J’avais déjà évoqué ici le personnage de Félix de Vandenesse, décrit par Balzac, dans « Le lys dans la vallée » comme un être sensible et tendre sujet à « des rapides ébranlements de la sensibilité qui ressemblent aux secousses de la peur ».

La Comédie humaine de Balzac est source de découverte et d’exploration des sentiments humains, qui nous inspirent encore et évoquent des personnages et situations qui n’ont pas disparus.

Ainsi, comment décrire ces personnes, bonnes clientes des coachs et des consultants, qui cherchent des réponses, ou au moins de l’aide, pour comprendre et avancer ? Ces personnes qui savent aussi s’introspecter pour comprendre le monde et les comportements qui les entourent.

C’est précisément ce que n’est pas l’abbé Birotteau, héros du roman « Le curé de Tours », qui donne à Balzac l’occasion d’une saillie sur le sujet.

L’abbé Birotteau est logé par une demoiselle Gamard, qui, apparemment, lui porte une forme de haine qu’elle lui manifeste. Pourtant l’abbé Birotteau ne semble pas comprendre d’où lui vient ce comportement. Et Balzac nous en livre l’explication :

« Les secrets motifs du sentiment que mademoiselle Gamard lui portait devaient lui être éternellement inconnus, non qu’ils fussent difficiles à deviner, mais parce que le pauvre homme manquait de cette bonne foi avec laquelle les grandes âmes et les fripons savent réagir sur eux-mêmes et se juger ».

 « Un homme de génie ou un intrigant seuls se disent : -J’ai eu tort. L’intérêt et le talent sont les seuls conseillers consciencieux et lucides. Or, l’abbé Birotteau, dont la bonté allait jusqu’à la bêtise, dont l’instruction n’était en quelque sorte que plaquée à force de travail, qui n’avait aucune expérience du monde ni de ses mœurs, et qui vivait entre la messe et le confessionnal, grandement occupé de décider les cas de conscience les plus légers, en sa qualité de confesseur des pensionnats de la ville et de quelques belles âmes qui l’appréciaient, l’abbé Birotteau pouvait être considéré comme un grand enfant, à qui la majeure partie des pratiques sociales était complètement étrangères ».

Et Balzac de décrire ce paradoxe d’une forme d’égoïsme qu’a développé l’abbé Birotteau, et qui l’empêche, malgré sa fonction de prêtre et confesseur, de comprendre les autres, y compris pour lui-même.

Voilà de quoi nous inspirer et extrapoler pour comprendre le monde : Faut-il vraiment, comme Balzac, considérer que pour cela il faut soit être « une grande âme » soit agir par intérêt (c’est-à-dire, dans le vocabulaire balzacien, être un « fripon ») ? Et que si l’on n’est ni l’un ni l’autre, on reste dans son égoïsme ?

Mais c’est aussi une source de réflexion pour les consultants et les coachs, et pourquoi pas aussi les managers : quels sont les « confesseurs de pensionnats de la ville », qui ignorent finalement les subtilités des « pratiques sociales », de tout ce qu’on appellerait aujourd’hui le contexte humain et psychologique des situations humaines ? Comment aussi rester cette « grande âme » au lieu d’un « fripon » ? Ce qui guide le consultant et le coach, est-ce seulement l’intérêt du fripon, ou une part de cette « grande âme » ?

Lire Balzac, et « Le curé de Tours » et les déboires de l’abbé Birotteau, c’est aussi prendre la hauteur pour mieux comprendre …oui, la comédie humaine.

Et pour repérer les abbés Birotteau des temps modernes peut-être aussi.

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