• Frankenstein2_2 Frankenstein, ceux qui ont lu Mary Shelley ou vu les films, savent que ce n’est pas le nom du monstre, mais celui du médecin, baron de surcroît, habitant un château, et qui  déterre les cadavres et vole les pendus pour réaliser un homme, qui prendra vie grâce à la foudre tombée du ciel.

    Un seul Frankenstein dans son château, c’est déjà la frayeur garantie. Alors, imaginons des dizaines de Frankenstein ensemble, dans le même endroit pendant une journée…

    J’aurais pu m’y croire cette semaine en commençant une telle journée …

    De quoi est ce que je parle ?

    De débats entre Directeurs des Ressources Humaines de grands groupes, se benchmarkant entre eux, et s’interrogeant sur les enjeux et les pratiques de la mobilité dans les entreprises, et notamment sur l’impact de cette mobilité sur la fabrication des meilleurs talents et des leaders. Et moi, chargé d’animer les débats.

    La mobilité est devenu un levier fort de la compétitivité des entreprises; pour la plupart, elle est la contrepartie indispensable aux ruptures, transformations, et changements qu’elles connaissent : des métiers disparaissent, d’autres émergent, et le territoire de jeu est de plus en plus mondial.

    Mais, au-delà de cette mobilité que l’on pourrait appeler contrainte par la stratégie, il y une autre forme, guidée par un objectif plus managèrial : fabriquer les leaders de demain. Les deux objectifs se confondent d’ailleurs car, sans leaders en suffisamment grand nombre, la croissance est difficile, et la compétitivité de cette croissance aléatoire. Les entreprises ont besoin de leaders forts et de qualité pour devenirs les leaders de leurs marchés.

    On ne naît pas leader, nous disent tous les DRH, on le devient, et le DRH, comme le dirigeant, se sent comme un docteur en train de construire ces leaders. Rien ne se fait tout seul, même s’il faut laisser un caractère libéral au système : on ne fera pas boire un âne qui n’a pas soif. La fabrication du leader suppose deux choses : un bon processus de gestion des talents dans l’entreprise, mais aussi des candidats motivés et ambitieux.

    Alors, il s’agit de repérer le plus tôt possible ceux qui seront les dirigeants, et de leur faire faire les parcours qui leur permettront de révéler leurs talents, comme "un exercice de pâte à modeler", dira l’un de nos interlocuteurs. Ainsi, il nous a présenté quelques CV de ces créatures qu’il a façonnées : Marie est passée d’un poste de RH en Finlande, à un poste de Marketing au Japon, puis encore autre chose pour remplacer pendant un an une collaboratrice en congé de maternité dans un autre pays du bout du monde. Marie a à peine plus de trente ans, elle prend de la puissance dans ce Groupe prestigieux, on sent combien Docteur Frankenstein croit en elle; pas besoin d’attendre la foudre tombée du ciel, elle est déjà bien vivante.

    Un Groupe représenté nous a indiqué qu’il avait mis en place quelques règles et astuces pour aider ce processus de mobilité et de brassages créatifs :

    " Nous réservons, dans chaque Direction, un "sur-budget" pour permettre d’embaucher des talents exceptionnels, même si nous n’avons pas de poste pour eux à ce moment. On se constitue un stock de talents".

    " Pour les recrutements, internes ou externes, dans chaque pays, nous réservons 10% environ à des collaborateurs non issus du pays recruteur : des non-italiens en Italie, des non-français en France,…Ainsi nous sommes vraiment un Groupe mondial, qui intègre des cultures différentes".

    Repérer les talents qui feront les leaders de demain, cela se fait trés tôt : tel autre groupe mondial, dans les services financiers, présent dans 53 pays, avec plus de 100.000 collaborateurs,  recrute chaque année de nombreux juniors dans tous ses métiers, et globalement plus de 20.000 personnes par an. Un processus de suivi des meilleurs, une architecture de "succession plans", des "people reviews" structurées, tout est en place pour faire émerger rapidement les meilleurs : " Lorsqu’un collaborateur atteint environ 32 ans, nous savons s’il est éligible ou non à des fonctions de Board".

    Ce système existe d’ailleurs aussi dans les grands réseaux d’audit de conseil : trés vite , en moins de dix ans, vous êtes parmi les élus, ou potentiellement élus, de la Partnership, et passé un certain âge (autour de 30 ans également), vous savez que vous ne pourrez plus jamais y prétendre, et qu’il vaut mieux chercher autre chose.

    Alors, pour mener à bien cette tâche, tous les DRH l’ont répété : il est dangereux de passer 80% de son temps à s’occuper des colaborateurs en difficulté, pour tenter de les faire progresser. Il faut garder l’essentiel de l’énergie pour booster et faire progresser au plus haut niveau les meilleurs, ces 10 à 20% qui occupent le haut du panier.

    Tel autre Groupe nous a expliqué combien "la mobilité est naturelle, et abordée systématiquement dans les entretiens professionnels, où l’on parlera toujours du poste d’aprés…"

    Tel autre s’efforce de communiquer en permanence sur les mobilités réussies, les parcours vers le haut, ces "trains qui arrivent à l’heure, et même en avance".

    Cette démarche élitiste, où la fabrication des talents devient un process stratégique et assumé, elle peut heurter certains observateurs ou acteurs.

    On est tellement habitués, surtout en France, à croire que les leaders se fabriquent par les diplômes et l’ancienneté, plus parfois des notes, comme à l’école, que l’on peut avoir du mal à comprendre ces démarches. Et puis on préfère ceux qui échouent à ceux qui réussissent (dont on se méfie…).

