• Burnout_1 Jai déjà indiqué les effets secondaires des systèmes de rémunération au mérite, et le risque d’obtenir ce que vous motivez. (voir ICI).

    Démonstration d’actualité quand j’ai entendu hier sur TF1, au 20H00, que certains des criminels arrêtés en Galicie, Espagne, étaient des pompiers payés au mérite, c’est à dire au nombre de feux éteints. Raisonnement de ces pompiers au mérite : allumons le maximum de feux, puis éteignons les, et par ici les primes au mérite !!!

    Ce matin, une information encore, dans Le Figaro :

    Les "cadres sup’" de l’Etat payés au mérite : un décret généralise une part de salaire variable pour les directeurs d’administration.

    20% des salaires des directeurs de l’enseignement scolaire, des affaires criminelles, des impôts, de la Santé, ou encore de la forêt et des affaires rurales, sont concernés.

    Les critères pour cette "indemnité de performance" seront déterminés "en fonction de la manière dont chaque directeur a atteint les objectifs assignés".

    Espérons qu’ils ne s’inspireront pas des méthodes espagnoles….

  • Plagepolitique L’été, c’est le moment où l’on abandonne le quotidien des affaires pour certains. Pour d’autres, c’est le moment de faire un bilan des mois passé, de se préparer à la rentrée. Pour les politiques, c’est le dernier été avant la course des élections de 2007, dont la Présidentielle. Alors ça révise dur en ce moment sur les bateaux (François Hollande lit "l’histoire de France pour les Nuls" !!). (merci à What’s next).

    Le Figaro consacre ces jours-ci une série aux questions qui vont marquer la prochaine élection, en interrogeant des hommes politiques (pas de femme pour le moment) de différents partis. Pour le moment il y a eu Jean-Christophe Cambadélis (PS), Jean-Louis Debré (UMP), Jean-Luc Bennahmias (Verts), et Jean-Claude Martinez (FN) : oui, vous avez remarqué, pour être interrogé sur les enjeux 2007, il vaut mieux s’appeler Jean quelque chose….

    Ce qui frappe dans ces déclarations, surtout au sein des partis que l’on appelle "de gouvernement" parce que candidats à exercer le pouvoir , c’est la tendance à parler de la politique comme si la France était une entreprise à gérer. Le plus acharné, c’est Jean-Christophe Cambadélis :

    "La plupart des candidats potentiels à la présidentielle se positionnent sur des thématiques sociales plutôt que sur la croissance économique. Seuls François Hollande et Dominique Strauss-Kahn évoquent la nécessité de créer de la croissance pour permettre de redistribuer les richesses."

    "La question de la modernité va tenailler cette présidentielle. L’enjeu, c’est l’ouverture d’un nouveau cycle."

    Pour Jean-Louis Debré, la question se pose presque de la même façon, même si les réponses sont présentées différemment :

    "La présidentielle, c’est d’abord le choix d’un modèle économique et social. D’un côté il y a, à gauche, les tenants de l’interventionnisme et de l’étatisme.Pour eux, le salut de l"économie passe par l’administration et l’Etat. En clair, c’est toujours plus de fonctionnaires, plus de réglementations. A droite, il y a une ligne claire à définir entre ceux qui rêvent d’un libéralisme débridé, sans règle, où le marché doit régner en maître, et ceux, dont je suis, qui veulent un libéralisme ordonné.(…). De ce choix économique découle le modèle social que nous souhaitons.

    Cette tendance des hommes politiques à fonder l’efficacité de leur action dans un modèle trés managérial n’est elle pas la cause de la désaffection des citoyens pour la vie publique et la politique ?

    On a l’impression que le débat politique ressemble à un débat de conseil d’administration, autour de problèmes économiques. Les considérations économiques sont clairement affichées comme surdéterminant tous les registres de la vie sociale. Les hommes politiques sont des sortes d’hommes d’affaires, à l’image des managers dynamiques, et se mettent à enfourcher ce discours de l’efficacité, de la performance, de la réduction des effectifs. On fait même appel à des hommes de l’entreprise, aptes à gérer l’Etat comme ils ont géré des entreprises (on l’a vu à gauche comme à droite,et en ce moment avec Thierry Breton, qui ne manque jamais une occasion de comparer son action à Bercy avec son expérience chez Thomson ou France Télécom).

