Dans son ouvrage célèbre, « Antifragile » (2012), Nassim Nicholas Taleb distingue trois types de systèmes :
– Le fragile, celui qui se casse (un coup de marteau sur un verre),
– Le robuste, qui résiste et revient à son état initial après le choc. C’est celui qui est résilient, qui revient à l’identique, ou n’est pas impacté, après un coup inattendu, qui n’apprend rien.
– L’antifragile, mot qu’il invente pour décrire celui qui gagne au choc, qui sort plus fort de ce qui ne se passe pas comme prévu, celui qui profite de l’inattendu
Quand on va parler d’une organisation, on va la dire « antifragile » si elle est capable de s’améliorer en affrontant les coups du hasard (bons ou mauvais). C’est le modèle de l’organisation que l’on pourrait qualifier aussi d’Agile. Le meilleur exemple, auquel Nicholas Taleb fait référence, c’est bien sûr la nature, et la sélection naturelle, l’évolution se faisant en permettant aux plus résistants de survivre, et aux mutations de s’effectuer.
Comme dans la nature, pour qu’un système soit le plus antifragile possible, il faut que ses composantes soient fragiles : l’évolution a besoin que des organismes meurent quand ils sont supplantés par d’autres organismes, qui réaliseront une amélioration. Et, comme Schumpeter avec « la destruction créatrice », c’est la destruction des éléments fragiles qui va permettre le progrès de l’ensemble. C’est le meilleur système. Et donc, si on protège trop l’ensemble, en essayant de faire fonctionner un ordre centralisé, en créant des systèmes de protection, on va empêcher cette antifragilité, et finalement transférer la fragilité à tous, empêchant la prise de risques.
En fait, un système antifragile va avoir l’avantage de bien résister à des petits changements et volatilités de l’environnement, auxquels il va s’adapter, même si c’est aux dépens de quelques individus fragiles ; alors qu’un système trop protégé, protégé des aléas par une stabilité artificielle, va avoir tendance à connaître des grosses perturbations-catastrophes, les fameux « cygnes noirs », qui lui causeront de gros dégâts, car il n’y aura pas du tout été préparé.
Selon Nicholas Taleb, « nous fragilisons les systèmes sociaux et économiques en les privant des pressions et des aléas, pour les installer dans le lit de Procuste de la modernité paisible et confortable, mais en fin de compte nuisible ». Ce lit de Procuste fait référence à ce personnage de la mythologie grecque, aubergiste, qui raccourcissait ou élargissait les membres des voyageurs à la mesure exacte de son lit, afin que son lit standard corresponde à la perfection à la taille du visiteur.
Un paradoxe mis en évidence par Nassim Taleb : plus nous avons envie de contrôler le système, plus nous l’exposons à des risques. Bizarre, non ?
Car la vigilance diminue lorsque l’on cède le contrôle au système.
Il cite l’exemple de cette ville devenue célèbre des Pays-Bas, Drachten, où l’on a fait une expérience invraisemblable : Tous les panneaux de signalisation ont été retirés. Cette dérèglementation a conduit à une augmentation de la sécurité.
Donc, il faudrait peut-être arrêter de vouloir tout contrôler.
De quoi revoir tous nos plans dans nos entreprises ?

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