    Ces démarches volontaristes ne relèvent pourtant pas de volontés démoniaques, ni de pratiques à la Frankenstein. Ce ne sont ni des cadavres, ni des pendus, qui constituent le matériau de nos fabricants de leaders, mais au contraire les collaborateurs les plus vivants, plein d’énergie, de potentiel, et ceux sur lesquels l’entreprise mise beaucoup.

    On le constate en organisant de tels débats, cette compréhension de la compétition, cette guerre des talents, ces politiques actives et encouragées de mobilité interne et externe, gérée selon un processus trés libéral, elle constitue la méthode moderne et innovante de nos entreprises d’aujourd’hui.

    Si l’on peut être effrayé, ce n’est finalement pas par les pratiques qu’utilisent ces entreprises innovantes et leaders, mais au contraire par les retards des autres, par exemple dans notre secteur public, ou dans certaines entreprises rétrogrades. Les plus talentueux des collaborateurs le savent , ils sauront trouver les entreprises qui les aideront à grandir , et fuieront les autres.

    " Notre stratégie de leadership mondial nous impose de faire émerger des leaders plus vite que nos concurrents, et, surtout, de les fidéliser" témoigne l’un des groupes.

    Alors , finalement , les châteaux des Frankenstein, ce sont plutôt les autres, ceux qui ne savent pas gérer les talents, ni les faire émerger et se développer, qui croient encore aux diplômes et à l’ancienneté, et qui ne récupéreront, eux, avec certitude, que les cadavres et les pendus, sans parvenir à faire tomber sur eux la moindre foudre de vitalité….Frankenstein_2  

     

  • Dlying

    En 1870, à la fin du second Empire, un industriel, denis Poulot, publie un ouvrage qui inspirera Emile Zola pour décrire le monde ouvrier dans  "L’assommoir", consacré aux "sublimes"… (voir ce blog d’Elisabeth Leroy qui nous rappelle cet épisode).

    De quoi s’agit-il ?

    Il s’agit des travailleurs qui sont des ouvriers trés qualifiés, et qui se sentent suffisamment de haut niveau et indépendants pour se sentir le droit de choisir leur job et leur patron.

    Ils constituent une forme de résistance, avec une arme trés forte :

    La mobilité.

    Dès que quelque chose ne leur plait pas, ils changent d’employeur…

    Cette tendance à l’indépendance est mal vue, tant des patrons qui aiment mieux les ouvriers qui obéissent, que des autres ouvriers qui n’aiment pas trop ces manifestations d’indépendance individuelle.

    "Heureusement", en 1884, les syndicats seront autorisés, et c’en sera fini de ces sublimes.

    Quand on se rappelle cette origine de la notion de "mobilité", on ne peut qu’être surpris de voir comment les choses ont évoluées aujourd’hui. Tout s’est inversé, apparemment.

    Aujourd’hui, la mobilité est devenue une valeur nouvelle, appelée par les managers et dirigeants, et constituant un avantage dans la compétitivité des entreprises. Bernard Gazier, économiste, en fait même un slogan : "Tous sublimes", en référence à Denis Poulot.Derrière ce slogan, il voit un "nouveau modèle social" se profiler.

    Être mobile, aujourd’hui, c’est toujours regardé avec inquiétude par les syndicats (eux n’ont pas changé…), qui y voient, pour certains, le signe de la précarité, de la flexibilité qui risque de faire perdre son boulot, et qui ne conçoivent pas cette souplesse sans "sécurité", essayant toujours d’empêcher qu’elle ne s’exerce trop librement, et appelant à des protections de toute nature. La mobilité externe à l’initiative de l’employeur est fortement encadrée, et nécessite une cause "réelle et sèrieuse". A l’initiative du salarié, elle est suspecte (et si elle résultait d’une intimidation du patron ?) et doit être sécurisée (voir la notion de’"sécurité sociale professionnelle" pronée par la CGT et tous les débats sur la "sécurisation des parcours professionnels").

    Pour les plus rétrogrades, mobilité, ça veut dire licenciement, le patron ayant décidé de se séparer de son collaborateur…

    La mobilité interne a eu longtemps, elle aussi, mauvaise image dans l’entreprise; "être en mobilité", ça voulait dire être au placard, ou en train de se faire virer. Ce n’était pas une notion trés positive.

    Alors, de nombreuses entreprises s’efforcent de redonner du positif, d’encourager, cette mobilité, tant interne qu’externe, notamment parmi les cadres.Certains ont même déjà peur d’être allés trop loin.

    Chaque année, l’APEC fait une enquête sur les résultats et interroge un échantillon de cadres sur la mobilité.

    L’enquête de cette année vient de paraître.

    Bonne nouvelle, cette enquête nous apprend que les cadres sont de plus en plus mobiles : 22% des cadres ont bougé dans leur entreprise en 2006, et 6% ont changé d’entreprise. La part des cadres mobiles – dans l’ensemble des cadres en activité- a augmenté de dix points.

    9 sur 10 se déclarent satisfaits de cette mobilité.

    Pour ceux qui ont quitté leur entreprise , les 3/4 l’ont fait de leur propre initiative.

    Autre point de l’enquête : 8 cadres sur 10 se déclarent satisfaits de leur équilibre vie privée / vie professionnelle, quel que soit leur âge.

    Les sublimes seraient ils de retour ?

    En tous cas, quelque chose est en train de changer dans la perception de la mobilité dans nos entreprises. Ceux qui bougent sont de plus en plus ceux qui veulent bouger.Et en plus, ils en sont satisfaits !

    Voilà qui ringardise fortement les vieux discours de ceux qui ne voient pas, ou ne veulent pas voir, ces évolutions.

    Les cadres bougent, et avec eux les pratiques et le management de nos entreprises.

    Tous sublimes ? on progresse….