    Ce qui est surprenant c’est que cette tendance s’amplifie précisément au moment où ce discours excessivement gestionnaire commence à être remis en cause dans le monde de l’entreprise : ces discours sur la performance, l’excellence, le "toujours plus", la satisfaction de l’actionnaire,… ne suffisent plus pour motiver les salariés et les cadres. Les collaborateurs demandent aujourd’hui de la reconnaissance, et du sens pour adhérer à l’entreprise. Cette remise en cause du modèle trop exclusivement financier et économique s’accompagne aussi parfois de souffrances réelles, qui obligent les entreprises et leurs leaders à chercher d’autres voies et d’autres méthodes. (voir le Manifeste Zone Franche, ICI, ).

    C’est précisément à ce moment que les politiques font l’inverse. On assiste à une obsession du chiffre dans les discours politiques, par exemple autour de la dette publique ou des déficits. On nous commente tous les mois les taux de croissance, les taux de chômage, et autres statistiques et indicateurs. On ne débat plus directement de l’organisation de notre vie en société, de la démocratie, du bien-être de la population, des finalités de l’existence humaine.

    C’est le chiffre qui envahit le débat politique.

    Les taux de chômage ou de la délinquance sont devenus les critères d’évaluation privilégiés du succés ou de l’échec d’une politique. On ne va pas manquer de se les envoyer à la figure, c’est sûr, lors de la prochaine élection, qui, sur ce point, va terriblement ressembler aux précédentes, non ?

    Cette posture est probablement un piège terrible pour le politique , car il transforme les citoyens en clients, ou en actionnaires : ils appliquent au politique des critères d’évaluation qui ont cours dans le monde du travail, et, de même que le conseil d’administration se débarasse du dirigeant qui n’apporte pas une rentabilité suffisante, le citoyen-électeur rejette les hommes politiques insuffisamment efficaces avec son bulletin de vote. La politique devient une espèce de marché où la côte des uns et des autres fluctue au rythme des sondages.

    Et le politique  accentue ce phénomène en considérant lui-même le citoyen comme un client : il faut être "à l’écoute du terrain", comme pour sentir les goûts du consommateur. Il faut être "pragmatique", c’est à dire pouvoir dire des choses contradictoires, car ce type de pragmatisme n’est pas trés compatible avec des convictions trop fortes.

    On en arrive à ce que le débat politique ne permet plus de discuter autour de projets de société, d’orientations pour l’avenir, de donner un idéal et du sens. Alors le citoyen va réagir comme un client exigeant, cherchant à optimiser pour lui, individuellement, sa relation avec un système politique qui est en fait assimilé à un centre de "service client", ou un bureau de réclamations : on va chercher à faire pression sur le prix du service de l’Etat (les impôts qu’il faut baisser; il est considéré comme un art de trouver toutes les astuces pour payer moins d’impôts, et tout contribuable qui ne pratiquerait pas ce sport serait vraiment un pauvre imbécile…).On va exiger des baisses de coûts, et demander des comptes.L’individualisme triomphe, et l’on ne parle pratiquement plus de la vie en société, du sens d’être ensemble dans le pays, en Europe, sur Terre.

    Le politique, enfermé dans ce jeu, est obligé d’être hyper réactif, de réagir instantanémént à tous les imprévus de la vie, comme un entrepreneur qui ne conduirait son entreprise qu"avec une vision complètement court terme, réactive. Précisément l’attitude que l’on déconseille à tous les entrepreneurs qui veulent réussir dans une entreprise pérenne.

    Oui, c’est en essayant de copier ce qui est en ce moment le plus questionné dans le monde de l’entreprise que les politiques sont en train de faire fausse route, et contribuent à l’abstention ou aux votes de réaction.

    C’est pourquoi un discours qui va venir parler de sens, de développement durable, de projet de société, comme dans les entreprises qui ont bien compris le problème, ne peut que décadrer par rapport à ces pratiques. C’est le sens des déclarations de Nicolas Hulot, apparemment, qui s’est fait rembarrer par tous les "gestionnaires de la politique", de gauche comme de droite….

    La dénonciation de cette contamination de la politique par la gestion n’est pourtant pas nouvelle. Vincent de Gaulejac, parmi de nombreux autres, l’a trés bien analysée dans son dernier ouvrage.

    Mais on a l’impression qu’elle n’est pas perçue comme un danger. Les candidats remettent le couvert avec les mêmes attitudes.

    C’est peut être pour ça que François Hollande lit l"histoire de France pour les Nuls" .

    Que croyez vous qu’il arrivera ?

  • Rolandjunck_1 Le feuilleton ARCELOR-MITTAL continue; c’est la saga de l’été.

    Hier, c’est depuis Londres que Lakshmi Mittal a annoncé la composition du comité de Direction; la tribu se met en place

    Aprés les déclarations de Thierry Breton, les démélés de Guy Dollé (qui disparaît de la série dans ce nouvel épisode), c’est l’arrivée du nouveau PDG, ancien d’ Arcelor, Roland Junck.

