Dans un monde comme aujourd’hui, où tant de datas et d’informations sont accessibles et facilement trouvables, on pourrait croire que cela nous permet de savoir encore plus et mieux pour décider, et donc éviter les risques.

Toujours demander plus de données et d’informations à ses collaborateurs, voilà ce que certains dirigeants considèrent comme le meilleur comportement pour aider à prendre les meilleures décisions.

Alors, s’ils ouvrent l’ouvrage de Nassim Nicholas Taleb, « Antifragile – Les bienfaits du désordre », ils apprendront que cette croyance que plus on accumule de données, de notes et de rapports avant de décider, plus on se protège du risque, est une illusion.

Ah bon ?

Pour l’auteur, accumuler sans fin des données et de l’information ne fait que retarder l’action, alourdir les organisations et transférer toujours les responsabilités vers le haut. L’accumulation d’information est une forme sophistiquée de la procrastination, pour se rassurer sans rien décider.

Nassim Taleb fait la distinction entre le signal et le bruit.

Le bruit, c’est le volume qui n’apporte aucune information significative, qui ne fait que nous faire sur-réagir de façon non appropriée, nous transformant en névrosé constamment agité par toute information nouvelle sans intérêt décisif.

Le signal c’est l’information essentielle, celle dont il faut se préoccuper en priorité.

Et plongé dans une atmosphère de bruits, on ne distingue plus le signal, ce à quoi il faut vraiment faire attention.

Ce phénomène des bruits, c’est celui qui fait aussi décider par le chef des actions inappropriées, inutiles, voire néfastes, alors que les collaborateurs n’en ont pas besoin, et qui fait de l’organisation un chaos permanent qui change de direction au gré du vent. C’est comme un médecin qui prescrit un remède inutile, alors que le patient pourrait se guérir tout seul. Ce que Nassim Taleb appelle l’iatrogénèse, par référence aux dommages causés par l’action médicale, quand les interventions du médecin font plus de mal que de bien.

L’auteur est convaincu que, en matière de prise de décision économique ou managériale, le fait de tabler sur les données entraîne de graves effets secondaires, car le nombre d’informations fallacieuses augmente à proportion qu’on s’y plonge : Plus on observe fréquemment des données, plus on est disproportionnellement exposé au bruit (plutôt qu’à l’élément important : le signal), et plus le rapport bruit sur signal sera dès lors élevé.

Démonstration :

« Mettons que vous observiez des informations sur une base annuelle, pour des valeurs boursières, les ventes d’engrais de l’usine de beau-père ou le taux d’inflation à Vladivostok. Supposons ensuite que ce que vous observez à raison d’une fois par an ait un rapport signal sur bruit de l’ordre d’un pour un (moitié bruit, moitié signal), ce qui signifie que les changements sont environ pour moitié de véritables améliorations ou de véritables dégradations, l’autre moitié étant aléatoire. Ce rapport est le résultat de de vos observations annuelles. Mais si vous observez ces mêmes données sur une base quotidienne, la proportion passe à 95% de bruit pour 5% de signal. Et si vous les observez sur une base horaire, comme le font les gens qui se plongent dans les nouvelles et les variations de prix du marché, le ratio devient 99,5% de bruit pour 0,5% de signal. Autrement dit, deux cent fois plus de bruit que de signal, ce qui explique pourquoi tous ceux qui prêtent attention aux nouvelles (à l’exception des évènements significatifs d’une très grande importance) sont des gogos, ou presque ».

C’est comme ça que les dirigeants qui réclament toujours plus d’informations de leurs collaborateurs peuvent, sans le vouloir, alimenter les névroses de tout le personnel de l’entreprise. C’est aussi ce que font les journaux en nous bombardant de nouvelles et d’informations en temps réel en permanence, si on n’est pas éduqué ou attentif à trier.

Peut-on dire que voilà un signal que nous fait percevoir Nassim Taleb ? : Un signal pour nous protéger du bruit ?

Posted in , , , ,

Laisser un commentaire