  • Pommeeve Dans un jardin, vouloir librement cueillir des pommes, ça peut être dangereux et lourd de conséquences… Il paraît que nous payons encore les conséquences d’une telle initiative… Eve, qu’as tu fait ?

    Aujourd’hui, dans l’entreprise, certains croient que des dangers du même ordre nous menacent.

    Qu’est ce que c’est que cette histoire ?

    Les Echos, en ce moment, publie tous les jeudis, un supplément sur " L’art d’entreprendre" (on avait déjà eu les années précédentes l’Art de manager, l’Art de ceci, l’art de cela…).

    Jeudi 21 juin, c’était "Entreprendre dans la grande entreprise", avec notamment un article d’ Olivier Basso, qui est un des parrains inspirateurs de ce blog.

    Olivier y analyse ce concept de "manager entrepreneur", qui consiste à rechercher, dans la grande entreprise, des caractéristiques, pour les managers, identiques à celles  des entrepreneurs. En clair, il faut que les managers prennent des initiatives, innovent, prennent des risques, bref se comportent comme si leur job était leur propre boîte.

    Ceci constitue une nouvelle posture, qui est apparemment encouragée, mais qui correspond à une redéfinition du manager qui va au-delà des attentes de l’entreprise :

    "Le manager d’aujourd’hui est conduit à se penser de plus en plus comme un entrepreneur, non pas tant parce qu’il devrait en épouser certaines attitudes pour satisfaire aux demandes de son organisation mais parce que l’incertitude de sa relation à l’entreprise qui l’emploie le forcera de plus en plus à se placer en situation de non dépendance : la disparition de la contrepartie de la stabilité professionnelle entraîne un développement des approches par portefeuille de projets. En d’autres termes, le manager mercenaire, infidèle et efficace, dur à la tâche et conscient de sa valeur marchande, est un type qui commence à émerger et à se diffuser.Pareils à des sportifs de haut niveau, les managers soucieux de faire fructifier leurs compétences et leurs atouts vont de plus en plus poser de nouvelles conditions aux entreprises, qui ne sauraient désormais les retenir durablement si elles ne changent pas radicalement leur mode d’organisation du travail et leur mode de gouvernance".

    Ces nouvelles attitudes font elles peur ou donnent elles envie ?

    Les cas sont variés. Mais quelques témoignages recueillis lors d’échanges avec des DRH en charge de mobilité peuvent laisser un doute :

    Si les entreprises ont pour la plupart fait de la mobilité un enjeu et un atout concurrentiel fort de leur stratégie, on sent encore des réticences si le salarié s’avèrait trop libre de lui-même.C’est toujours pareils, les amis de la liberté ont peur …de la liberté.

    Ainsi, une entreprise, qui a instauré des incitations à la mobilité, se sent dépassée :

    " L’entreprise n’est pas un magasin où l’on vient faire sa cueillette des compétences et des postes à son seul avantage. Tout cela ne doit pas être trop libéral, et au contraire encadré par des règles du jeu strictes fixées par la DRH".

    " Il n’est pas possible de voir des clans, des réseaux, des parcours individuels, se constituer sans aucun contrôle…"

    Ah , ces histoires de contrôle, toujours les mêmes…

    Amusantes remarques où une attitude, pourtant trés encouragée par les dirigeants et managers, est en train de se retourner contre ceux qui ont lancé le système, et qui ont peur d’en perdre le contrôle. Alors vite, fixons des règles, encadrons, sifflons , sanctionnons…

    Bien sûr, ces cas sont minoritaires, et pour nombre d’entreprises, la mobilité est insuffisante, les cadres ne bougent pas assez…et de nombreux programmes se mettent en place, visant à faire émerger des leaders plus flexibles, plus ouverts, plus mobiles, plus ..tout.

    Mais il est intéressant de percevoir ce signal faible qui indique que , tout doucement, et Olivier Basso l’a bien senti, des nouvelles attitudes, celles de ceux qui ont compris tous les avantages du système, et tous les bénéfices de cette attitude d’indépendance, vont changer la donne des relations et du management dans l’entreprise.

    Les entreprises qui sauront le maîtriser et le domestiquer sans brider les initiatives seront les grandes gagnantes de cette révolution.Le benchmark reste à inventer; pour le moment, les managers cherchent tous cet équilibre entre l’initiative individuelle et le dirigisme. En tous cas les panneaux "cueillette interdite" ont bien peu de chances d’avoir le moindre effet si on en reste là.

    A suivre….

  • Saillor2 La notion de "réalité" est aujourd’hui un concept qui étonne… Comme les commentaires ICI.

    En effet, dire qu’il existe "une réalité" heurte ceux qui pensent que cette notion de réalité n’existe pas. Ce qui compte, ce sont les opinions, et plus particulièrement la mienne, bien sûr. Dans cette approche, le "réalisme" a quelque chose de désuet dans le monde moderne. Celui-ci, pour beaucoup est plutôt un terrain où s’afrontent ou se confrontent des "façons de voir"…

    Alors, si les philosophes nous apprennent que nous ne sommes jamais conscients du réel, et que nous n’en avons que des perceptions, doit on s’en convaincre en tant que leaders d’entreprises?

    Ce serait probablement une grave erreur dans le management. Bien sûr, la chance, l’intuition, le hasard, comme dans la vie, ont leur part dans la vie de l’entreprise, mais confondre les perceptions et la réalité peut conduire à de graves situations. C’est pourquoi, probablement, Max De Pree considère que la première responsabilité du dirigeant est de "décrire la réalité".

    Une petite histoire, citée par Stephen Covey, célèbre auteur des "sept habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu’ils entreprennent" illustre bien cette idée :

    De nuit, par un épais brouillard, le commandant d’un navire de guerre scrute à droite et à gauche avec ses jumelles à la recherche d’un repère ; son attention est attirée par un feu de bord, droit devant. "Quel cours suit-il ?", aboie-t-il ; la vigie répond "Ferme vers nous".