    Alors, qui est-il ?

    Le Figaro nous a déniché un superbe portrait qui m’a laissé songeur.

    C’est signé F.G et S.M (de Londres), ??

    "Certains observateurs estiment qu’avec son physique de premier de la classe timide et frileux, sa moustache blonde, ses lunettes cerclées et ses cravates trop courtes, Roland Junck ne fera pas le poids coincé entre les Mittal père et fils"

    Cette histoire de cravate trop courte ne peut que réveiller notre imaginaire, et nous rappeler que pour bien diriger, "il en faut", non ?

    Et puis c’est vrai que le fils Mittal, le jeune Aditya (Attilla ?), a sans aucun doute ce charme particulier qu’on ne trouve pas de la même façon chez ce nouveau PDG "timide et frileux"; Adityamittal120 Sa cravate doit être du plus bel effet, c’est sûr, en pure soie de Londres….et faire se pâmer les dames…et d’autres…

    Et le père, tout aussi charmeur et au sourire provocateur….Mittal

    Oui, cette série se poursuit bien, et on sent que ces merveilleux observateurs ont tout compris de ce qui va faire marcher ce nouveau Groupe dans ses 27 pays, avec 320.000 salariés.

    C’était dans les pages "Economie" du Figaro….ou plutôt "PeopleEconomie"…

    A suivre……

  • Carotte

    Il est une pratique de management qui semble complètement intégrée dans l’imaginaire des dirigeants d’entreprise, c’est la rémunération variable en fonction des performances.

    Derrière cette expression on entend le fait de réserver une part de la rémunération à l’atteinte d’un niveau de performance objectif.

    Même les entreprises publiques et les Administrations s’y mettent.

    En théorie, tout est simple dans cette pratique.

    Les ventes baissent ? Augmentons les variables des vendeurs.

    Le service client est défaillant ? Vite, on promet des primes aux collaborateurs du service pour faire remonter le taux de satisfaction des clients.

    Les avions décollent en retard ? Prime pour les pilotes qui font partir les avions à l’heure.

    L’hôpital n’est pas performant ? Prime pour les employés et les médecins.

    Bercy va se réformer ? Thierry Breton met en place les rémunérations variables.

    ETC…

    De quoi parle-t-on en fait ?

    Le but de ces systèmes est de motiver les collaborateurs les plus performants, et donc par principe de créer des écarts plus forts entre les rémunérations des meilleurs et des moins bons.

    Alors si c’est si simple, pourquoi a-t- on souvent l’impression que ces systèmes n’ont que peu d’impact sur la motivation des collaborateurs ?

    Pourquoi crée-t-on ainsi ces différences ?

    (suite…)

  • Seed

    Puisque c’est la période des jeux de l’été, en voici un très simple.

    Prenez un dirigeant, d’une entreprise, d’une équipe, d’une business unit, cela peut être vous-même, et posez la question :

    «  Avez-vous autant de pouvoir, de contrôle, d’influence, sur l’organisation que  vous dirigez que vous pensez nécessaire d’en avoir ? ».

    Allez, soyez sincère, quelle réponse obtenons nous le plus souvent : NON !

    Ce qui suit est souvent passionnant : c’est le dirigeant qui a l’impression que son seul job consiste à faire des discours et serrer des mains ; C’est cet autre qui se sent entouré de subordonnés qui ne comprennent pas ce qu’il veut, et agissent trop lentement ; et cet autre encore qui est convaincu que sans lui, ses collaborateurs n’ont pas assez d’idées .

    Certains cas sont plus subtils, comme ce dirigeant qui considère que seuls certains sujets, c’est à dire les plus stratégiques et les plus innovants, méritent qu’il s’y implique complètement, mais qu’il est normal de déléguer un peu plus pour les autres.

    Et puis, il en reste qui répondent OUI, convaincus qu’ils exercent un contrôle salutaire et indispensable sur tout ce qui est important. C’est même à ça qu’on reconnaît leur vrai talent de dirigeant, non ? Mais même ceux là répondent plus souvent non, car ils restent avec le sentiment de ne jamais en contrôler assez.

    En fait, la question intéressante n’est pas de savoir si les dirigeants manquent ou non de contrôle sur leur entreprise, mais plutôt de savoir s’il est souhaitable que les dirigeants contrôlent leur entreprise.

    Que répondez-vous ?

    Je vous entend déjà, surtout si vous êtes vous-même le dirigeant, répondre, comme une évidence : OUI, bien sûr. La question elle-même paraît complètement saugrenue à la plupart.

