y a des effets indirects sur la motivation des employeurs à employer des femmes dans ces conditions : ainsi, en Suède, particulièrement remarquée par cette politique, les trois quarts des femmes qui travaillent sont employés dans le secteur public, alors que les trois quarts des hommes travaillent, eux, dans le secteur privé.

    Mais le dossier fait aussi référence à tous les avantages que les femmes apportent au travail. Un courant féministe met en évidence que, dans des modes d'organisation qui deviennent moins hiérarchiques, plus consensuels, les femmes ont précisément les qualités pour y réussir. Ainsi, une certaine Judy Rosener, de l'Université de Californie Irvine, considère que les femmes excellent particulièrement dans le management "transformational" et le management " interactive". Etc..

    Bon, alors, pour avoir un cas d'application, il suffisait de lire Le Figaro ce week-end, où l'on parlait d'une femme précisément, UNE chef.

    Asseyez-vous bien :

    " Enfermée dans sa tour d'ivoire. Faisant le vide autour d'elle. Jouant perso. Ne supportant pas la contradiction. Parano. Manipulatrice. Voulant tout décider mais incapable de trancher".

    Ce sont, dixit le Figaro, ses "meilleurs ennemis du monde patronal" qui la décrivent ainsi, bien sûr en gardant l'anonymat…

    Elle, c'est Laurence Parisot, présidente du MEDEF, qui a bien du mal en ce moment avec ces critiques…

    Judy Rosener devrait s'occuper d'elle…ou l'inverse.

  • Futur2 Aujourd'hui premier lundi du mois, de l'année, de la décennie…

    Forcément, ma chronique sur "Envie d'Entreprendre" parle du futur, de 2010, ..

    Mais aussi de victimes, de ceux qui veulent toujours s'adapter, et de ceux qui veulent sauver le monde…

    Cela parle de ceux qui sont comme tout le monde,

    et de ceux qui veulent être uniques…

    Il vaut mieux aller voir sur place pour y comprendre quelque chose.

    Bonne rentrée,

    Soyons uniques !