    Le commandant ordonne de signifier au navire approchant, qu’il ait à modifier son cap de 20 degrés. Celui d’en face signale en retour : "Vous conseille d’infléchir immédiatement votre route de 20 °". Le commandant, furieux maintenant, ordonne de signaler "Je suis amiral et ceci est un navire de guerre. Changez de cap immédiatement." – L’autre répond : "Ici, matelot Jones, et je suis sur un phare. Feriez bien d’infléchir votre route".

    C’est bien sûr le navire de guerre qui modifia son cap.

    Belle anecdote pour nous rappeler que, parfois, le matelot Jones est utile. Il faut chaque fois être capable d’ajuster nos perceptions aux contours de la réalité, et de garder les yeux ouverts sur la justesse de nos impressions en permanence.

  • Croissant La croissance, c’est un must quand on parle de performance. Une entreprise sans croissance, c’est une entreprise dont on se méfie.

    Certains croient qu’elle vient toute seule comme une fée, mais pour la plupart, ils savent que c’est un objectif difficile, qui nécessite d’être toujours innovant, de répondre toujours mieux et en avance aux besoins des clients. Une entreprise en croissance, c’est forcément des actionnaires, des clients, des banquiers, des collaborateurs, plus heureux. Même l’Etat est de la chanson, car, pour lui, une entreprise en croissance, c’est des impôts, de l’IS, de la TVA, etc…

    Et puis il y a ceux qui nous disent que la croissance, c’est mal, c’est plus tendance, car il faut protéger la planète, il faut arrêter de faire du mal à l’environnement,…

    Et une petite vague de contestation de la croissance en tant que telle se propage..

    Le Monde y a consacré un supplément spécial le 30 mai dernier.le titre : "La croissance en question".

    Philippe Manière, directeur de l’institut Montaigne, n’y croit pas, lui, à cette histoire de frein de la croissance. En bon libéral, il nous rappelle que le capitalisme a le génie de s’adapter et que c’est par l’innovation que les hommes imagineront les sources de croissance compatibles avec les exigences de protection de l’environnement. Des innovations dans l’habitat, les transports collectifs, par exemple, feront que nous ferons notre développement avec des sources d’énergie différentes, et donc que cette histoire de raréfaction des ressources est une fable.

    C’est la reprise des thèses de Julian Simon (1932-1998),(notamment dans : "the ultimate ressource") Pour lui, les ressources naturelles n’existent pas, et ne sont qu’un produit de l’esprit humain.Il est vrai qu’une ressource naturelle, quelle qu’elle soit, n’a pas d’existence économique tant que personne ne lui a trouvé d’usage ou ne l’a associée à un projet humain. Pascal Salin explique ainsi dans son dernier ouvrage, que "des pays riches en ressources naturelles ne se développent pas – par exemple le pétrole pour le Vénézuela- alors que d’autres, démunis en ressources naturelles – la Suisse, Singapour ou Hong Kong- sont au contraire trés prospères".

    La plupart des économistes interrogés par Le Monde ont l’air d’accord : il ne s’agit pas de contester le besoin de croissance pour le monde, mais ce qui doit changer, ce sont, pour certains " les modalités", pour d’autres le "contenu". Ce sont, selon Christian de Boissieu, président du Conseil d’analyse économique, les comportements individuels qui doivent changer, et les démarches locales, la décentralisation, seront déterminantes.

    Reste quelques voix différentes, notamment celle de Patrick Viveret, pour qui la croissance est "insoutenable", et qui appellent à "sortir du monde de l’avoir" pour entrer dans "un développement de l’ordre de l’être"…

    Au delà de ces discours théoriques, opposant toujours les libéraux et les interventionnistes en tous genres (non dénués d’arrières pensées et de cette envie altermondialiste de mettre le bordel pour s’accaparer un pouvoir politique qui mettra en oeuvre une contrainte publique redistributrice à leur avantage), Le Monde, a aussi une envoyée spéciale, Gaëlle Dupont, dans la vraie vie d’habitants de..Carhaix-Pouguer, dans le Finistère.

    C’est la partie la plus intéressante du dossier.

    Les personnes qu’a rencontré Gaëlle Dupont, elles se présentent comme "objecteurs de croissance", ou "décroissants".

    De quoi s’agit-il ?

    Anna et Arzhel ont un téléphone et une chaîne audio, mais pas de télé ni de frigo. Ils ne mangent que des céréales et des légumes frais biologiques.Anna est convaincue :

    " Si nous continuons à abuser de ses ressources, les générations futures n’auront plus rien".

    "Nous réduisons certaines choses comme la consommation de biens et d’énergie, mais nous y gagnons du temps pour nous, et la possibilité d’organiser notre vie comme nous le voulons".

    Autre témoignage troublant, celui de Béatrice, qui a tout lâché d’un coup :

    " J’avais un commerce à Brest, ça marchait bien, il ne restait qu’à le faire grossir….On veut gagner plus, avoir plus, mais à un moment on n’est pas satisfait de la vie qu’on a. On risque de tomber dans l’engrenage boulot, stress, médicaments, passivité".

    Béatrice s’occupe maintenant du développement du commerce équitable, elle ne possède rien, elle vit "chez un ami"…

    Cette recherche de l’autonomie complète sur le plan matériel, parfois en dépendant des autres, c’est un choix qui semble bien difficile et marginalisant, les témoignages ont tous un ton de petite angoisse.

    Céline, architecte, et christophe tentent une explication plus philosophique :

    " La décroissance, c’est un choix intellectuel. On doit avoir une culture et les capacités intellectuelles pour le faire. Sinon, on est simplement pauvre".