    (suite…)

  • Sylvie Dans le chapitre "Symphony" de son ouvrage "A whole new mind", Dan Pink nous recommande de développer notre capacité à assembler des sujets variés, et à connecter des personnes trés différentes, comme un chef d’orchestre dirige une symphonie.

    Pour développer cette compétence, il conseille d’être un "metaphor maker", capable de comparer des thèmes et sujets variés. A titre d’exercice il conseille de tenir un "metephor log", c’est à dire de noter toutes les métaphores que l’on entend ou que l’on lit, afin de développer cette agilité.

    Tout de suite, mon esprit chantant me fait penser à cette métaphore d’une chanson de sylvie Vartan, "L’amour, c’est comme une cigarette…" :

    "Lamour, c’est comme une cigarette,

    Ca brûle et ça monte à la tête,

    Quand on ne peut plus s’en passer,

    Tout ça s’envole en fumée…."

    C’est vrai que les métaphores n’ont pas bonne réputation dans le monde de la pensée et du management; Comparaison n’est pas raison, et une métaphore c’est pas du tout scientifique, ça ne prouve rien, c’est fait pour les dilettantes chantants, pas pour les managers.

    Alors, c’est vrai que ce conseil de Dan Pink est un peu inhabituel.

    Et son conseil de développer notre "MQ", c’est à dire notre "Metaphor Quotient" est bien en ligne avec cet équilibre entre cerveau gauche et cerveau droit.

    Alord, forcément je ne pouvais pas rater cette superbe métaphore citée dans l’ouvrage de Mihaly Csikszentmihalyi, "La créativité", en référence au livre de Burke et Ornstein, "The Axemaker’s gift" (Le cadeau du fabricant de haches).

    De quoi s’agit il ?

    Ornstein compare en fait les inventions humaines, et tout ce qui apporte innovation et changement, comme des "cadeaux du fabricant de haches".

    En effet, "lorsqu’une hache en métal est introduite pour la première fois dans une tribu qui ignore les métaux, tuer devient plus facile et les relations sociales, les valeurs culturelles du groupe se détériorent.En un sens, toute innovation est un cadeau du fabricant de haches."

    On pense bien sûr à tout ce qu’apporte l’industrie du tabac, de l’alcool, la recherche nucléaire, etc…

    Mais en fait, tout objet, tout changement a nécessairement sa part d’ombre qui peut se révéler parfois trop tard, et tout progrès contient sa part de danger.Il est en effet difficile de prévoir toutes les conséquences du changement. Tenez, Mittal-Arcelor, c’est fait; Et que va-t-il se passer maintenant ? Le fabricant de haches a fait son travail; Observons cette nouvelle tribu Arcelormittalisée…..

    C’est pourquoi il est tout aussi absurde de refuser tout changement, que d’y croire béatement. Plus on modifie l’environnement d’une entreprise, d’un territoire, d’une organisation, plus on a de risques de produire des effets indésirables en même temps que les effets recherchés.

    C’est pourquoi tous ceux qui nous font croire que les individus créatifs, qui veulent tout le temps tout changer, ne peuvent nous faire aucun tort nous mentent et se trompent.

    La créativité et le changement sont comme des médicaments, ils ont leur part d’effets secondaires, et doivent être prescrits par de bons médecins (tiens, encore une métaphore..).

    Il est tout aussi erronné de croire que le progrès est toujours souhaitable que de le refuser systématiquement.

    Mais il est de bon conseil de nous donner à réfléchir sur ces "cadeaux de fabricant de haches"…

    Ce qui n’empêche pas d’aimer Sylvie Vartan non plus……

  • Brain_1  "Mon second organe favori", c’est ainsi, paraît-il ,que Woody Allen désigne son cerveau.

    La littérature managèriale et les recherches en Ressources Humaines sont perpétuellement agitées par une question profonde à son sujet : Est on Cerveau Droit ou Cerveau Gauche ?

    Oui, vous connaissez forcément cette histoire, dont même Madame Figaro vous a révélé les secrets.

    De quoi s’agit-il ?

    Les neurologistes ont depuis longtemps mis en évidence que le cerveau était divisé en deux régions.

    La partie gauche est considérée comme exprimant le rationnel, l’analytique, la logique (tout ce qu’on attend d’un brillant cerveau), et la droite le non-linéaire, l’instinct, l’émotion (un vestige qui subsiste des temps préhistoriques).

    Les scientifiques, depuis le XIX éme Siècle,  ont toujours considéré que la partie gauche est ce qui caractérise la partie essentielle de l’être humain.

    Et puis, à la faveur de recherches ultérieures, la partie Droite a retrouvé grâce à leurs yeux : elle n’est plus considérée comme inférieure mais comme différente. Le cerveau droit est devenu la nouvelle star : c’est lui qui nous rend réel, humain, c’est le signe que l’on est un vrai.

