En 1985, Jacques Attali, conseiller de François Mitterrand, PrĂ©sident de la RĂ©publique, qui consignera dans « Verbatim » chaque journĂ©e de cette prĂ©sidence, publie un livre biographique sur un personnage peu connu, bien que trĂšs influent, du XXĂšme siĂšcle, Siegmund G. Warburg, avec un sous-titre Ă©loquent, « Un homme dâinfluence ».
Lire ou relire cet ouvrage aujourdâhui câest parcourir le XXĂšme siĂšcle et la gĂ©opolitique au travers du monde de lâargent et des banques, ce monde oĂč ceux qui cherchent de lâargent rencontrent, grĂące Ă ces intermĂ©diaires, ceux qui en ont Ă prĂȘter, des Etats comme des entreprises. Siegmund Warburg anticipant le futur va fuir lâAllemagne de 1933 vers lâAngleterre, quittant une situation honorable, et reviendra aprĂšs la guerre pour faire dĂ©velopper le nom de Warburg partout en Europe, en Angleterre, mais aussi aux Etats-Unis, et en Asie notamment au Japon. Un bon exemple dâentrepreneur rĂ©silient que tous les entrepreneurs dâaujourdâhui pourraient lire pour se donner le mĂȘme courage. Ce qui frappe dans ce rĂ©cit câest lâaudace de Siegmund Warburg, souvent visionnaire et dĂ©tecteur des bons coups dont il profitera, pour le bonheur de ses clients.
On y croise aussi des entreprises et hommes aux noms célÚbres de grandes fortunes (aucune femme dans cette galerie!), comme Rothschild, Morgan Stanley, Lazard, Merrill Lynch, qui fusionnent ou se rachÚtent les unes les autres. Certains noms existent encore aujourd'hui, d'autres, absorbés depuis, ont disparu.
Pour Ă©crire ce livre Jacques Attali a aussi eu accĂšs le premier, grĂące Ă la famille, à « une sorte de journal intime » que tenait Siegmund Warburg, recueil de rĂ©flexions et dâaphorismes divers tout au long de sa vie. Jacques Attali Ă©voque ce recueil Ă la fin du livre : « Il les a Ă©crits ou choisis au fil de ses lectures, les a agencĂ©s en un Ă©tonnant jeu de miroirs, de Butler Ă Talleyrand, de Goethe Ă DostoĂŻevski, de Trollope Ă Balzac. Mais le temps lui manque pour le faire publier et, aprĂšs sa mort, ni sa femme ni ses amis ne voudront le faire, gardant mĂȘme cachĂ© ce manuscrit ». Et il ajoute, comme pour lâexcuser « Au demeurant, sans doute aurait-il lui-mĂȘme trouvĂ© le temps de le faire Ă©diter sâil lâavait vraiment souhaitĂ© ».
Cette habitude de garder des notes de ses lectures ou de ses rencontres, elle se rencontre souvent, et encore aujourdâhui. Aujourdâhui avec les blogs, les rĂ©seaux sociaux, les chaines youTube, elle est encore plus rĂ©pandue, au jour le jour, sans passer par lâĂ©dition ; mais câest aussi lâactivitĂ© intime de ceux qui ne la publieront jamais.
Le livre de Jacques Attali nous permet de connaĂźtre des perles de ces aphorismes de Siegmund Warburg, avec des remarques qui ont franchi le temps aussi, et agrĂ©ables Ă lire mĂȘme aujourdâhui.
Alors, voici un florilÚge des « punchline » de Siegmund Warburg.
« En finance, il faut ĂȘtre impitoyable avec soi-mĂȘme et gĂ©nĂ©reux avec les autres ».
« Dans la vie, on ne peut rien changer dâautre que soi-mĂȘme ».
« De temps en temps, les obstacles constituent un défi incitant à trouver de nouveaux chemins ».
« Un amĂ©ricain ne se pose plus que deux questions : OĂč puis-je garer ma voiture ? et Comment perdre dix kilos ? ».
« Faire un effort est considéré comme de mauvais goût par la haute société ».
« Quand on a affaire Ă des gens sans intĂ©rĂȘt, on doit se concentrer avec eux sur des choses sans importance ».
« Si lâeau est trop pure, le poisson nây nagera pas ». Proverbe japonais pour indiquer la haine du totalitarisme, le refus de lâabsolu et la force de la tolĂ©rance.
« La promotion y est fondĂ©e, aujourdâhui encore plus encore quâhier, sur la cooptation de la mĂ©diocritĂ© par la mĂ©diocritĂ© ». A propos de son inquiĂ©tude de voir monter en Europe, dans les banques et ailleurs, de grises bureaucraties incontrĂŽlables (1973).
Et aussi : « Il y a des gens assez pervers pour mettre leur point dâhonneur Ă ne pas ĂȘtre originaux ».
« Nos efforts vont dans la mauvaise direction quand nous nâavons pas le courage de dire non ».
« Une des qualitĂ©s dâun bon dirigeant est de ne tenir aucun compte, autant que faire se peut, des mĂ©diocres ».
« Les gens mĂ©diocres, quand ils ont de lâinfluence, lâexercent dans la mauvaise direction ».

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