    " On peut parler de décroissance pour nous, dans les pays riches, parce que nous bénéficions de structures collectives, de santé, d’éducation, de transports en commun. On ne peut évidemment pas le faire pour les pays du Sud. Mais on peut les inciter à tirer parti de nos erreurs".

    Finalement, ces riches qui s’amusent à être pauvres, que cherchent ils ?

    L’article vend la mèche en conclusion, grâce à christophe :

    " Nous devons entrer dans une démarche politique, nous battre pour obtenir des choses, donner la possibilité à tous d’aller vers un mode décroissant"

    Oui, ce sont des décroissants chauds qui sont là !.

    Ah bon c’était de la politique ? Toujours cette lutte de "ceux qui cherchent, non pas à créer des richesses, mais in fine à bénéficier d’une part aussi grande que possible des richesses créées par autrui" (pascal Salin).

    L’existence de ces mouvements nous fait aussi réfléchir car, dans nos entreprises, ces thèses sur la décroissance, les méfaits de la croissance, ont déjà commencé à pénétrer. Tous ne sont pas partis vivre à Carhaix-Pouguer. Et il devient de plus nécessaire d’expliquer pourquoi l’entreprise se donne des objectifs de croissance, et comment ces objectifs sont compatibles aves des préoccupations sur l’environnement, le développement durable.

    Oublier de traiter de front ces questions, ou être incapable de fournir des réponses franches et convaincantes, c’est faire croître ces phénomènes de rejet.

    Si l’entreprise ne traite pas ces questions de fond, c’est peut être l’action politique, parfois violente, souvent mal intentionnée, qui risque d’avoir le dernier mot.

  • Goutte

    Ça se passe au XVIIIème siècle, en 1774, et pourtant cela évoque des circonstances très modernes.

    Elisabeth Badinter relate ces évènements dans son dernier ouvrage, tome 3 des « Passions intellectuelles », consacré à la « volonté de pouvoir ».

    En 1774, à la mort de Louis XV, le jeune Louis XVI, tout juste 20 ans, fait entrer au gouvernement, d’abord à

    la Marine

    , puis aux Finances, un personnage très populaire auprès des philosophes et des intellectuels, Turgot.

    Turgot, ami des philosophes et intellectuels, c’est l’incarnation de la rupture. Son inspiration, ses convictions, il les tire de ses maîtres à penser, notamment Vincent de Gournay, elles ont un nom : le libéralisme.

    Il voit dans le commerce et l’industrie les véritables richesses de l’Etat, et est convaincu que le gouvernement ne doit jamais intervenir ni sur l’un ni sur l’autre. Il prône la liberté du travail, l’impôt unique.

    Pendant treize ans, avant d’être nommé ministre, il a été intendant de la généralité de Limoges, un des départements les plus pauvres et les plus grevés d’impôts, et il a eu le temps d’expérimenter ses idées : diminution de l’impôt principal (la taille), remplacement des corvées (qui pesaient sur les plus démunis) par un impôt sur les propriétaires terriens, sans oublier la politique sociale (aumônes par temps de disette, établissement d’ateliers de charité,…).

    Il arrive donc à ce poste de ministre des Finances avec une superbe réputation.

    Il semble avoir tout pour réussir : la volonté, la détermination, le courage, les idées claires sur ce qu’il veut faire (mettre fin aux privilèges, aux corporations, libérer le commerce et l’industrie, suppression des règlementations, notamment sur les grains) et tout ce programme qu’il a en tête il est déterminé à le faire, et il conduira les réformes à bon train.

    Et pourtant, à peine deux ans après son arrivée, il sera révoqué, en 1776, après s’être mis à dos tout le monde.

    Que s’est-il passé ?

    Grâce aux témoignages écrits et lettres de l’époque (on s’écrivait beaucoup en 1774, sans internet ni téléphone..), Elisabeth Badinter nous révèle tout, comme si on y était.

    Déjà, la physionomie et l’attitude :

    " Sa physionomie porte, sansqu’il le sache, un air de dédain envers ceux qui lui paraissent avoir tort"

    " Il ne pouvait dissimuler sa haine pour les méchants, son mépris pour la lâcheté; ses sentiments se peignaient involontairement sur son visage, dans ses regards, dans sa contenance".

    Ensuite, passons à la manière de prendre des décisions :

    " Préparant ses décisions par un examen minutieux de toutes les données, analysant et réfutant les objections, il a de la difficulté à admettre que d’autres esprits se refusent aux évidences qui se sont imposées au sien. Il ne comprend pas qu’on résiste à ce qu’on n’est pas capable de réfuter."

    " Ses vues sont bonnes, mais il n’a pas la manière de les faire réussir".

    "Il ne sait pas louvoyer et, inébranlable dans la pousuite de ses plans, n’a aucune flexibilité pour savoir se prêter aux opinions des autres".

    Résultat de tout ça, Turgot ne va cesser de se faire des ennemis de toute part.

    Le premier; le Roi, qui s’agace de sa sécheresse et de son arrogance ("Il n’y a que ses amis qui aient du mérite et il n’y a que ses idées qui soient bonnes" fait remarquer Louis XVI).

    De même, à chaque fois qu’il va mettre fin à des privilèges, toucher aux corporations, aux monopoles qui entravent le commerce, il reçoit les cris de ceux qui qui l’accusent de s’attaquer à la propriété. Les nobles vont également s’élever contre ce qu’ils voient comme une atteinte à leur privilège d’exemption d’impôts. Etc…

    Plus ses réformes avancent, plus il perd en popularité.

    Le bilan est particulièrement douloureux.

    Alors, que lui a-t-il manqué ?