    Et deux conceptions complètement débiles envahissent la littérature et les théories des coachs et penseurs du "développement personnel" en tous genres.

    La première conception, c’est celle du "le cerveau droit, notre sauveur" .

    Ses adeptes considèrent que le cerveau droit est dépositaire de tout ce qui est positif dans l’homme, tout ce qui est bon et noble. Pour ceux là, vous dire "vous ne seriez pas Cerveau Gauche ?", c’est vous dire "vous ne seriez pas un gros crétin buté et brutal" ?; et "Vous êtes Cerveau Droit", ça veut dire "Quel homme de goût vous êtes !".

    Alors, sont apparues des nouvelles notions de "cuisine Cerveau Droit", d’"Education des enfants Cerveau Droit", de "Jeux Cerveau Droit", et pourquoi pas des "coachs Cerveau Droit", des "Consultants Cerveau Droit", etc…. Les rayons des librairies en sont plein ! La vague New Age, les formations en tout genre vaguement connotées Zen et boudhisme.

    La deuxième conception est venue en réaction : c’est celle qui va dire que, oui, ces histoires de cerveau droit, c’est gentil, mais n’est ce pas le signe d’un ramolissement général de l’espèce humaine ? Car ce qui nous distingue de l’animal, c’est quand même notre capacité à analyser et développer la connaissance scientifique, non ? Alors les adeptes du cerveau droit ne sont ils pas les saboteurs du progrés social et économique ? Oui, ces drôles d’adorateurs du cerveau droit, êtres sensibles et sans nerfs, que cherchent ils ? etc… Bref, pour ces scientifiques "couillus", le cerveau droit, c’est important, mais quand même quelque chose d’inférieur.

    Cette opposition factice entre les deux cerveaux, comme une guerre de religion, je l’ai trouvée parfaitement décrite dans l’ouvrage de Daniel H. Pink, paru l’année dernière, "A whole New Mind".

    Il nous rappelle que, effectivement, il y a deux catégories de personnes dans le Monde : celles qui croit qu’il existe deux catégories de personnes dans le Monde, et les autres.

    Son ouvrage est en fait un plaidoyer pour ce qu’il appelle le "Conceptual Age", qui succède à l’"informational age",où , pour s’y adapter, il va nous falloir à la fois un cerveau gauche et un cerveau droit, "A whole New Mind". Il réconcilie cerveau gauche et cerveau droit pour nous proposer de nouveaux comportements.

    Ce n’est plus de plaisir ou de science dont nous avons besoin, mais d’un nouveau sens.

    A l’ère de l’ "information age", le cerveau gauche avait tout avantage; mais trois phénomènes sont venus tout remettre en cause : l’Abondance, l’Asie et l’Automatisation.

    L’Abondance, c’est la caractéristique de notre temps : pour celui qui a la chance de vivre dans un pays développé, tout est disponible, et les coûts de plus en plus bas. Ce qui fait la différence entre les produits, ce n’est plus leur fonction de base, toutes sont déjà comblées, mais le petit plus émotionnel, l’expérience…Eh oui, c’est à dire tout ce que voit notre cerveau droit… et il faut donc un peu de cerveau droit dans le marketing et les services : du design, de l’humour, de la mise en scène,…

    L’Asie, c’est pour faire référence à tout ce que l’on peut fabriquer à des coûts main d’oeuvre moins chers en Asie qu’en Europe ou aux Etats-Unis, alors ce qu’il faut dans nos produits pour résister, c’est de l’innovation, des relations humaines, la capacité à faire durer une relation client, oui, encore, du cerveau droit…

    L’Automatisation, c’est tout ce que peuvent faire les ordinateurs, calculer vite, étudier toutes les possiblités, même les juristes et les comptables sont menacés par ces programmes qui étudient les cas et recherchent les solutions. Alors, il reste quoi ? L’intuition, la vue d’ensemble, c’est à dire, encore, l’usage du cerveau droit, associé au cerveau gauche.

    Alors dans un monde où tenter de faire plus, moins cher et plus vite ne permet plus de faire la différence, que faut il faire ?