    Un de ses amis, qui était son condisciple à La Sorbonne, l’abbé de Véri, résume bien dans son journal ce manque de sens tactique et de psychologie de l’action :

    "Il lui manque cette légère goutte d’huile qui facilite les rapports humains".

    Cette légère goutte d’huile qui vient à manquer, c’est une belle image pour nous rappeler qu’il ne suffit pas, pour gouverner, réformer, ou diriger une entreprise, d’avoir des objectifs clairs (même si cela reste indispensable), mais qu’il y a un petit plus de pédagogie pour convaincre, de souplesse pour négocier.

    Bien sûr, il faut aussi le caractère, et Turgot ne semble pas en avoir manqué. Encore faut il que ce caractère ne se transforme pas en rigidité.

    A l’heure où l’Etat se veut réformateur, où les chefs d’entreprises et les managers se lancent dans des programmes de changement ambitieux, rappelons leur, pour leur éviter les pièges et les échecs, cette histoire de plus de deux cents ans, celle de Turgot et de la légère goutte d’huile….

  • Lesdeux On est dans la même boîte, on nage vers les mêmes objectifs, toi en Hollande, moi en France, et pourtant on est différents.

    On le constate tous les jours, même si on essaye de ne pas s’enfermer dans ce genre de généralisations, quand on parle des autres pays européens, on a vite fait de voir tous leurs habitants identiques : les allemands sont comme ça, les anglais sont comme ci, et nous les français, on n’est pas comme tous le monde.

    Alors, quand on se veut une multinationale, on essaye d’effacer ces histoires: tous unis sous la même marque, dans la "big company touch"…

    Ces discours sont souvent bien loin des vrais ressentis.

    Un exemple entendu cette semaine, par une DRH, comparant les cadres de la filiale hollandaise du Groupe avec ceux de la France.

    Ces deux entreprises ayant fusionnées il y a trois ans, il est facile de faire des comparaisons :

    " Les hollandais ont plus d’autonomie, ils se sentent plus responsables. Ils sont habitués à émettre des reportings vers les sièges en échange de cette responsabilisation. Et ils sont trés mobiles : en trois ans les interlocuteurs aux postes clés ont tous changés".

    La France maintenant (mon interlocutrice est française) :

    " Notre organisation en France est bureaucratique; nous sommes auto-régulés par une gestion trés centralisatrice. On n’aime pas les reportings. On a besoin de la hiérarchie pour prendre plein de décisions. Et depuis trois ans, ce sont les mêmes qui sont en poste, un peu plus fatigués, alors que la Hollande a renouvelé les postes, et mis en place une nouvelle équipe pleine d’envies et de dynamisme".

    Et la conclusion :

    " Si nous n’améliorons pas la culture de la mobilité et de la responsabilisation, les postes les plus intéressants vont aller, en France,   à des hollandais dans pas longtemps".

    Le sujet n’est pas de comparer la France et la Hollande, d’autres pays pourraient fournir le même diagnostic. Le sujet, c’est de constater combien les organisations trop centralisées, trop peu responsabilisantes, où il n’y a pas de mobilité interne, sont en train de perdre pied. La mondialisation, ce n’est pas seulement des histoires de délocalisations, c’est aussi cette concurrence entre les styles et les pratiques de management. C’est cette différence d’efficacité entre les vieilles méthodes et l’agilité managèriale.

    La mobilité interne, cette capacité à faire vivre aux collaborateurs de nombreux challenges, est la clé de cet apprentissage. Même si ceux qui fonctionnent à grande vitesse vont parfois un peu trop vite, ceux qui dorment au volant n’en sont pas moins mal partis pour autant.

    C’est pourquoi le sujet d’actualité aujourd’hui dans les entreprises responsables et qui veulent sur-performer par rapport à leurs concurrents, ce n’est pas de préparer à l’arraché les plans de licenciements qui abaisseront les coûts, comme veulent le croire tous ceux qui ne connaissent rien à l’entreprise et vivent de caricatures idiotes, mais d’abord de développer, par une politique ambitieuse de gestion de la mobilité interne, le vivier de talents que possède l’entreprise. Ce vivier de talents évolue bien sûr, certaines compétences étant en déclin, et d’autres en forte croissance, voire tout juste émergentes. C’est justement en anticipant ces évolutions, et procédant aux reconversions nécessaires, et aidant au mouvement et en développant la motivation pour la prise de risques, que les objectifs les plus ambitieux ont des chances d’être atteints.

    Certains croient que tout ça n’est qu’une histoire de procédures et d’outils, de GPEC et autres bilans de compétences, dont on ne sait pas trop quoi faire finalement. Mais ce n’est là que la conséquence. Le premier acte, c’est d’abord un acte fort de gouvernance d’entreprise, d’affichage des priorités; et le deuxième acte, c’est un acte de management, de volonté de manager avec plus de délégations et de responsabilités, avec de l’autonomie, de la prise de risques.

    Cette gouvernance, ce courage de manager autrement, s’ils manquent, ne seront jamais remplacés par des batteries d’accords signés avec les partenaires sociaux. Toute cette paperasse d’intentions ne servira à rien si le management n’est pas leader.

    Les DRH qui croient encore qu’elles vont tout réguler avec leur bureaucratie de procédures ont du souci à se faire, car cette révolution du management elle les concerne aussi directement; c’est en montrant l’exemple, dans leur façon de manager et de gérer leur fonction et leurs collaborateurs, qu’elles prouveront leur capacité à aider l’entreprise à évoluer, et à résister dans ce que certaines appellent, avec un peu de dramatisation, la "guerre des talents".