    Dan Pink nous donne la liste des six nouveaux sens qu’il nous faut maîtriser pour être adapté à ce "Conceptual Age" :

    Design : il ne faut pas seulement créer un produit ou un service, mais créer quelque chose de beau, une expérience (même idée chez Gilmore, dont j’ai déjà parlé);

    Raconter des histoires: il ne s’agit plus d’argumenter pour convaincre, il faut séduire, raconter de belles histoires  (Deteuf l’avait déjà dit au début du XX ème siècle),

    – Ne pas être seulement spécialisé, focus, mais aussi voir large, être capable d’intégrer, de faire fonctionner en cohérence, comme une symphonie (tiens, c’est comme ma barbie dilettante..),

    – Ne pas être seulement logique, mais empathique : tous les outils d’analyse existent, mais qui fera la différence grâce à son sens des relations et des situations ?

    Ne pas prendre tout au sérieux, mais savoir s’amuser : dans le "Conceptual Age", "We need to play",

    – Ne pas accumuler des connaissances, elles deviennent toutes vite obsolètes, et on trouve tout dans Google ou Wikipedia, mais plutôt trouver le "Meaning", donner du sens, à sa vie, à son travail…

    Bref, un bon livre, qui reprend de nombreux concepts que j’ai déjà abordés ici, présentés agréablement, avec des petits exercices et des résumés qui permettent d’en faire un  manuel portatif pour s’adapter dans le "conceptual age" mieux que les autres et surtout avant les autres …

    Facile à retenir en six mots clés : Design, Story, Symphony, Empathy, Play, Meaning.

    Ces six sens sont un kit de survie indispensable.

    On est bien loin des caricatures évoquées au début de cette note : ce livre nous apprend aussi à nous en méfier.

  • Magicienoz Les américains ont cette étrange expression pour désigner une forme particulièrement pernicieuse de managers.

    Nous connaissons ce conte, immortalisé par le film avec Judy Garland, "The Wizard of Oz / Le Magicien d’Oz", avec cette chanson inoubliable "Over the rainbow ".

    Le Magicien d’Oz est cet être caché derrière un rideau qui fait du bruit et des tours pour impressionner son auditoire et la toute gentille Dorothy (Judy herself), alors que derrière cette mise en scène se cache un être faible et sans talents.

    Alors les managers atteints du syndrome du Magicien d’Oz, qu’ont ils de particulier ?

    Cela fait référence à ce sentiment qu’il faut, pour bien manager, laisser les employés dans l’ombre et l’ignorance, permettant ainsi de garder le contrôle sur l’organisation.

    Les managers qui souscrivent à une telle croyance sont ceux qui sont convaincus que leurs collaborateurs ne doivent pas savoir trop de choses sur ce qui se passe dans l’entreprise, ni d’ailleurs dans le secteur économique ( Ben oui, sinon ils risquent de partir à la concurrence ces insolents !!!).Il faut leur faire croire que le chef, c’est celui qui sait, qui connaît des tours et astuces fantastiques, et surtout n’en dévoile jamais les secrets.

    Ce sont ces managers qui instaurent un climat de contrôle et de surveillance sur l’ensemble de l’organisation. Cela leur permet aussi d’embaucher et d’encadrer des collaborateurs qui font leur travail en baissant la tête et en courbant l’échine, sans jamais se plaindre, sans rien contester, oui, quel bonheur d’avoir de tels collaborateurs pour ces managers Magiciens d’Oz, qui peuvent ainsi présenter un portrait d’eux-même de vrai chef, autoritaire, respecté, c’est à dire un portrait beaucoup plus grand et beaucoup plus beau que la réalité.

    Ce management de faibles, il coûte cher aujourd’hui, car il est probablement à l’origine de ce désengagement que toutes les enquêtes constatent parmi les collaborateurs des entreprises, surtout les plus jeunes et, surtout, les plus brillants.

    Là encore, c’est avec plus de courage, plus de prise de risques que l’entreprise et ses managers pourront faire naître parmi leurs collaborateurs la meilleure motivation.

    Il faut apprendre à lutter contre cette image que "le travail, c’est souffrir", et qu’il faut faire souffrir pour obtenir la meilleure productivité.

    Même si le management peut obliger à des tensions, à des décisions difficiles, à des sanctions, ceux qui s’en sortent le mieux restent ceux qui gardent une vision optimiste, sur la durée, des capacités et talents à révéler en chacun. Ce n’est certes pas toujours facile de garder une telle attitude, mais cela vaut mieux que de rester un pauvre magicien d’Oz qui est finalement bien malheureux.

    Alors, soyons un peu plus Dorothy, et un peu moins Magicien….

    …Somewhere, over the rainbow …..

  • Petitefilleriche_1 D’habitude, elle est toujours occupée, chaque fois que je passe prés d’elle.

    Là, je l’ai sentie seule, vide.

    Elle voulait me dire quelque chose, alors je me suis approché.

    Les personnes qui l’occupent en permanence, elle les connaît bien; Chacun a ses manières. Elle est la pauvre petite fille riche de l’entreprise.