  • Clocktower Pour le citoyen moyen, quand on parle du temps, c’est pour savoir si il faut prendre un parapluie, si je dois mettre une petite laine ou m’autoriser à sortir en tenue légère…

    Mais dans l’entreprise, surtout dans les bureaux des dirigeants, quand on parle du temps, on parle de la "gestion du temps", de "gagner du temps", de tout ce qui permet de faire de plus en plus de choses en moins en moins de temps…

    Alors, demander à un dirigeant de vous révéler ses secrets pour mieux "gérer" son temps, c’est la garantie de passer un petit moment sympa où il va vous sortir les pires bêtises. On en reste la plupart du temps (oui,encore le temps) à des observations et astuces pour courir encore plus vite.

    Encore entendus cette semaine, plusieurs témoignages tout aussi futiles les uns que les autres :

    " Mon prédecesseur avait une voiture avec chauffeur; moi, j’ai un scooter et un casque : je gagne une heure par jour" (à signaler que ce scooter manager est arrivé en retard au rendez-vous…Mais que fait-il pendant cette heure "gagnée"?)

    " Les e-mails où je suis en copie, je ne les lit pas : les réunions sont faites pour décider, les mails pour informer; si je suis en copie, pas besoin de perdre du temps"..(et les e-mails où il est destinataire, ils font gagner du temps systématiquement ?).

    "J’envoie un ordre du jour avant une réunion". (et pendant la réunion, il se passe quoi ?).

    Cette obsession à parler du temps comme un jeu où l’on va "gagner" ou "perdre", c’est vriament ancré dans les discours vides …Essayez d’entendre le mot "temps" dans la bouche de votre interlocuteur sans entendre "gagner" ou "perdre" : pas facile…C’est un peu comme un jeu radiophonique ancien, le "ni oui, ni non", à tous les coups on…perd.

    En fait , ces discussions sur le temps sont souvent vides car ceux qui vous en parlent ne se posent pas vraiment la question de ce qu’ils font réellement de leur temps. Et puis le temps, il y a tellement de façon de le regarder : celui de la vie, celui de l’année, celui de la journée, de l’heure…Et à chaque fois, on ne voit pas le gain ou la perte de la même façon. Le sujet de notre rapport au temps dépasse ce côté mécaniste. La question du comment vivre avec son temps permet d’aborder un autre registre.

    Daniel Harkavy, coach, donne dans son dernier livre, une vision originale pour permettre au dirigeant de mieux "manager ses priorités" et d’élever un peu la question.

    Il nous conseille, en tant que dirigeant, de diviser nos activités en quatre catégories :

    . Growth

    . In

    . On

    . Off

    Growth, c’est la partie commerciale de notre job. Cela inclut la prospection, le networking, les entretiens avec des candidats au recrutement, la valeur ajoutée apportée à des propects importants. Ce sont les activités qui permettent à notre entreprise ou notre Département de croître, et nous aident, nous ou notre équipe, à apporter de la valeur au reste de l’organisation ou du marché.

    In, c’est le temps administratif.Il commence dès qu’un prospect est devenu un client. Ce sont toutes les activités qui vont assurent que tous ceux qui vont travailler sur le produit ou le service pour ce client vont le faire avec le plus haut niveau d’excellence. En traitant ces activités "In" avec excellence, le dirigeant fait du client d’aujourd’hui la force de vente de demain.

    On, c’est quand on se sort de l’excitation quotidienne de la conduite de l’entreprise. On est comme dans un hélicoptère, on observe ses activités, la croissance de notre entreprise, les activités qui nous occupent lorsque l’on est "In". On commence à travailler sur l’entreprise, à rechercher des moyens d’améliorer notre productivité et notre profitabilité. Cela inclue notre développement personnel. C’est aussi le temps où l’on lit, où l’on planifie la stratégie, où l’on réfléchit. C’est le temps où l’on met en place et où l’on exécute.

    Off, c’est quand on laisse l’entreprise de côté, où l’on pense à soi, à sa vie, son plan de vie. Cela peut se produire par exemple pendant le déjeuner, lors du jogging. C’est aussi peut être le samedi ou le dimanche, lorsque l’on lit un bon livre sur la plage ou chez soi. C’est le moment où l’on a l’impression de se "recharger".

    Daniel Harkavy nous recommande de bien répartir ces quatre types d’activités, en n’en négligeant aucun, et de vérifier que personne ne vient nous déranger lorsque l’on passe du temps sur chacune. On peut par exemple réserver une part de notre temps (50% ?) pour cette programmation, le reste permettant d’être prêt pour les imprévus. Mais une bonne maîtrise permettra de monter ce pourcentage à 60 ou 70%.

    A chaque fois que le "In" devient trop fort par rapport au "On" et au "Off", nous nous mettons en danger. Et quand nous sommes obsédés de "Growth" (vendre), en oubliant le "In", la satisfaction client disparaît et les résultats avec…Et si l’on vit sans "Off", un jour, tout craque…

    Cette programmation se prépare chaque jour pour le lendemain, au minimum, et si possible pour les 90 jours à venir. Ainsi, l’on trouvera plus facilement l’équilibre nécessaire, et l’on réduira l’impression de chaos, où l’on perd la maîtrise de notre vie, et où l’on court sur le scooter, le casque sur la tête, pour arriver quand même en retard à ses rendez-vous….

    Vivre avec son temps, c’est choisir la façon dont nous allons le vivre demain, et lundi, et décider quand serons nous "Growth", "In", "On", et "Off". Et la semaine ? Et le mois ?

    Le tout est de commencer….

  • Serviteur Lue ce jour une citation de Max De Pree, auteur d’ouvrages sur le management et le leadership, ancien dirigeant d’entreprise, et bien sûr aujourd’hui…consultant (en Californie) :

    « La première responsabilité du leader est de définir la réalité. La dernière est de dire merci. Entre les deux, le leader est un serviteur ».