    Chaque lundi matin, de bonne heure, l’ambiance est sérieuse, ils aiment son odeur, ils terminent un peu leur nuit avec elle parfois,le café circule, elle est agréable.Ils parlent beaucoup, mais en fait ce n’est pas toujours vraiment intéressant et, parfois, elle aurait envie de leur dire qu’ils auraient mieux fait de rester couchés, plutôt que de venir la déranger ainsi. Elle reste discrète, car les échanges de regards en disent aussi beaucoup.

    Elle est aussi toujours concernée par les "revues de performance", ça dure des heures, tous les sujets y passent : ça consiste à feuilleter des pages de chiffres sur des feuilles excel, avec des graphiques. Elle aime la nostalgie des ces moments, où l’on parle beaucoup du passé, mais malheureusement surtout des choses mauvaises, pas assez des bons moments. Mis comme elle est curieuse, elle trouve souvent qu’on ne parle pas assez du futur.

    En fait, elle s’est bien rendue compte que tous les personnages qui la fréquentent perdent beaucoup de temps avant de conclure. Souvent ils ne prennent pas de décisions; parfois ils sont en conflit, et elle est bien utile pour apporter un terrain neutre.Mais l’ambiance n’est pas toujours trés bonne, et elle n’y peut pas grand chose. Elle a tout ce qui faut pour qu’ils se tiennent à bonne distance, mais ça ne suffit pas toujours.

    Aujourd’hui, dans l’entreprise, avec ces organisations matricielles, chaque personnage a plusieurs facettes : il est directeur de la Business Unit TrucMarrant, mais aussi en charge d’une zone géographique, et aussi "Process Owner" du process " Order to cash"…Alors , évidemment, ce personnage, avec toutes ses responsabilités emmélées, elle n’arrête pas de la voir, il vient la voir plusieurs fois par jour, accompagné de personnes à chaque fois différentes. Elle s’est habitué à lui; elle voit bien que tout ça le fatigue; on a l’impression parfois qu’il est épuisé. Alors elle est là pour l’écouter, lui apporter un peu de confort. Elle aimerait lui suggérer de réduire les multiples objectifs qu’il se croit obligé de surveiller en même temps; lui suggérer de faire plus confiance à ses collaborateurs, mais lui il est acharné, il veut tout voir et tout comprendre. En fait, elle le sent bien, il ne peut plus se passer d’elle; il est accro, ça lui donne le sentiment d’exister et d’avoir du pouvoir de constamment venir la voir. En plus elle est tellement gentille, toujours disponible. Elle a entendu son nom hier dans une conversation secrète entre grands chefs; il va être nommé responsable d’une nouvelle "cross fonctionnal team", encore un nouveau truc; elle sait qu’elle va encore le voir un peu plus….

    Elle n’ose pas lui dire que ça serait peut-être mieux si l’on se passait d’elle de temps en temps.

    Elle pourrait aussi  lui dire qu’il existe plein d’autres façons de travailler aujourd’hui, avec les outils technologiques d’échanges de connaissances, mais elle a peur qu’il le prenne mal, ou qu’il lui répéte ce qu’elle entend souvent : "mais on a toujours fait comme ça, pourquoi changer". Ou bien " tu veux nous faire faire des dépenses toi encore, tu sais bien que c’est pas le genre de la maison, et puis nous on aime le contact, entre hommes, alors restes là ..".

    Un moment, quand elle a vu l’entreprise grandir, devenir internationale, avec des collaborateurs par dizaines de miliers à travers le monde, elle s’est dit que là, par nécessité, on allait la laisser tranquille. Mais non, ça continue. Le matin, débarqués du train ou de l’avion de bonne heure, ils arrivent le costume froissé, une petite valise à la main, et se précipitent vers elle. Ils vont l’occuper toute la journée. A midi, ils ammènent leurs sandwiches, ou des plateaux repas, ils ne la laissent jamais en paix.

    Oui, j’ai bien compris ta peine, pauvre petite fille riche qu’on appelle "la salle de réunion"…

    Bon courage ! quand je verrai tes bourreaux, j’essayerai de leur expliquer, mais pas sûr que j’y réussisse…

  • Fourmis_1 "La fourmi est un animal intelligent collectivement et stupide individuellement; l’homme, c’est l’inverse"

    Cette citation de l’éthologue (spécialiste de l’étude des comportements) Karl Von Frisch figure dans l’ouvrage d’Olivier Zara, "Le management de l’intelligence collective".