    A rappeler de temps en temps à ceux pour qui diriger, c’est avoir des c….onvictions et une grande gueule.

  • Patsystone Qu’est-ce qu’on raconte dans les vestiaires de filles ?

    On y parle surtout chiffons, bijoux, parfums chics; cette semaine, par exemple, j’ai appris les secrets pour réhausser et illuminer le bronzage grâce à des fards chocolatés…on en mangerait.

    Mais, dans ce vestiaire de filles, on parle aussi de plus en plus de management et de travail…

    Un vestiaire trés tendance, c’est le supplément du Figaro, "Madame Figaro" (cette semaine, pour le même prix, on a aussi "Mademoiselle Figaro", un peu la même chose mais les publicités pour crèmes anti-rides sont remplacées par des publicités pour NRJ, MTV, et des bijoux en plastique…).

    Le sujet Management de la semaine, c’est "Travail, quelle affective êtes-vous ?", présenté comme une "enquête" par Flavia Mazelin Salvi.

    En fait d’enquête, Flavia s’est surtout entretenue avec Hélène Vecchiali, qui, aprés une carrière de psychanalyste, se présente maintenant comme "psychanalyste et consultante d’entreprise". Et puis il  aussi des témoignages, par exemple celui de Claire, 41 ans :

    " Au bureau aussi, je suis une affective : j’ai besoin qu’on m’aime !"

    Et elle explique comment elle a été "anéantie" parce que son boss n’a pas soutenu son projet…

    Le sujet de cet entretien-enquête, c’est ce dilemne entre raison et sentiments, entre le côté sèrieux du travail professionnel et le côté affectif, émotionnel, de la personne humaine (et on nous fait comprendre que les femmes sont particulièrement concernées…).Cette histoire ne date pas d’hier ("le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas"; le cerveau droit et le cerveau gauche, etc…).

    Alors, que nous dit Hélène de nouveau ?

    " Les cloisons entre univers professionnel et domestique ayant disparu progressivement depuis les années soixante, le travail est devenu un lieu où l’on s’investit émotionnellement. La notion de bonheur, après s’être développée dans la famille, a gagné la sphère professionnelle."

    Alors, face à ce besoin croissant de reconnaissance des collaborateurs, les experts proposent leurs bonnes recettes.

    Le psychiatre Eric Albert, président de l’Institut français d’action sur le stress, ménage chèvre et chou :

    " Sans affect on ne trouve ni motivation ni plaisir à son travail, mais trop d’affect épuise et rend inefficace".

    Hélène ose, pour parler des conflits au travail, où la part d’affect devient importante, une comparaison audacieuse :

    "En cas de conflit ou de rupture, il faut pouvoir se comporter comme des parents divorcés qui s’entendent dans l’intérêt de l’enfant. L’enfant étant ici le travail ! C’est pourquoi les territoires – privé et professionnel – doivent être clairement délimités et les règles du jeu clairement énoncées, pour éviter malentendus, chantages affectifs et autres règlements de comptes".

    Tous ces commentaires évoquent des situations plus ou moins connues par les praticiens de l’entreprise.

    Mais la partie la plus troublante de l’article c’est une galerie de portraits-types de cadres d’entreprise (l’article ne nous dit pas d’où ça sort); il y a du côté des masculins le rouleau compresseur (qui distribue les déclarations d’amour et les coups de gueule), le coffre-fort (qui cache ses sentiments), et du côté des portraits féminins la victime (se plaint tout le temps), la maternante (la maman de son équipe), la comédienne (celle qui fait tout son cinéma en toutes occasions), la transparente ( qui raconte sa vie intime à tout le monde)…

    On le sait bien,ces caricatures servent généralement à se moquer de ses collègues de bureau : mais oui, la comédienne, c’est tout Jacqueline, et ce coffre-fort, c’est ce salaud de Bidochard, le chef du personnel qui ne veut pas me signer mes congés..On se croirait dans un sketch de Muriel Robin. La mentalité Dilbert ne cesse de faire des ravages…Tant que cela reste une distraction sans conséquence, aucun danger…

    Mais on peut aussi s’interroger sur ce que ce genre d’"enquête" apporte à l’image de l’entreprise ..Probablement pas que du bien : les caricatures et les "conseils" psychologiques superficiels ne font que renforcer cette image de l’entreprise "prison psychique", où les tempéraments les plus extrèmes s’affrontent…Et puis, cette féminisation du sujet est toute aussi dérangeante, car elle renforce les stéréotypes masculins et féminins, alors que les comportements en entreprise ne sont pas seulement dictés par le sexe…

    Ce genre d’article anodin est bien représentatif de la façon de représenter l’entreprise pour le grand public : on n’y parle pas du sens de l’entreprise, ni du projet porté par sa communauté humaine, mais l’on se concentre sur un jeu de rôles assez débile, où tous les personnages ont l’air de psychopathes…Le fait que la clientèle cible de telles "enquêtes" soit précisément les femmes ne risque-t-il pas aussi de renforcer celles-ci dans le sentiment que "l’entreprise n’est pas un monde fait pour elles" ?

    C’est sûr que cela renforce le fond de commerce des psychiatres et psychalystes, qui se prêtent avec complaisance à ce type de papier, au risque de dévoyer leur professionnalisme, mais ne risque-t-on pas, en inculquant un tel cynisme aux cadres de l’entreprise, et notamment à leurs collaborateurs féminins, de rendre encore plus difficile la tâche de ceux qui essayent tant bien que mal de faire fonctionner ces entreprises ?

    Bien heureusement, toutes les femmes cadres d’entreprise (notamment celle-ci)  ne passent pas leur temps dans ce genre de vestiaires de filles, et nombreuses sont celles qui contredisent chaque jour ces caricatures…