    Elle dit bien toute la difficulté à concevoir et faire fonctionner correctement le travail en groupe et en équipe. C’est vrai qu’il est facile d’associer les masses, les groupes à des troupeaux abrutis, alors que le héros qui décide seul et emmène ses troupes à l’assaut, ça, ça a de l’allure, et on aime bien y croire; que de beaux films on fait avec tous ces héros, et que d’opéras aussi.

    Comment s’étonner que toute cette symbolique imaginaire imprègne tellement les cultures qu’elle rend trés difficile de faire coopérer les individus dans des projets collectifs pour l’entreprise ?

    Je me souviens d’un Directeur Général qui m’avait présenté avec fierté les membres de son tout nouveau Comité de Direction : à l’Industrie, il y avait un ancien de Valéo, au Marketing un super pro de la Distribution, aux RH un vrai dur qui avait conduit des multitudes de plans sociaux, etc… Quel casting; lorsqu’il m’a invité à participer à une des réunions de ce comité fantastique, j’avais l’impression d’aller à Hollywood… Et bien oui, c’était comme à Hollywood : un vrai combat de stars : "Moi chez Valéo, c’était comme ça, donc il faut faire comme ça", "Moi, le marketing ça me connaît, voici comment il faut faire", "les RH, ça se manage comme ci et comme ça, c’est mon expérience extraordinaire qui vous le dit",… quelle catastrophe !

    On le constate tous les jours ce phénomène : il ne suffit pas de mettre ensemble les meilleurs pour que tout roule tout seul. Sans parler des cas où l’on n’a même pas l’ensemble des compétences nécessaires.

    Il peut paraître évident que l’entreprise moderne, celle qui est performante, ne peut pas se concevoir autrement qu’en mettant en oeuvre cette "intelligence collective", mais tout le problème est de savoir comment faire. Les dirigeants manquent souvent de repères.

    Olivier Zara est un auteur utile pour identifier les bonnes pistes. Il nous rappelle notamment que tous ceux qui tentent de prendre le problème en mettant en place des outils de "knowledge management", de "capitalisation" font fausse route.

    Pour favoriser "l’entreprise intelligente", il faut passer par trois étapes, qui se chevauchent constamment :

    – d’abord, Vouloir coopérer : il s’agit ici de la culture, des valeurs, qui font que les collaborateurs ont envie de partager, d’aider les autres, l’auteur imagine même de mettre en place des "contrats collaboratifs", qui viennent s’ajouter aux contrats d’objectifs qui encadrent les responsabilités individuelles; cette culture du respect de l’autre, de l’écoute, on ne la rencontre pas partout;

    – ensuite, Savoir coopérer : il ne suffit pas d’avoir envie, il faut aussi savoir comment; les techniques de management collectif sont souvent mal connues (ou bien oubliées) des collaborateurs, surtout les plus experts dans leur domaine, ou les chefs : ces individus ont accumulé tellement de certitudes qu’ils rendent impossible tout travail de groupe; ces réunions pleines de bruit où tout le monde coupe la parole aux autres, quelle horreur…Oui, savoir coopérer s’apprend, et il vaut mieux avoir appris assez jeune;

    – enfin, Pouvoir coopérer : là, on arrive aux outils, aux technologies, qui vont aider à rendre concrets ces Vouloir et Savoir coopérer; En fait, tout est possible, mais on constate combien de nombreux outils mis en place ne sont jamais utilisés, ou trés peu; aujourd’hui on parle des wikis, plate-formes multi-utilisateurs, qui permettent, selon le modèle de Wikipédia, de créer de véritables lieux d’échanges et de travail collectif. Cet axe est en fait le plus facile.

    Un domaine où cette coopération est cependant contre-productive c’est celle de la décision.

    Il est recommandé de favoriser la réflexion collective, mais la décision elle-même en individuel offre des avantages :

    "Plus la décision est collective et plus elle sera stable dans le temps, difficile à remettre en cause, rigide,

    Moins la décision est collective et plus elle sera flexible, adaptable, facile à changer ou à supprimer."

    Olivier Zara met en évidence combien une décision collective est peu flexible, alors que la survie de l’entreprise est liée à sa vitesse de déplacement (capacité à adapter une décision aux besoins des clients, aux contraintes des fournisseurs, aux nouveaux produits, aux concurrents) et non à l’intensité de son immobilisme.

    En fait tous les phénomènes de décisions collectives, qui permettent de justifier les "on change pas puisqu’on a dit qu’on ferait comme ça" conduisent à la déresponsabilisation.

    Par contre la capacité d’un dirigeant, d’une entreprise, à organiser la réflexion collective est un vrai atout. Dommage que de nombreux dirigeants fassent systématiquement l’inverse.

    De bonnes remarques et réflexions pour mettre en oeuvre un vrai "fourmi-management".